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Klaus Tennstedt : sous le signe du drame

(1926-1998) reste un chef d’orchestre peu connu en dehors d’une intégrale des symphonies de Mahler gravée au cours de la décennie 1980 pour le label EMI. Emigré tardivement en Europe de l’Ouest après une belle carrière de l’autre côté du Rideau de fer, le musicien rencontra à plusieurs reprises de graves ennuis de santé qui raréfièrent ses apparitions. Disparu prématurément en 1998, le maestro aurait célébré, cette année, ses 80 ans.

voit le jour en 1926 dans la petite ville allemande de Merseburg. Il étudie le violon et le piano au Conservatoire de Leipzig avant de devenir, en 1948, le premier violon de l’orchestre du Théâtre municipal de Halle, ville natale de Haendel. Il est même le plus jeune violon solo d’un orchestre de la RDA et se produit brillamment en soliste. Cependant, une grosseur inopérable à la main gauche l’oblige à abandonner l’instrument. C’est un premier choc, qui le plonge dans le doute et la dépression. Mais, solide pianiste, il obtient de rester engagé à l’opéra de Halle en tant que répétiteur. Le rôle n’est pas des plus épanouissant, mais il permet au chef de monter au pupitre et de diriger un opéra du très obscur Wagner-Régeny : Der Günstling («La Favorite» d’après Mary Tudor). Le résultat est brillant et bluffe même le père du chef, violoniste du rang dans le même orchestre. L’année suivante, il est désigné chef d’orchestre à l’opéra de Karl-Marx Stadt (Chemnitz). Il y dirige ses premiers concerts symphoniques et assure les premières locales de musiques contemporaines dont Peer Gynt de Wernr Egk.

En 1959, il est nommé directeur musical de Landesoper de Dresde-Radebeul. Il y affirme un penchant pour la musique de son temps avec des créations est-allemandes de Grandeur et décadence de la ville de Mahagony de Kurt Weill ou L’Ecole des femmes de Rolf Liebermann. En 1962, il est appelé à un poste équivalent auprès de l’opéra d’état du Mecklembourg. Entre 1962 et 1971, il y poursuit l’exploration des œuvres du XXe siècle avec Janacek, Chostakovitch, Dessau, Hindemith, Bernstein, Britten alors qu’il grave ses premiers disques pour Eterna, le label officiel de la RDA (Symphonie n°1 de Beethoven, mais aussi Mozart, Dessau et Wagner-Régeny). Il est alors invité par les meilleurs orchestres de la RDA : Philharmonie et Staatskapelle de Dresde, Gewandhaus de Leipzig, Orchestre de la Radio de Berlin. Pendant cette décennie, il conduit fréquemment ces phalanges lors de tournées dans les pays frères de l’Europe centrale. Cependant, caractère entier, peu carriériste et radical dans certains de ces choix artistiques, il est ignoré par le Parti communiste ! Il n’est même pas invité à diriger au Komisch de Berlin, la scène montante du Berlin-Est alors dirigée par le légendaire metteur en scène Walter Felsenstein.

Mais en 1971, à l’occasion d’un engagement à Göteborg en Suède, le chef d’orchestre décide de changer d’horizon politique. Une opportune erreur de visa lui permet d’organiser son passage à l’Ouest. Cependant, les premiers temps sont difficiles car il est méconnu en Europe de l’Ouest. Il décroche péniblement la direction musicale de l’Opéra de Kiel, imposante et industrieuse cité de l’Allemagne du Nord. Mais, l’homme se bat et, aidé par un intendant intelligent, il monte ses cycles Mozart, Strauss et Wagner qui emportent l’adhésion de la critique et du public. Sa notoriété commence à croitre. C’est à cette époque qu’il commence à s’intéresser à Mahler, compositeur auquel son nom reste attaché.

