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Jan Hanuš, dans la lignée de Suk et Novák

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Jan Hanuš (1915-2004) : Le sel vaut bien plus que l’or (Sůl nad zlato), suite de ballet n°1 op. 28a ; Symphonie n°2 en sol majeur op. 26. Orchestre Philharmonique Tchèque, direction : Karel Ančerl. 1 CD Supraphon. Réf. : SU 3701-2. AAD. Enregistré décembre 1955 (Le sel) et en juin-juillet 1956 (Symphonie) au Dvořák Hall du Rudolfinum, Prague. Notices quadrilingues (anglais-allemand-français-tchèque) excellentes. Durée : 65’05’’.

 

Initiée en 2002 par le label tchèque Supraphon, la colossale «  Gold Edition » rend un hommage imposant et mérité à , ce grand chef d’orchestre tchèque souvent qualifié – comme d’ailleurs également Václav Talich – de Furtwängler slave, avec pas moins de quarante-deux CDs. Tous sont actuellement disponibles, et celui tout récent consacré entièrement à en est le quarante et unième, avant-dernier de la série.

est né à Tučapy, village de Bohème méridionale, le 11 avril 1908. De 1925 à 1929, il étudie le violon, la direction d’orchestre et la composition au Conservatoire de Prague avec Pavel Dědeček, Jaroslav Křička et Alois Hába, l’audacieux initiateur de la musique en quarts, en sixièmes, voire en douzièmes de tons ; très vite repéré et apprécié, Ančerl devient l’élève de deux géants de la direction d’orchestre : Václav Talich et Hermann Scherchen. De 1933 à 1939, il dirige l’Orchestre Symphonique de la Radio de Prague dont il devient le chef attitré de 1947 à 1950, année où il prend la direction de la Philharmonie Tchèque, succédant ainsi à son maître Václav Talich et à Karel Šejna : il en fait l’un des meilleurs orchestres européens, dans la tradition initiée par Talich. Toute la vie de fut dédiée avec la plus grande intégrité à l’art musical dans ce qu’il a de plus noble, de plus élevé, art dans lequel il s’est réfugié, car la vie ne l’a pas épargné, à l’instar de ses compatriotes : peu de nations comme les Tchèques ont connu autant de déchirements, de dominations ou d’occupations étrangères, et pourtant l’histoire a prouvé cent fois qu’on ne tue pas l’âme d’un peuple opprimé, à moins de l’exterminer de manière la plus barbare ; l’évasion dans l’art, oasis inviolable, devient sa véritable force à longue échéance, et Karel Ančerl y a puisé sa propre énergie, lui qui fut d’abord miraculeusement rescapé des camps de concentration de Terezín grâce à la création d’un orchestre de fortune dont il était le chef, et d’Auschwitz où il perdit tragiquement tous les siens ; ensuite les événements pragois d’août 1968 l’amenèrent, désabusé, à s’exiler au Canada après avoir dirigé, pour la dernière fois, son cher au Festival du Printemps de Prague en mai 1969. Mais les souffrances de la guerre avaient miné sa santé, et il ne profita que peu de temps d’une nouvelle vie dans une société libre, puisque, emporté par la maladie, il décéda le 3 juillet 1973 à Toronto.

(1915-2004), disparu il y a à peine deux ans, fut bien défendu par Ančerl au disque : outre une splendide Symphonie concertante, op. 31 pour orgue, harpe, timbales et cordes (Supraphon SU 3671-2, Karel Ančerl Gold Edition – Volume 11), voici un CD tout entier consacré à sa musique, avec sa Suite n°1, op. 28a du ballet Le sel vaut bien plus que l’or (1952) et surtout son imposante Symphonie n°2 en sol majeur, op. 26 (1951). Formé à la composition par Otakar Jeremiáš et à la direction d’orchestre au Conservatoire de Prague, Jan Hanuš a travaillé ensuite dans les maisons d’édition Supraphon et Panton en signant les publications critiques de l’œuvre global d’Antonín Dvořák, Zdeněk Fibich et Leoš Janáček, entre autres. Les compositions reprises sur ce CD font partie de ce que Jan Hanuš appelait son « deuxième triptyque », mais laissons le compositeur s’exprimer lui-même à ce sujet : « Lorsque le soir je voulus lire un conte à mon petit garçon Ivan, c’est Le sel vaut bien plus que l’or qui m’est tombé sous la main, avec les charmantes illustrations de Jan Herink. Ce sujet simple s’harmonisait très bien avec l’attrait qu’avait pour moi Saint François d’Assise – et en esprit je commençais déjà à esquisser mon « deuxième triptyque » : une Suite d’après les tableaux de Manès, une deuxième symphonie et Le sel vaut bien plus que l’or. Ce conte est pourtant assez naïf et n’est aucunement dramatique, de sorte qu’il m’a fallu améliorer un peu le sujet : j’y ai ajouté le personnage du gaillard bûcheron Honza et comme antagoniste celui de Černý avec sa suite de chasseurs. » Le ballet fut créé à Olomouc en 1952 avec un énorme succès qui incita bien évidemment l’auteur à en rédiger une suite orchestrale, dont les mouvements sont successivement : Introduction, Fête royale, Maruška s’est égarée, La danse de Černý et de ses chasseurs, La danse de Honza et de Maruška. Également d’après les commentaires du compositeur, dans la Symphonie n°2 en sol majeur il s’agissait d’exprimer les idéaux de Saint François d’Assise dont Hanuš fut durant toute sa vie un adepte exalté. L’expression globale de la Symphonie est claire et optimiste. Si l’œuvre est de forme quadripartite traditionnelle, le Molto vivace du troisième mouvement est un scherzo alerte plein de gaieté basé sur la danse populaire appelée Vřeteno, tandis que le mouvement final est en forme de six variations avec coda méditative et rêveuse, amenant l’aboutissement calme et apaisé de toute la partition.

La vision que Karel Ančerl nous offre de ces deux œuvres magnifiques est à notre connaissance doublement sans rivale, car même s’il en existait un autre enregistrement, il est peu probable qu’il surpasse – ou même en vérité égale – celle-ci. Tous les mélomanes aimant la musique de Josef Suk et de Vítězslav Novák apprécieront sans nul doute les œuvres de Jan Hanuš, humaniste d’esprit et de culture, technicien remarquable mais surtout poète viril, ardent et vigoureux, tempérament foncièrement dramatique, chantre incontesté de l’âme tchèque dans ce qu’elle a de plus noble, de plus élevé, de plus profond. Cette édition nous propose deux réalisations parmi les plus parfaites que Karel Ančerl nous ait léguées.

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Jan Hanuš (1915-2004) : Le sel vaut bien plus que l’or (Sůl nad zlato), suite de ballet n°1 op. 28a ; Symphonie n°2 en sol majeur op. 26. Orchestre Philharmonique Tchèque, direction : Karel Ančerl. 1 CD Supraphon. Réf. : SU 3701-2. AAD. Enregistré décembre 1955 (Le sel) et en juin-juillet 1956 (Symphonie) au Dvořák Hall du Rudolfinum, Prague. Notices quadrilingues (anglais-allemand-français-tchèque) excellentes. Durée : 65’05’’.

 
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