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Pelléas première manière

À emporter, CD, Opéra

Claude Debussy (1862- 1918 ) : Pelléas et Mélisande. Ernst Haefliger, Pelléas ; Elisabeth Schwartzkopf, Mélisande ; Michel Roux, Golaud ; Mario Petri, Arkel ; Christiane Gayraud, Geneviève ; Graziella Sciutti, Yniold. Chœurs et orchestre de la Radio Italienne, direction : Herbert Von Karajan. 2 CD Urania 22. 267. Enregistré à Rome en décembre 1954. Monophonique (live). Durée 154’07 minutes.

 

Urania

Pelléas fut pour Karajan le sommet de sa longue histoire d’amour avec la musique française. Il plaçait cet ouvrage énigmatique entre tous au centre d’une trilogie universelle dont les deux autres étapes étaient pour lui Parsifal et la Flûte enchantée. En 1978 il signait une version majeure de cette partition de Debussy à Berlin à la tête d’un orchestre de Berlin aux sonorités plus françaises que bien des formations de l’hexagone. Mais en 1954, Karajan est à un moment charnière de sa vie. L’orchestre des Berliner Philharmoniker lui tend les bras, il les mènera vers des absolus de perfection tout en leur imposant une dictature à vie. Wilhelm Furtwängler vient de mourir, le chemin est désormais libre. Karajan s’attaque alors à Pelléas en décembre pour la première fois, après avoir approfondi l’ouvrage depuis plusieurs décennies.

La distribution pourra étonner aujourd’hui ; Elisabeth Schwartzkopf et tiennent les rôles titres, leur affinité avec la langue française fait sourire en regard des exigences actuelles. Karajan réalise pourtant des prodiges à la tête de la radio italienne. La formation n’a jamais brillé par sa virtuosité, encore moins par ses sonorités parfois dures, rarement colorées.

La direction de Karajan privilégie les tempi lents, risque majeur avec cet orchestre, mais pleinement assumé et finalement réussi grâce à un phrasé suave et envoûtant que le chef retient par ailleurs avec un art consommé de l’équilibre. Les scènes d’amour et le final de l’œuvre gagnent un supplément d’âme, tendus comme des arcs et dont la finalité ne peut se trouver que dans la mort. Karajan tire ainsi l’ouvrage vers Tristan dont il venait de donner à Bayreuth et trois ans plus tôt la version ultime.

Le Karajan de ces années-là savait mieux qu’un autre être un simple maillon d’une chaîne de fabrication. Il s’agissait alors pour lui de réaliser les meilleurs enregistrements possibles d’un ouvrage et non pas (encore) de se mettre au premier plan. Songeons que durant ces années cinquante, Karajan donna au disque un Cosi pour l’éternité, une intégrale Beethoven avec le Philharmonia, des Noces et une Flûte toujours d’actualité, sans parler de Falstaff, Rosenkavalier… Sans aucun doute la décennie la plus fertile de ce chef inclassable.

Ce Pelléas restitué dans de bonnes conditions sonores est une pièce importante à verser au dossier.

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