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Roma piano trio, trios de Smetana et Chostakovitch

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Bedrich Smetana (1824-1884) : Trio op. 15 en sol majeur. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Trio n°2 op. 67 en mi mineur. Angela Pardo, piano ; Alessandro D’Andrea, violon ; Marco Damiani, violoncelle. 1 CD Genuin Référence GMP 04509. Enregistré les 3 et 6 mai 2004. Notice en anglais et allemand. Durée : 55’46’’

 

Genuin

Apparu sous sa forme instrumentale à l’époque classique, le trio reste pour l’immense majorité des mélomanes un genre mineur, très en retrait du quatuor à cordes par exemple. Ce qui explique peut-être son relatif déclin au XXe siècle, en dépit du vif intérêt montré à son endroit par quelques compositeurs – Ravel, Schœnberg… – dont l’importance historique et la volonté innovatrice ne le cèdent en rien à leurs devanciers du XIXe siècle. Associant presque toujours le violon, le violoncelle et le piano à partir de Beethoven, alors même que le modèle viennois réunissait volontiers le violon, l’alto (ou un second violon) et le violoncelle, le trio propose pourtant diverses particularités remarquables, dont celle de spéculer, en dépit du jeu contrapuntique serré entre les trois pupitres, sur des effets d’opposition de timbres et de palettes sonores avant tout déterminés par l’association d’un instrument de nature polyphonique à deux instruments d’essence monodique ; on en trouve l’effet jusque dans les originales contributions qu’un Brahms exige, dans ce cadre, du cor ou de la clarinette. Si la tradition germanique du trio (Mozart, Beethoven, Schubert, Schumann, Brahms, Schœnberg…) apparaît sans rivale devant l’histoire, d’autres foyers ont cependant participé de façon décisive à l’enrichissement et à la diversité de son répertoire, dont la Bohême et la Russie.

Le Trio de Smetana a longtemps souffert de sa comparaison avec le magnifique Quatuor n°1en mi mineur « de ma vie » du même auteur, comparaison bien mal venue, l’ambition respective des deux partitions étant sans commune mesure. Et le malentendu a encore été accentué, au fil du temps, par la charge autobiographique dont on a systématiquement voulu accabler cet opus, en rappelant en toutes occasions qu’il fut précédé (voire provoqué) par la mort de la fille du compositeur. De ce point de vue, le livret d’accompagnement de notre disque se signale par une si plaisante accumulation, en quelques lignes, de clichés fumeux et de lieux communs galvaudés qu’on en vient presque à se réjouir de l’absence de toute traduction française ou italienne d’un texte pourtant dû à l’un des protagonistes ultramontains de la formation.

À l’auditeur, donc, qui souhaite écouter ce Trio de Smetana débarrassé d’intempestifs sanglots, on aurait tendance à conseiller une autre interprétation, par exemple celle… du Trio Smetana ! (Jitka Cechová, Jana Nováková, Jan Pálenícek), sans préjudice de l’interprétation mémorable offerte tout récemment à Bruxelles par le , aussi convaincant dans sa restitution du génie particulier de Smetana que dans sa mise en lumière des traits de l’école française du temps (Chausson, Saint-Saëns). Le Trio Roma, lui, a délibérément opté pour un pathos post-romantique dont il n’est pas sûr que la musique du maître tchèque aie besoin.

Ainsi, dans le premier mouvement, le douloureux récitatif du violon délaisse-t-il délibérément toute vigueur passionnelle au profit d’un attendrissement aux accents quelque peu racoleurs, tandis que la seconde partie se signale par un parti pris de complaisance folklorique qui ravale la mélodie populaire choisie par Smetana au rang d’accessoire exotisant. Le finale est moins caricatural, les trois interprètes le traitant avec une précision et une délicatesse louables, même si les dernières mesures sont totalement privées de cette ampleur que la partition sollicite à l’évidence. Le Trio en mi mineur de Smetana n’a pas vocation, certes, à faire oublier « l’Archiduc », mais il serait erroné de le juger sur cette décevante prestation d’une formation, qui ne se montre d’ailleurs pas plus convaincante chez Chostakovitch.

En regard de ses quinze quatuors, ce dernier n’a écrit que deux trios, dont l’op. 67 n° 2, en mi mineur, qui, composé en 1944, forme la seconde partie de cet enregistrement. Avec cette partition, le grand musicien russe donne l’une des pièces majeures de la production de chambre du XXe siècle, sans rien céder de ce qui fait l’originalité de sa langue, notamment cet humour corrosif qui déconcerte d’autant plus l’auditeur qu’il se vêt le plus souvent d’un tissu lyrique propre à abuser les esprits distraits. Dans les pages initiales du premier mouvement, d’une grande difficulté d’exécution, le climat d’oraison songeuse – suggéré par l’emploi des harmoniques – exige une parfaite maîtrise dans le maniement d’un matériau aux frontières de la dissolution sonore ; peut-être la prise de son ne rend-elle pas, ici, complètement justice aux interprètes. En revanche, dans le curieux rondo qui suit, portrait musical d’un ami disparu selon les biographes officiels, la vigueur est enfin au rendez-vous. Mais dès le troisième mouvement, le plus beau, le plus émouvant, le Trio Roma déçoit à nouveau, par l’adoucissement délibéré des plus cruelles dissonances et l’inconsistance du dialogue violon/violoncelle sur la partie obstinée du piano. Quant au finale, ambigu par ses perpétuels allers et retours entre manifestations contradictoires d’un bruyant désespoir et d’une joie exubérante, il provoque ordinairement l’enthousiasme de tous les publics. Sera-ce le cas pour le Trio Roma, en concert et non plus en studio ? Hoc sperans

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Bedrich Smetana (1824-1884) : Trio op. 15 en sol majeur. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Trio n°2 op. 67 en mi mineur. Angela Pardo, piano ; Alessandro D’Andrea, violon ; Marco Damiani, violoncelle. 1 CD Genuin Référence GMP 04509. Enregistré les 3 et 6 mai 2004. Notice en anglais et allemand. Durée : 55’46’’

 
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