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Les six sonates d’Ysaÿe version Marianne Piketty

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Eugène Ysaÿe (1858-1931)  : Six Sonates op. 27 ; « Au rouet », Poème n°2 op. 13 pour violon et piano. Marianne Piketty, violon ; Stéphanie Fontanarosa, piano. 1 CD Maguelone. Réf. : 111. 163. Enregistré en juin 2002 (Six sonates) et juin 2003 (« Au rouet »). Notice bilingue (français, anglais). Durée : 79’40.

 

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Les sonates pour violon seul d’ représentent sans nul doute un sommet de la littérature pour violon. Le compositeur fut un virtuose renommé auquel on doit la création de plusieurs œuvres de grands compositeurs français de la deuxième moitié du XIXe siècle (Franck, Dukas, Debussy, Chausson, Fauré) ainsi que d’opus d’Elgar ou des Russes du groupe des Cinq. Jeune prodige, le musicien belge glana très rapidement nombre de distinctions. Elève de puis de Wienawski, il rencontre à Berlin Anton Rubinstein ainsi que Joseph Joaquim (le dédicataire du Concerto de Brahms, notamment). Si sa carrière connaît un essor important à la faveur de ces fréquentations enrichissantes, Ysaÿe éprouve toutefois le besoin de se frotter à la composition. Installé aux Etats-Unis de 1916 à 1922 c’est surtout une fois de retour sur le Vieux continent, c’est-à-dire sur le tard, qu’il entreprend la composition de ses œuvres majeures. Son ultime legs violonistique, ces Six Sonates op. 27, sont six révérences, cadeaux et défis truffés d’allusions à Bach dédiés à la génération de ceux qui, à l’instar de Thibaud ou de Kreisler, pour n’en citer que deux, sont pressentis par le vieil homme pour devenir les nouveaux dépositaires de la longue tradition des violonistes virtuoses.

Les formes musicales retenues et explorées par Ysaÿe sont multiples. La première sonate s’appuie sur la structure des sonate da chiesa émanant de l’âge baroque. La seconde, plus libre, si elle s’augure par une brève mais textuelle citation de la Partita n°3 de Bach, est d’un ton romantique affirmé. La troisième, la célèbre Ballade, en un seul mouvement des plus denses fait état d’une audace et d’une modernité certaine et demeure aujourd’hui, vraisemblablement, la plus connue des sixpour son tempérament rhapsodique et méditatif. Sa créativité et ses rappels de la musique roumaine évoquent directement son dédicataire, Georges Enesco, compositeur et violoniste de tout premier plan. La quatrième sonate, dédiée à Kreisler, est une sorte de pastiche des pastiches que signait à l’envi son dédicataire à Berlin. Constituée de trois danses, elle semble une suite – fragmentaire en l’occurrence – de danses à l’image des Suites et Partitas de Bach. Mathieu Crickboom fut un élève d’Ysaÿe. Il devint le second violon du quatuor portant le nom du maître. Au cœur de la musique contemporaine, cette formation joua un rôle essentiel dans la connaissance de Debussy. Les deux mouvements de la Sonate n°4 font allusion à cette période faste d’une musique pétrie par l’exploration de nouveaux horizons musicaux. Prix Pablo de Sarasate en 1911, Quiroga est un violoniste espagnol qui participa aux concerts Ysaÿe. Il reçut la dédicace de la dernière des six sonates, pièce en un seul mouvement saluant l’Espagne au travers de sa ravissante habanera.

La richesse formelle de cet impressionnant recueil n’a pas lieu d’effrayer la jeune violoniste . Son jeu nourri et sa détermination font mouche. Son assurance et sa sonorité fournie, radieuse, sied tout particulièrement à cette musique qui, sous ses parures allusives multiples, n’en demeure pas moins un corpus pour violon de tradition romantique, qui peut par conséquent convoquer un lyrisme soutenu en marge d’exigences techniques redoutables. L’instrument de l’interprète chante sans jamais trahir quelque rudoiement que ce soit. L’articulation souple ne prive pas les lectures proposées d’un réel ancrage mais projette cette musique dans un souffle vitaminé et généreux.

Loin d’être anecdotique, le poème intitulé « Au rouet », donné ici dans sa version pour violon et piano (plutôt que dans sa formule orchestrée), s’inscrit dans la filiation directe de la Sonate de César Franck, dont Ysaÿe assura la création en 1886. La lecture pleine d’élan qu’en donnent les deux interprètes ravira les amateurs de raretés envoûtantes. Cette œuvre clôt le programme du disque fort avantageusement.

Mentionnons encore que la notice bilingue accompagnant cette parution comporte des paragraphes instructifs et distinctement séparés sur les circonstances de composition et les dédicataires des sonates de l’opus 27. Le texte de présentation rappelle en outre les grandes étapes de vie du compositeur.

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Eugène Ysaÿe (1858-1931)  : Six Sonates op. 27 ; « Au rouet », Poème n°2 op. 13 pour violon et piano. Marianne Piketty, violon ; Stéphanie Fontanarosa, piano. 1 CD Maguelone. Réf. : 111. 163. Enregistré en juin 2002 (Six sonates) et juin 2003 (« Au rouet »). Notice bilingue (français, anglais). Durée : 79’40.

 
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