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Festival Berlioz 2006 Vol II: Isolde abandonnée à son pauvre sort

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La Côte Saint André. Château Louis XI. 25VIII 2006. Richard Wagner (1813-1864) : Tristan und Isolde, opéra en trois actes, transcription de Jean-Pierre Arnaud, Texte de Novalis et Richard Wagner. Chorégraphie, Anne Martin ; Mise en espace, Michel Belletante. Avec : Christine Schweitzer, Iseult ; Christian Fromont, Récitant. Ensemble Carpe Diem, direction, Jean-Pierre Arnaud.

Transcrire une œuvre est de soit une gageure, transcrire Wagner est un jeu extrêmement risqué, mais prendre ce risque dans la patrie même de Berlioz qui n’appréciait pas que l’on puisse changer une note d’une composition, est pour le moins incongru. , passant outre tous les obstacles, s’est courageusement attelé à cette tâche redoutable, destinée à un public de connaisseurs. Le résultat de la transcription est, disons-le, assez réussi en ce sens que l’œuvre se retrouve et garde une part de sa cohérence. Les spécificités wagnériennes sont respectées, « l’idée Wagner » est là. L’introduction de timbales est remarquable et constitue en soi un grand moment, même si elle fut interprétée avec trop de raideur. Demeure que « l’esprit de Wagner » était totalement absent. « Réduction » conviendrait mieux que transcription. Comment rendre l’esprit wagnérien avec … sept musiciens et acteurs pour interpréter rien moins que Tristan und Isolde ? Peut-être une évocation dans un cadre plus intime aurait-elle été plus appropriée que l’immense édifice du festival dans lequel les voix du récitant et d’Iseult se perdaient, s’essoufflaient et finalement s’abîmaient pour atteindre le fond de la salle sans être totalement couverte par les musiciens si peu nombreux fussent-ils. Honnêtement que restait-il de Wagner après cette représentation, sinon un vague souvenir, une évocation lointaine et malheureusement gâchée. Cette évocation aurait pu être superbe et nous faire entrer dans l’âme d’Isolde, car la réduction dans son écriture aurait pu être une agréable partition d’un autre genre pour quintette et soliste. L’idée du récitant se prêtait du reste très bien à l’évocation et il faut ici rendre hommage au jeu de Christian Fromont qui, en véritable acteur, s’est révélé conteur épris de son rôle, dans un jeu de scène d’une agréable proximité avec Isolde. Mais la taille de la scène et un ensemble musical à couvrir ont eu raison de sa voix que l’on sentait faiblir au fur et à mesure que se déroulait le drame. Perdu au fond de l’immense scène, l’ensemble Carpe Diem de n’en couvrait pas moins les voix de Christian Fromont et de Christine Schweitzer. Laissés à eux-mêmes, les musiciens ne sont jamais parvenus à être réellement ensembles. Du départ flou aux lourdeurs des accents, en passant par des timbales très nettement en dehors, c’est un manque d’unité et d’équilibre qui, au final desservit ce qui pourtant aurait pu être un pari réussi. Les spécificités et les difficultés wagnériennes semblaient réellement travaillées, mais malheureusement, leur jeu crispé contraignit les musiciens à les plaquer, comme un catalogue de prouesses. Le jeu entre le discours des instruments ou de la soprano était sans nuances, ni vie. Les respirations de la partition qui font tout le souffle et la puissance de cet opéra étaient absolument absentes. Le drame qu’elles portent était vidé de sa substance par des instruments qui jouaient plus côte à côte qu’ensembles. Tout l’opéra est conçu comme une haletante intrigue qui s’achève dans le souffle que porte chacune des notes écrivant la ligne mélodique de la mort d’Iseult. Que dire de cette mort contée de façon désabusée et laissée là avec indifférence ? Cette mort si célèbre, chantée avec justesse se précipitait dans le tempo, noyée sous des nuances mal appropriées, forçant Christine Schweitzer à jeter ses aigus pour espérer être entendue. L’ensemble peu porteur pour l’habituel talent de la soprano ne lui permit jamais de donner toute sa dimension et le souffle de vie qui aurait dû quitter Iseult lentement et indistinctement s’est enfui en un instant dans ce qui en réalité fut un massacre de cacophonie achevé avec soulagement par un sostenuto abrégé et asséché.

Crédit photographique : © festival de la Côte-Saint-André

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La Côte Saint André. Château Louis XI. 25VIII 2006. Richard Wagner (1813-1864) : Tristan und Isolde, opéra en trois actes, transcription de Jean-Pierre Arnaud, Texte de Novalis et Richard Wagner. Chorégraphie, Anne Martin ; Mise en espace, Michel Belletante. Avec : Christine Schweitzer, Iseult ; Christian Fromont, Récitant. Ensemble Carpe Diem, direction, Jean-Pierre Arnaud.

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