Delphine Malik-Vernhes, jeune soprano lyrique léger

Nous avons rencontré , soprano lyrique léger, faisant partie du Chœur des Musiciens du Louvre. Elle nous livre son actualité, parle de sa formation et de ce qui la passionne sans oublier les craintes qu’elle peut avoir sur le devenir des jeunes artistes.

« J’ai découvert ma voie en découvrant ma voix. »

ResMusica : Comment avez-vous découvert la musique ? Tenait-elle une place privilégiée au sein de votre famille ? 

 : Mes parents étaient mélomanes. Nous écoutions de la musique classique, nous avons tous pratiqué un instrument, mes frères, du violon, de la clarinette et du cornet et moi du piano. J’ai également fait du chant choral, chaque année afin de faire de la musique d’ensemble je me rendais aux colonies A Chœur Joie. A la fin du stage, nous mettions en place un spectacle avec les costumes, les décors ; j’étais du côté des chanteurs. J’ai également fait de la danse classique, du théâtre et même du cirque… J’aimais autant la danse, le théâtre que la musique, en fait c’était le spectacle qui me plaisait !

RM : Comment s’est opérée la découverte de votre voie et de votre voix ?

DMV : J’ai découvert ma voie en découvrant ma voix (sourire). Pour être plus précise, jusqu’à l’âge de vingt ans, j’ai chanté en chorale dans les alti. Je me considérais alto parce que cela me plaisait et que la tessiture est au milieu de l’harmonie. Je me cassais la voix régulièrement et puis à vingt ans j’ai fait un stage et j’ai découvert ma voix de soprano. Cela a été une sensation extraordinaire et très physique de se sentir bien dans ma voix. Jusque là, j’aimais la musique, faire des spectacles avec d’autres, l’ambiance de troupe, j’aimais la scène mais tout cela restait assez extérieur. En trouvant ma voix, j’ai trouvé mon expression. En piano, je ne décollais pas alors que par le chant j’ai eu le pressentiment que j’allais pouvoir m’exprimer assez vite. Ce coup de foudre date d’il y a quinze ans. Il y a eu un avant et un après, et je n’ai plus jamais chanté alto, soprano 2 à la limite!

RM : Quelle est votre formation ?

DMV : J’ai commencé la musique par le piano et le solfège qui m’ont été très utiles pour le chant. Sinon j’ai effectué une formation de chant lyrique au conservatoire du IXe arrondissement à Paris, puis j’ai poursuivi à l’E. N. M. de l’Haÿ-les-Roses où j’ai eu une médaille d’or et par ailleurs j’ai fait trois ans de spécialisation en musique ancienne au C. N. R. de Paris. Puis j’ai continué en cours particuliers avec d’autres professeurs. Depuis deux ans, je travaille avec un chef d’orchestre spécialisé dans le bel canto, Stefan Catalano. Même si je travaille seule, je considère que j’aurai besoin d’une aide extérieure toute ma vie pour me guider. Je lis également des vieux traités pour compléter ma formation. En fait, je pense qu’en chant, il y a un besoin de gardes-fous.

RM : Quelles sont vos périodes de prédilection dans le répertoire ?

DMV : Double réponse! Il y a un que j’aime particulièrement écouter qui est le répertoire baroque, et puis celui que j’aime de plus en plus chanter qui est celui du XIXe.
Je suis soprano lyrique léger mais avec le développement de ma voix dans les aigus je me sens un peu comme dans un vêtement trop petit dans le baroque, notamment à cause des diapasons, car ma voix s’éclate plus dans le registre supérieur. De plus la sobriété du baroque et les ornementations, je peux les oublier dans le bel canto !

RM : Quelles sont les personnalités musicales ou les chanteurs que vous appréciez particulièrement ?

DMV : Lorsque je préparais mon baccalauréat, j’ai été fortement marquée par un enregistrement du Stabat Mater de Pergolèse avec Kathleen Ferrier. Quelle voix! Elle y mettait vraiment ses tripes! Ensuite, je suis partie dans l’extrême avec Emma Kirkby et Agnès Mellon qui ont des voix très baroques et très pures. J’adorais ça. Aujourd’hui, j’admire des voix telles que celles de Karita Mattila ou Magdalena Kožená et par ailleurs j’essaye de développer ma curiosité des vieux enregistrements en essayant de passer par-dessus la qualité de ces derniers.

RM : Une belle voix pour vous, comment cela peut-il se définir ?

