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L’Art de … Alberto Ponce

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Manuel Ponce (1882-1948) : Sonatina Meridional ; Tres canciones populares mejicanas ; Thème varié et final. Heitor Villa-Lobos (1887-1959) : Etude n°7. Joaquin Rodrigo (1902-1999) : En los trigales (Scènes Castellanes). Manuel de Falla (1876-1946) : Hommage à Debussy. Joaquín Turina (1882-1949) : Garrotin y Soleares (Homenaje a Tarrega). Antonio Ruiz Pipo (1934-1997)  : Cancion y Danza n°2. Maurice Ohana (1914-1992) : Tiento. Alberto Ponce, guitare. 1 CD Arion. Réf. : ARN 60678. Enregistré en 1968-1971. AAD. Notice bilingue (Français-anglais). Durée : 43’29.

 

est un des très grands maîtres de la guitare. Malheureusement trop discret, il consacra sa vie à l’enseignement et c’est du monde entier que les élèves viennent à ses cours à la prestigieuse Ecole Normale de Musique de Paris où il entra grâce à Alfred Cortot. Il serait fastidieux de lister les guitaristes qui ont suivi ses cours et jouissent aujourd’hui d’une solide réputation comme , probablement le plus connu. Avec , la classe de guitare de l’ENMP est devenue une des meilleures au monde. On ne peut que regretter ce qui semble être un manque d’intérêt pour la scène et le disque. Trop peu de concerts et d’enregistrements comme témoignage du talent de ce guitariste d’exception qui transmit l’enseignement d’Emilio Pujol dont il fut plus que l’élève, le disciple. Une véritable révolution à l’époque qui bouleversa l’approche de l’apprentissage de la guitare.

La collection « L’art de … » d’Arion est déjà riche d’un important catalogue qui ne fait aucune discrimination culturelle. Et c’est là tout l’intérêt. Le santur persan côtoiera la pipa chinois et la flûte de pan autant que le violon ou le violoncelle. Un très bon moyen de partir à la découverte d’instruments. La guitare était déjà présente dans cette collection avec le remarquable disque de Caroline Delume, « L’Art de la guitare contemporaine ». Toutefois ce disque nous parait réservé à un public d’amateurs avertis. Un répertoire plus traditionnel manquait au catalogue. « L’Art de la guitare » offre de nombreux intérêts. Tout d’abord, il s’agit d’une compilation de pièces enregistrées par et personne ne s’en plaindra. Ensuite, ces pièces sortent des sentiers habituellement parcourus par ce type de disque (Asturias d’Albeniz, Jeux Interdits …) tout en présentant un répertoire très guitaristique autant qu’abordable pour le grand public.

La Sonatina meridional de est la dernière des six sonates qu’il composa pour Andrès Segovia. Ecrite en 1932, elle est constituée de trois mouvements. Le premier très andalou possède cette « fièvre » si particulière de la musique hispanique. Vint ensuite Copla avec sa profondeur et sa chaleur avant un troisième mouvement au titre évocateur, Fiesta, une conclusion gaie et sautillante. Les Tres canciones populares mejicana relèvent presque du répertoire populaire. La première chanson, joyeuse et presque insouciante, jure avec la seconde, plus nostalgique. La dernière nous semble être la plus « classique » dans son écriture et son style. Le Thème varié et final renoue avec la tradition des variations. Le thème est déroulé comme un vague à l’âme pour être ensuite développé au travers de six variations qui alternent douceur et rythme vif. Le final enjoué conclue brillamment la pièce.

Les douze Etudes de Villa-Lobos sont une partie indispensable du répertoire de la guitare du vingtième siècle. Alberto Ponce nous présente ici l’Etude n°7 qui est probablement la moins « pédagogique » du cycle. Lyrique après ces descentes de gammes vives, le guitariste nous fait profiter de son attaque d’une extraordinaire rondeur. Après les très espagnoles scènes castillanes de Rodrigo (En los trigales), vient le magnifique Omaggio per chitarra, scritto per le Tombeau de Debussy composé par Falla. Seule pièce pour guitare de , cet hommage n’en est pas moins une perle magnifique, tragique, profonde et épurée qui contraste avec l’Homenaje a Tarrega de qui suit. Deux mouvements très « flamenco » dans leur écriture où l’on retrouve le cante traditionnel dans le Garrotin avant la madre del cante, la Soleares, où Turina montre sa connaissance de l’art andalou.

Des quatre Cancion y danza composées par Antonio Ruiz-Pipo, ce sont les premières qui sont les plus connues, principalement par les guitaristes. La présente compilation nous offre les secondes. Une Cancion très délicate avant le rythme plein d’allant de la danza.

Pour finir, le Tiento de où l’on retrouve l’influence de la tradition espagnole depuis le XVIe jusqu’à celle du cante jondo dont Ohana était un grand connaisseur.

On ne peut que remercier Arion pour cette réédition qui permet de redécouvrir un Grand Maître. Une très belle technique alliée à une musicalité d’un magnifique lyrisme et d’une chaleur d’attaque de main droite rare. Le sous-titre « vol. 1 » nous laisse espérer que l’ensemble des enregistrements d’Alberto Ponce profitera du même traitement.

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