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Antal Doráti dirige Béla Bartók : une référence absolue

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Béla Bartók (1881-1945) : Concerto pour orchestre ; Suite de danses ; Deux Portraits ; N°117 Bourrée & N°142 Du journal d’une mouche (Mikrokosmos, arr. & orch. de Tibor Serly) ; Le Mandarin merveilleux, ballet intégral ; Divertimento pour cordes ; Sonate pour deux pianos et percussion ; Le Prince de bois, ballet intégral ; Musique pour cordes, percussion et célesta ; Concerto pour violon n°2 ; Suite n°2 pour orchestre ; Le Château de Barbe-Bleue. Alban Berg (1885-1935) : Trois extraits de Wozzeck. Yehudi Menuhin, violon. Géza Frid et Luctor Ponse, pianos. Mihály Székely, Barbe-Bleue ; Olga Szönyi, Judith ; Helga Pilarczyk, Marie. London Symphony Orchestra, Philharmonia Hungarica, BBC Symphony Orchestra & Chorus, Minneapolis Symphony Orchestra, direction : Antal Doráti. 5 CD Mercury. Réf. : 475 6255. ADD. Enregistré de 1955 à 1964. Notices unilingues (anglais) bonnes, synopsis de l’opéra mais sans livret. Durée : 71’31’’- 77’39’’- 77’53’’- 67’43’’- 73’02’’.

 

Dans les années 90, le mélomane eut l’heureuse surprise de voir réapparaître en CD une grande partie du catalogue classique américain légendaire Mercury, grâce à la volonté de sa productrice et ingénieure du son Wilma Cozart Fine. Malheureusement, au grand désappointement des discophiles, ces CDs ont depuis quelques temps quitté le catalogue Universal, alors qu’ils contenaient des enregistrements parfois uniques (notamment d’œuvres anglo-saxonnes par Howard Hanson et Frederick Fennell), et que d’autres, surtout dirigés par Doráti, étaient souvent considérés comme références. Des séries équivalentes d’autres labels (comme « Living Stereo » de RCA ou « Full Dimensional Sound » de Capitol) ont également subi ce sort malheureux. Toutefois certains de ces enregistrements reparaissent peu à peu sous le tout récent support SACD (Super Audio CD) hybride qui permet une audition optimale de la bande originale à trois canaux bien que parfois incompatible avec les lecteurs CD habituels. Cette évolution technologique n’empêche nullement Mercury de republier actuellement en CDs, sous forme de généreux coffrets peu coûteux, des compilations basées soit sur un thème, soit sur un compositeur et/ou un chef d’orchestre. Le premier album de cette série est ainsi consacré à la fois au compositeur et au chef d’orchestre .

Au début du texte de la plaquette accompagnant ce splendide coffret de 5 CDs Mercury, il est écrit ceci : « Trois chefs d’origine hongroise ont dominé la discographie d’après-guerre : Ferenc Fricsay (1914-1963), Georg Solti (1912-1997) et (1906-1988) ; tous trois ont enregistré les œuvres majeures de Bartók, et souvent plusieurs fois. » On peut vraiment s’étonner de ne pas voir figurer dans cette prestigieuse énumération un autre Hongrois, Fritz Reiner (1888-1963) qui fut chef permanent de l’Orchestre Symphonique de Chicago de 1953 à sa mort, et tout grand défenseur – et initiateur ! – de la musique de Bartók : grâce à la volonté et au travail acharnés de Reiner, Solti eut la chance et l’opportunité de recevoir la perfection d’un orchestre « tout cuit » totalement préparé à cette musique (et celle de Richard Strauss), et bénéficier des lauriers et de la gloire normalement destinés à Fritz Reiner si ce dernier avait vécu plus longtemps. D’un autre côté, la discographie bartókienne de Fritz Reiner, de qualité supérieure, est bien moins imposante que celle de ses compatriotes précités, notamment celle d’. Il est vrai que Doráti est probablement le chef ayant le plus fréquenté les studios, toutes époques confondues, puisqu’il nous lègue plus de 600 enregistrements ! Figurent donc dans ce coffret les interprétations bartókiennes de Doráti, captées en stéréophonie selon la célèbre technique tri-microphonique de Mercury entre novembre 1955 et juillet 1964. Sont exclues de cet album les gravures monophoniques, avec l’Orchestre Symphonique de Minneapolis, comprenant le Concerto pour orchestre (la version stéréophonique bénéficie de l’Orchestre Symphonique de Londres), les Esquisses hongroises et les Danses roumaines.

