Alain Platel : Monteverdi chez les contorsionnistes

Danse , La Scène, Spectacles divers

Bruxelles, Théâtre National de la Communauté française, 06-V-2006. VSPRS. Alain Platel, chorégraphie, Fabrizio Cassol, arrangement musical. Avec : Cristina Zavalloni, soprano, VSPRS orchestra. Ballets de la Compagnie C de la B.

Kunstenfestivaldesarts

Après Bach (Iets to Bach) et Mozart (Wolf), le chorégraphe et metteur en scène belge s’attaque à Monteverdi et à ses Vespro della Beata Vergine de 1610. Fasciné par la découverte de cette pièce dans une église gantoise lors d’une journée d’été caniculaire, l’artiste transpose la partition dans un univers aussi personnel qu’inattendu. Porté au rang d’icône belge, Platel déchaîne les passions : l’attente pour ce spectacle coproduit par de nombreuses institutions européennes et qui fait en ce moment escale au Kunstenfestivaldesarts de Bruxelles est aussi immense qu’intense. Les représentations sont complètes depuis longtemps et la liste d’attente est impressionnante.

Pour la musique, le Gantois a fait appel à Fabrizio Cassol, le saxophoniste et compositeur du groupe belge Aka Moon. Ce dernier a arrangé la partition de Monteverdi pour soprano et un petit orchestre, composé de musiciens baroques, d’un contrebassiste, d’un violoniste tzigane, d’un saxophoniste et d’un batteur. Le résultat est plutôt réussi, Cassol est assez habile pour garder le côté sensuel et charnel de la musique de Monteverdi alors qu’il sait combiner improvisation et musique écrite. Ce travail s’affirme d’une grande beauté esthétique et d’un bel esprit baroque.

Le travail de Platel est plus discutable. Certes, l’ensemble fourmille d’idées, c’est ultra virtuose, parfois fascinant dans les mouvements de contorsionnistes sidérants demandés aux danseurs et dans les contrastes violents des situations, mais le spectacle ne tient pas la longueur. La première heure est plutôt haletante et échevelée, mais la dernière demi-heure part dans tous les sens et se perd dans des significations hasardeuses, d’autant plus qu’on se lasse assez vite des mouvements extrêmes imposés à sa compagnie. Platel aime aussi faire parler ses danseurs : si le numéro de bègue d’un des danseurs est très drôle, on restera plus que dubitatif devant le « poème au caca » déclamé par une autre artiste déjà remarquée par une énumération des héros « légendaires » d’Ulysse à Zidane en passant par James Bond. Acclamé par un public conquis d’avance, ce spectacle parfois intéressant laisse tout de même un goût d’inachevé.

Crédit photographique : © Chris van der Burght

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.