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La musique de chambre de l’École française dans toute sa gloire

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Gabriel Fauré (1845-1924) : Trio en ré mineur pour piano, violon et violoncelle op. 120. Claude Debussy (1862-1918) : Trio en sol majeur pour piano, violon et violoncelle. Joseph Jongen (1873-1953) : Deux pièces en trio pour piano, violon et violoncelle op. 95. Trio Grumiaux : Philippe Koch, violon ; Luc Dewez, violoncelle ; Luc Devos, piano. 1 CD Klara. Réf. : MMP 036. DDD. Enregistré au Studio Toots, Bruxelles, en novembre 2002. Notices trilingues (néerlandais-anglais-français) excellentes. Durée : 62’45’’.

 

Si vous désirez écouter cet admirable CD selon les dates de naissance des compositeurs, laissez s’égrener les plages dans l’ordre où elles se présentent : Fauré-Debussy-Jongen ; si la chronologie des compositions vous interpelle, programmez Debussy-Fauré-Jongen ; enfin si vous êtes sensible à la maturité croissante des œuvres, c’est-à-dire leur position relative dans la vie des compositeurs, Debussy-Jongen-Fauré est l’ordre qui convient. Et de toute façon, quel que soit votre choix, vous vous retrouverez devant l’un des plus beaux enregistrements existants de musique de chambre française – ou plutôt de l’école française, puisque est belge d’expression française.

Déjà le programme intelligemment conçu de ce CD Klara se distingue par la rareté des œuvres exécutées – puisque même le Trio de n’est que peu joué – mais également par le dénominateur commun des styles de ces trois partitions : élégance, pureté, raffinement. Si Saint-Saëns fut en France l’initiateur courageux du renouveau de la musique de chambre à une époque où elle était pour ainsi dire boudée, son élève Fauré a élevé le genre à des cimes alors insoupçonnées et rarement égalées depuis. Le Trio en ré mineur pour piano, violon et violoncelle (1923) constitue, avec le Quatuor à cordes l’ultime témoignage artistique de , chef-d’œuvre d’un sage, partition ne retenant que l’essentiel, c’est-à-dire l’essence même de la musique dans sa lumière la plus pure, la plus radieuse, bilan d’une vie pleinement accomplie d’un artiste du plus haut niveau.

Curieusement, alors que leurs styles musicaux étaient radicalement opposés, les deux protégés de Madame Nadejda von Meck – Debussy et, surtout, Tchaikovsky – avaient dans leur technique compositionnelle des points communs qu’une écoute attentive révèle à l’évidence : notamment, dans une même phrase musicale, le redoublement de certaines séquences constituant cette phrase. Un exemple des plus flagrants chez Debussy est son poème dansé Jeux (1913), et curieusement, contrairement à cette œuvre de pleine maturité, le Trio en sol majeur pour piano, violon et violoncelle dit « Premier Trio » de Debussy n’utilise que très peu cette technique. Madame von Meck avait à sa disposition un ensemble russe de musique de chambre dont seul Debussy était Français, et c’est pour cet ensemble qu’il composa, en septembre 1880 – à dix-huit ans ! – sa première œuvre de musique de chambre dont on perdit la trace jusqu’en 1979 où elle réapparut dans une vente aux enchères parisienne. Le Trio de , en quatre mouvements, doit beaucoup à Schumann surtout, et l’influence de Franck y est aussi indéniable, mais on y décèle toutefois déjà l’humour et les caractéristiques mélodiques et harmoniques de l’auteur de la Rêverie et des deux Arabesques pour piano.

Les Deux pièces en trio pour piano, violon et violoncelle (1931) de (à ne pas confondre avec les Deux pièces en trio pour harpe, flûte et violoncelle op. 80 de 1925) complètent idéalement ce CD valorisant à la fois l’unité de style évidente des trois partitions et la personnalité bien particulière de chaque compositeur. L’œuvre de Jongen constitue en outre un complément idéal au disque Phaedra consacré aux deux grands Trios à clavier du maître liégeois. Ce diptyque que sont les Deux pièces en trio fait contraster la rêverie (Élégie nocturnale) et la joie à l’état pur (Allegro appassionato) en une œuvre à la maîtrise jaillissante, l’une des plus parfaites du compositeur.

Créer un trio qui porte le nom de l’un des violonistes les plus accomplis du XXe siècle tenait de la gageure et constituait une lourde responsabilité. La démonstration est éclatante : Philippe Koch, violon (petit-fils de Henri Koch) ; Luc Dewez, violoncelle et Luc Devos, piano font honneur aux musiciens belges et à la musique de chambre en nous offrant des interprétations d’une mise au point parfaite, d’une élégance et d’une sensibilité frémissante qu’Arthur Grumiaux n’eût certainement point désavouées. Écoutez, par exemple, plage 9 à partir de 6’30’’(Jongen), la beauté du violon et du violoncelle à l’unisson, jouant comme s’il s’agissait d’un seul instrument : dans Debussy et Fauré, cette même combinaison est tout aussi idéalement accomplie.

Ce disque est l’une des réalisations les plus enthousiasmantes et les plus parfaites qu’il nous ait été donné d’écouter et d’apprécier : Satisfaction absolue de l’esprit et du cœur. Un CD à chérir pour la vie.

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Gabriel Fauré (1845-1924) : Trio en ré mineur pour piano, violon et violoncelle op. 120. Claude Debussy (1862-1918) : Trio en sol majeur pour piano, violon et violoncelle. Joseph Jongen (1873-1953) : Deux pièces en trio pour piano, violon et violoncelle op. 95. Trio Grumiaux : Philippe Koch, violon ; Luc Dewez, violoncelle ; Luc Devos, piano. 1 CD Klara. Réf. : MMP 036. DDD. Enregistré au Studio Toots, Bruxelles, en novembre 2002. Notices trilingues (néerlandais-anglais-français) excellentes. Durée : 62’45’’.

 
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