DMV : Pour moi, la première chose, c’est la personnalité et la sincérité. Est-ce que j’entends dans cette voix une personne unique ou quelque chose de stéréotypé, une technique dans laquelle je ne pressens rien. Ce qui vient ensuite c’est la chaleur, la richesse harmonique, l’homogénéité. Un autre besoin est le texte. Même si c’est une langue que je ne comprends pas, j’ai besoin de sentir l’ossature d’un texte. Quand c’est une langue que je comprends, la bonne prononciation est importante… et je suis assez maniaque !

RM : Comment avez-vous rejointle chœur des Musiciens du Louvre ? Est-ce que le chœur vous occupe à plein temps ?

DMV : Je suis rentrée dans le chœur des Musiciens du Louvre en mars 1999 après avoir passé une audition l’année précédente. J’avais su par le « bouche à oreille » qu’il y avait un besoin de soprano notamment, pour monter Platée de Rameau. J’ai trois productions qui vont arriver d’avril à mi-juillet mais sinon il peut y avoir de longs moments sans activité parce que le chef est invité ailleurs, ou que l’œuvre à monter ne nécessite pas le chœur mais seulement l’orchestre et les solistes… Nous choristes, sommes parfois considérés comme interchangeables. Lorsque l’on fait une production en local et que celle-ci se déplace en province ou à l’étranger, malheureusement le chœur ne fait pas toujours les reprises parce que les théâtres ont leurs propres chœurs.

RM : Avez-vous fait de votre passion votre métier ?

DMV : Oui, complètement. J’avais fait des études de Sciences Politiques par conformisme familial sans savoir ce que je voulais en faire. Il n’y a pas eu d’hésitations finalement puisque je souhaitais avoir du temps pour travailler le chant.

RM : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez aujourd’hui de par votre métier ?

DMV : Disons que l’on parle beaucoup de précarité, d’incertitude. Elle est un peu générale et pas uniquement liée à l’art. Il s’agit de précarité dans le sens où j’ai du travail cette année mais je ne sais pas si j’en aurai l’année prochaine. Je sais qu’il y a des grosses productions mais est ce que je serai avec ? Sachant que les jeunes générations arrivent derrière et que les chefs aiment également la nouveauté, et on ne peut pas les blâmer! Je reste cependant ravie de faire ce métier là. Les projets peuvent arriver aussi du jour au lendemain et j’ai la chance d’avoir d’autres employeurs. Je monte par ailleurs mes propres projets.

RM : Est-ce que vous pensez que le musicien indépendant a encore un avenir en France ?

DMV : Je ne sais pas. Il y aura toujours besoin de musiciens, d’artistes. Je veux y croire, il y aura toujours de la place, même si lorsque je rencontre des gens qui ont envie de faire ce métier, je ne leur en brosse pas un portrait idyllique. Il faut faire ce métier par conviction. C’est vrai que si le régime des intermittents disparaissait … La qualité de notre travail est basée sur ce régime, qui me donne une certaine sérénité. Quand je n’ai pas de productions, cela me permet de travailler ma voix. Reste que la profession est tout de même morose…

RM : Quel est votre plus beau souvenir musical ?

DMV : J’ai une émotion de type religieux (au sens « reliés ») pourLa Création de Haydn durant l’été 1998. Au tout début de la partition « Und es war Licht », le fortissimo collectif avec l’Orchestre de Picardie était vraiment une émotion très très forte. Ce dont je suis la plus fière, ce sont mes récitals, mes « bébés ». Je travaille avec deux accompagnatrices pour deux types de répertoire : une pianiste pour le XIXe et le XXe et une autre pour le répertoire baroque et classique avec clavecin ou piano forte.

RM : Quel est votre dernière implication avec le choeur des Musiciens du Louvre? Et quels sont vos projets personnels pour cette année ?

DMV : Nous avons enregistré Callirhoé de Destouches avec le Concert Spirituel en février à Metz et je suis dans trois productions avec les Musiciens du Louvre entre avril et juillet : Platée de Rameau, Iphigénie en Tauride de Gluck à l’Opéra Garnier et Didon et Enée de Purcell au Théâtre du Châtelet avec Jessye Norman. J’ai aussi une reprise d’un récital sur la musique française du XIXe siècle d’inspiration espagnole avec piano, un récital de lieder allemands avec une collègue mezzo et puis un projet de cantates françaises avec clavecin.

Crédits photographiques : © D.R.

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