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Max Reger, le mal aimé

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Mort il y a cent dix ans, demeure un maître à découvrir, notamment grâce au dossier consacré au compositeur, particulièrement en France où son œuvre demeure toujours à découvrir.

Il y a cent dix ans exactement, le 11 mai 1916, était découvert mort dans un hôtel de Leipzig. Cigare à la bouche, une partition à corriger à la main, il avait été emporté par une crise cardiaque à quarante-trois ans seulement. Le surmenage, l'abus du tabac et surtout de l'alcool (il était connu pour son intempérance et avait fait plusieurs cures de désintoxication sans succès) avaient eu raison de sa nature de colosse. Il laissait derrière lui un œuvre considérable, cent quarante sept numéros d'opus mais en réalité beaucoup plus de partitions ; dans un article paru en 1973 et intitulé « plaidoyer pour un centenaire », Paul-Gilbert Langevin évaluait à près de mille les compositions du musicien, dont de nombreux opus regroupent plusieurs œuvres. Figure majeure et respectée de la musique allemande en son temps, à l'égal de Richard Strauss dont il est l'opposé en presque tous points, n'a pas bénéficié de la même reconnaissance de la postérité et, en dehors de son pays, demeure mal aimé, et jugé rébarbatif.

Certes, comme Brahms avant lui (dont il prolonge l'esthétique à bien des égards), Reger n'a jamais composé pour la scène. Plus encore, à la différence de son modèle mais surtout de Bruckner et Mahler, il n'a jamais osé se confronter au genre roi de la symphonie, même si son colossal prologue pour une tragédie a pu être considéré notamment par Langevin déjà cité comme le premier mouvement (de trente-cinq minutes…) d'une symphonie gigantesque mais jamais écrite !

Il est vrai que le musicien, doutant de ses capacités d'invention mélodique, a préféré se tourner vers les grands cycles de variations sur des thème empruntés à Beethoven, Hiller ou Mozart. Dans le massif touffu de sa production, le meilleur est indéniablement à chercher dans sa musique de chambre qui montre son évolution d'un style « sauvage » du tournant du siècle vers une pureté d'inspiration et une élévation qui font de ses deux derniers quatuors et surtout de son ultime quintette avec clarinette d'indéniables chefs d'œuvre. Comme pour Mahler mort cinq ans plus tôt, on ne peut que spéculer sur ce qu'aurait été l'évolution de Reger, arrivé lui aussi aux frontières de la tonalité par une voie différente. Ses plus grandes pages pour orgue sont également magistrales et malgré leurs dimensions et leur densité intimidantes méritent de figurer à côté des grandes partitions de Liszt. Enfin, pour qui est plus sensible au chatoiement de l'orchestre, la suite romantique et les pages pour voix et orchestre (An die Hoffnung, An der Liebe) sont à découvrir.

Pour cet anniversaire que les parutions discographiques semblent hélas ignorer, on ne peut que souhaiter que les interprètes suivent les exemples de chefs comme Salonen ou Thielemann qui relèvent le gant de faire connaître et aimer cette musique souvent austère mais d'une richesse et d'une originalité indéniables.

Bibliographie : l'excellent dossier de notre ami Bénédict Hévry mis en ligne sur notre site à l'occasion du cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Reger demeure la meilleure approche du musicien et de son œuvre (Max Reger, ce mal entendu – ResMusica).

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