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Les francophones sont des durs à cuivre

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Le Quintette de cuivres – aspects historiques et actualité. Concours international de musique de chambre, Lyon 2005. Actes de colloque, coordination par Gérard Streletski. Symétrie. 146 pages. ISBN : 2-914373-10-4. 2006.

 

Symétrie

Musique militaire, fanfare, harmonie, si les instruments à cuivre brillent, ce n’est pas dans le répertoire le plus reluisant. Du moins est-ce l’image qu’en ont les francophones, car aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne il existe une pratique et un répertoire pour le Quintette de cuivres, une formation née il est vrai seulement dans les années 50. Un a priori tenace auquel s’est attaquée l’édition 2005 du Concours international de musique de chambre de Lyon, prolongée par la présente publication des actes du colloque.

Jusqu’aux années 1840, c’était la grande misère des cuivres en France. Jean-Jacques Rousseau le relevait dans son Dictionnaire de Musique de 1768 : «C’est une chose à remarquer que dans le Royaume de France il n’y a pas une seule trompette qui sonne juste et la nation la plus guerrière de l’Europe a les instruments les plus discordants». L’apport du Belge Adolphe Sax fut de breveter en 1845 un système de piston lui permettant de créer des familles d’instruments à cuivre aux timbres homogènes, plus éclatants et à la plus grande amplitude dynamique. Dans la foulée, Jean-François-Victor Bellon (1785-1869) composa douze Quintettes pour instruments à cuivre entre 1848 et 1850, qui constituent l’ancêtre de ce répertoire. Aïeul prestigieux et néanmoins sans descendance de cette formation, coup de tonnerre isolé dans un ciel bleu.

Avec Berlioz dont le Traité d’instrumentation et d’orchestration de 1855 fait l’objet d’analyses approfondies, Bellon est le personnage le mieux étudié dans cet ouvrage qui retiendra l’attention des amateurs de cuivres. L’étude que lui consacre Isabelle Bretaudeau ouvre une piste qui peut aider à renouveler la perception que nous pouvons avoir des cuivres, en les éloignant de leur image d’instruments de foire : «Jouer Bellon désormais signifie pour l’instrumentiste contemporain revenir à une conception plus confidentielle de l’expression musicale des cuivres et donc travailler sur la notion de velouté d’un timbre d’ensemble très différente de ses réflexes habituels et de l’idée toujours véhiculée concernant les cuivres, selon laquelle ils doivent briller». Elargissez vos goûts, essayez une douzaine de Bellon !

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