Jeremy Menuhin : Comment tuer le père !

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Ludwig van Beethoven ( 1770-1827) : Sonates pour piano op. 2, op. 27 et op. 110, Concertos pour piano et orchestre n°1op. 15 et 3 op. 37. Jeremy Menuhin, piano et direction. Sinfonia Varsovia. 2 CD Cobra Records référence Cobra 0015. Enregistré en 2004. Durées : CD 1 54’01, CD 2 73’27.

 

Etre le fils de Yehudi Menuhin ne confère pas uniquement des droits et des facilités. Pour plus d’un descendant de géant (Igor Oïstrakh), le chemin de la reconnaissance internationale a été barré par des raisons autant psychologiques que réellement musicales. Le cas de n’est pas encore véritablement jugé. Relégué au rang d’accompagnateur attitré de son père au milieu des années 80 lorsqu’il jouait encore du violon, Jeremy est devenu ensuite et jusqu’à la mort de son père son soliste favori, notamment dans les concertos de Beethoven.

Il en grave deux aujourd’hui et les dirige du clavier, faut-il y voir une émancipation, un crime rituel posthume, le besoin absolu de dire « je suis un musicien indépendant » ? Laissons les amateurs de psychanalyse de comptoir faire leur œuvre et admettons que se sort plutôt très bien de l’opus 15, cette première ébauche des concertos de Beethoven à venir. Sans dramatiser le ton, sans l’alléger abusivement non plus, le pianiste et chef de circonstance trouve le ton juste pour une partition plus riche qu’il n’y parait. Le mouvement lent est spécialement réussi et débouche sur un Rondo particulièrement vif.

L’opus 37 est, comme on le sait, le premier grand concerto romantique en même temps qu’il clôture la période classique. Tempi excellents, ambiance prophétique, rigueur du trait, tout y est pour cette interprétation à situer au niveau des grands anciens (Pollini, Backhaus…) dont Jeremy Menuhin ne cherche pas à renouveler le propos. Cet ordre classique est parfaitement défendu et trouvera de nombreux amateurs.

Trois sonates de Beethoven sont proposées par ailleurs, elles ne comptent pas parmi les plus connues du maître mais recouvrent ses différentes périodes créatrices et mettent ainsi en avant la très juste perception de cet univers par le fils de Yehudi. Du reste il s’en explique dans la pochette de l’album (où les photos avec son père abondent) et réaffirme qu’autour de la table familiale des Menuhin Beethoven était le dieu vivant vénéré en tant qu’absolu d’engagement et de fraternité. Pour ces sonates on pourra trouver sans peine ici et ailleurs des lectures plus engagées, plus rudes ou raides. Menuhin se situe dans la tradition de Kempff dont il a hérité de toute évidence le toucher plaisant, la musicalité posée qui peut certains jours manquer de tonus.

Jeremy Menuhin préparerait une intégrale Beethoven chez Cobra, elle sera ce mausolée dont le fils doit rêver pour le père.

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