Beethoven par Antonini : une demi-paire de gifles

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonies n°1 en ut majeur op. 21 et n°2 en ré majeur op. 36. Kammerorchesterbasel, direction : Giovanni Antonini. 1 SACD Hybride Œhms Classics, référence : OC 605. Enregistrement au KKL de Lucerne en novembre 2004 (symph. n°1) et juin 2005 (symph. n°2). Notice en anglais et allemand. Durée : 52’40.

 

Le Kammerorchester Basel semble être en train de se spécialiser dans le Beethoven atypique, celui des outsiders, en choisissant pour le diriger dans les symphonies, des chefs qu’on n’attend pas trop dans ce répertoire. Nous avions entendu la saison dernière les musiciens bâlois sous la direction de Paul McCreesh dans une n°7 très discutable à Namur, et voici que nous parvient cet enregistrement des deux premières symphonies dirigé par , fondateur du Giardino Armonico, un ensemble spécialisé dans la musique baroque italienne, qu’il interprète de façon généralement musclée et parfois un peu agressive. On attend d’une pareille personnalité, placée très loin de son domaine habituel de prédilection, un regard neuf, différent et scrutateur sur la partition, et le résultat est bien là, car voici des interprétations qui sortent résolument de l’ordinaire.

La Symphonie n°1 qui est présentée sur ce disque est une petite tornade qui emporte tout sur son passage : les tempi sont, à notre connaissance, les plus rapides de toute la discographie, l’énergie est irrépressible, le geste tranchant et assuré, l’orchestre virtuose. Antonini a parfaitement compris que l’essence de la musique de Beethoven est d’abord dans le rythme, et il transcrit ce principe en faisant un premier mouvement dont l’allegro con brio semble être l’incarnation musicale des mots élan, vitalité, jeunesse. L’andante cantabile est d’une géniale simplicité : il chante et il avance, d’un pas légèrement hésitant, bien traduit par des suspensions très subtiles. Le menuetto est tendu et lumineux, d’une grâce folle, et dans l’impétueux final, c’est la dimension ludique qui prime : les instruments à vent, espiègles et virtuoses, s’en donnent à cœur joie au-dessus d’un ensemble de cordes en pleine effervescence.

Six mois plus tard, chef et orchestre reviennent à Lucerne pour l’enregistrement de la Symphonie n°2 et c’est la douche froide. Antonini semble être devenu tambour-major, et militarise le rythme à l’excès, l’orchestre continue à suivre aveuglément son chef, mais est beaucoup moins réactif et précis, et les phrasés, si inventifs, si nuancés dans la Symphonie n°1 sont devenus hachés et d’une brutalitéincroyable : des gifles. On ne sauvera de cette interprétation sèche et cassante que les solos de bois, joyeux et décontractés, en parfait antagonisme avec l’irascibilité rugueuse et démonstrative des cordes.

Un disque incompréhensible : la première partie est un vent frais sur la peau, la seconde une vraie gifle sur la joue.

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