Le 9 avril 2006 marque le 100ème anniversaire de la naissance de l’un des chefs d’orchestre les plus estimés de la planète, Antal Doráti, grâce à qui bien des discophiles ont pris connaissance pour la première fois des chefs-d’œuvre essentiels de la musique. L’un des piliers essentiels de Mercury, tout comme le furent aussi Paul Paray, Howard Hanson et Frederick Fennell, et nanti d’une mémoire prodigieuse, Doráti possédait à fond un répertoire aussi vaste qu’éclectique, accordant toutefois une préférence à la musique moderne : champion incontesté de Bartók et Kodaly qui furent ses professeurs et amis, il était absolument à l’aide dans des pages réclamant le chatoiement des couleurs sonores qu’il maîtrisait avec le plus grand art. L’intérêt primordial de ce coffret est de nous proposer, témoignage précieux, l’ensemble de l’œuvre scénique de Bartók que Doráti fut le premier à véritablement imposer dans le monde entier : composa trois partitions pour la scène : Le Château de Barbe-Bleue (opéra, 1911), Le Prince de bois (ballet, 1916) et Le Mandarin merveilleux (ballet avec chœurs, 1919). Ces trois œuvres traitent de la condition humaine dans sa symbolique, son universalité : les personnages représentés sont en fait des abstractions de l’Homme à la recherche d’un(e) partenaire. La solitude humaine et la difficulté – sinon l’impossibilité – de communiquer avec l’autre sont également des symboles essentiels contenus dans ces trois partitions. Ce qui différencie probablement le ballet Le Prince de Bois est son langage d’emblée plus accessible que celui des deux autres œuvres dont il n’a pourtant pas la même popularité : l’influence de Liszt a pratiquement complètement disparu, pour faire place à des éléments plus authentiquement magyars et hongrois, suite aux découvertes du folklore accomplies par Bartók. Wagner – l’introduction du ballet évoque irrésistiblement le prélude de L’Or du Rhin, mais en ut majeur – Debussy et même le Stravinsky de L’Oiseau de Feu ne sont pas bien loin. Après tout, on est en présence d’un sujet féerique dont les protagonistes sont un Prince, une Princesse et une Fée, celle-ci s’arrangeant bien évidemment pour un dénouement heureux, tandis que le ballet s’achève par un rappel de la section initiale en ut majeur.

Les autres points forts de cet admirable coffret sont d’abord un Divertimento pour cordes définitif ; une Musique pour cordes, percussion et célesta à peine surpassée par celle de Fritz Reiner (RCA-BMG) ; la Suite de danses, contribution de Béla Bartók à un concert de fête célébrant en 1923 le cinquantième anniversaire de la fusion des trois villes de Pest, Buda et Óbuda en une ville unique, Budapest ; ensuite le Concerto pour violon n°2 (avec Yehudi Menuhin en soliste) et le Concerto pour orchestre. Menuhin enregistra trois fois le Concerto pour violon n°2 : d’abord avec Furtwängler et le Philharmonia Orchestra en 1953 (EMI), ensuite avec Doráti et le Minneapolis Symphony en 1957 (version reprise ici), et enfin toujours avec Doráti mais avec le New Philharmonia Orchestra en 1966 (EMI). Quoique d’un niveau élevé, la version Mercury (1957) nous paraît la moins convaincante des trois, bien que la prise de son accorde au violon une perspective plus naturelle, plus intégrée à l’orchestre qu’à l’accoutumée, et par conséquent moins sonore. Quelques petites « scories » de jeu auraient pu également être corrigées. Nous restons toujours fidèles à l’incomparable interprétation d’André Gertler et la Philharmonie Tchèque dirigée par Karel Ančerl (Supraphon). Par contre la vision offerte par Doráti du Concerto pour orchestre est extraordinaire, mêlant tout à la fois précision, vitalité, poésie et respect total de la partition : il est le seul, par exemple, à réaliser parfaitement l’accelerando aux cordes des mesures 5 à 7 du Finale. Un seul chef – qui ne fait pas cet accelerando – peut lui être égalé : le déjà cité Fritz Reiner avec son Orchestre Symphonique de Chicago (RCA-BMG).

Les Trois extraits de Wozzeck d’, de même niveau artistique et technique (grâce à la complicité d’Helga Pilarczyk en Marie), complète opportunément et idéalement ce remarquable ensemble qui, au total, demeure une référence absolue pour l’essentiel des œuvres de Béla Bartók. Rappelons également aux amateurs d’enregistrements historiques, les gravures monophoniques pionnières du chef tchèque Walter Süsskind réalisées magnifiquement pour Bartók Records au début des années 50 par l’ingénieur du son Peter Bartók, le fils de Béla, et toujours disponibles en CD (http://www.bartokrecords.com/home.htm).

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Béla Bartók (1881-1945) : Concerto pour orchestre ; Suite de danses ; Deux Portraits ; N°117 Bourrée & N°142 Du journal d’une mouche (Mikrokosmos, arr. & orch. de Tibor Serly) ; Le Mandarin merveilleux, ballet intégral ; Divertimento pour cordes ; Sonate pour deux pianos et percussion ; Le Prince de bois, ballet intégral ; Musique pour cordes, percussion et célesta ; Concerto pour violon n°2 ; Suite n°2 pour orchestre ; Le Château de Barbe-Bleue. Alban Berg (1885-1935) : Trois extraits de Wozzeck. Yehudi Menuhin, violon. Géza Frid et Luctor Ponse, pianos. Mihály Székely, Barbe-Bleue ; Olga Szönyi, Judith ; Helga Pilarczyk, Marie. London Symphony Orchestra, Philharmonia Hungarica, BBC Symphony Orchestra & Chorus, Minneapolis Symphony Orchestra, direction : Antal Doráti. 5 CD Mercury. Réf. : 475 6255. ADD. Enregistré de 1955 à 1964. Notices unilingues (anglais) bonnes, synopsis de l’opéra mais sans livret. Durée : 71’31’’- 77’39’’- 77’53’’- 67’43’’- 73’02’’.

 
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