C’est en 1973 que va se produire le déclic qui va lancer véritablement le milieu musical. Walter Homburger, intendant de l’orchestre de Toronto, arrive en Europe à la recherche d’un directeur musical pour succéder à Karel Ancerl. En octobre 1973, il entend Tennstedt dans une symphonie de Bruckner et l’invite immédiatement au Canada. En 1974, il se produit à Toronto dans un programme Beethoven avant de rejoindre Boston pour deux programmes dont une Symphonie n°8 de Bruckner qui fait trembler les murs du Symphony Hall. Suite à ces succès, il sera invité chaque année au Canada et aux Etats-Unis se produisant à : Toronto, Montréal, Chicago, Minneapolis, Detroit, Cincinnati, Dallas, Philadelphie, New-York et Washington.

En 1977, le chef fait ses débuts avec le London Philharmonic avec lequel il enregistre une Symphonie n°1 de Mahler qui remporte toutes les récompenses discographiques. En 1980, il devient premier chef invité du LPO avant d’être désigné, en 1983, directeur musical. Tennstedt peut alors abandonner la modeste Kiel et se concentrer sur ses concerts et ses enregistrements à Londres tout en étant l’hôte des grands orchestres : Berlin, Vienne, Paris, Tel-Aviv. Le musicien accepte même deux mandats à la tête de l’orchestre du Minnesota (1979-1982) et de la NDR de Hambourg (1979-1981). En 1985, il fait ses débuts au festival de Salzbourg dans Les Saisons de Haydn. Du côté discographique, l’intégrale des symphonies de Mahler qu’il grave à Londres remporte un écho considérable et la Symphonie n°8 est même récompensée d’un Gramophone Award en 1987. Il enregistre également Schuman, Schubert et Bruckner avec le philharmonique de Berlin.

Mais, la santé du chef va commencer à décliner tout en le plongeant dans le doute. Après deux opérations de la hanche, on lui découvre un cancer de la gorge (provoqué par un tabagisme excessif). Il réduit ses activités et démissionne de son poste londonien en 1987. On le retrouve encore à la tête de ses chers musiciens anglais pour des symphonies de Mahler. Il dirige son ancien orchestre, pour la dernière fois, en 1993, pour une Symphonie n°7 de Mahler. Sa dernière prestation publique, en 1994, eut lieu à la tête de l’orchestre de l’université d’Oxford avec l’ouverture d’Oberon de Weber pour la remise de son titre de docteur Honoris Causa.

Personnalité hors norme, homme entier, Tennstedt n’est jamais apparu comme un technicien de la baguette. Ainsi son John William, l’intendant du LPO, raconte que malgré «son absence totale de technique, chaque membre de l’orchestre avait le sentiment que c’était lui seul que Tennstedt dirigeait. Il communiquait avec l’orchestre jusqu’aux pupitres du fond ; il n’avait jamais besoin de crier». Mais son intégrale Mahler et plusieurs témoignages de concert permettent de rendre compte d’un chef exceptionnel mais surtout très personnel et souvent inattendu dans ses choix interprétatifs.

 

Les incontournables discographiques :

  • Les indispensables :

Ludwig van Beethoven, Symphonie n°9, London Philharmonic orchestra. 1 CD BBC Legends BBCL4131-2

Ludwig van Beethoven, Symphonie n°7 ; Johannes Brahms, symphonie n°3. London Philharmonic Orchestra. 1 CD BBC legends BBCL4167-2

Anton Bruckner (1824-1836), Symphonie n°3 (édition de 1889-Nowak, 1959). Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks. 1 CD Profil Medien PH04093.

Gustav Mahler, Intégrale des symphonies, London Philharmonic Orchestra, 11 CD EMI Classics 7243 5 72941 2 6

  • Pour approfondir :

Ludwig van Beethoven, Symphonies n°1 et n°5, Carl Maria von Weber : ouverture d’Obéron. London Philharmonic Orchestra. 1 CD BBEC Legends BBCL4158-2

Antonin Dvorak, Symphonie n°8 ; Leos Janacek, Sinfonietta ; Bedrich Smetana : Ouverture de la fiancée vendue. London Philharmonic Orchestra. 1 CD BBC Legends BBCL4139-2

Klaus Tennstedt, The Great Recording, 1 coffret de 14 CD EMI Classics : 50999 094433 27

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