Les trios de Dvořák par le trio Smetana

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Antonín Dvořák (1841-1904) Trios pour violon, violoncelle & piano n°3 en fa mineur op. 65 B. 130  ; n°4 en mi mineur « Dumky » op. 90 B. 166. Smetana Trio : Jana Vonaskova-Novakova, violon  ; Jitka Cechova, piano  ; Jan Palenicek, violoncelle. 1CD Supraphon Réf SU 3810 – 2. Enregistré en mars 2006. Durée : 67’02’’

 

Les trios de Dvořák – au nombre de quatre si l’on ne tient pas compte d’essais de jeunesse qui n’ont pas été conservés – datent pour l’essentiel de la maturité de sa carrière : composés respectivement en 1875, 1876, 1883 et 1890, ils constituent autant de commodes repères dans l’évolution d’un compositeur bien moins monolithique qu’il n’est d’usage de le prétendre. Si les deux premiers relèvent du schéma classique légué par l’école viennoise, dont ne se détacha jamais complètement, le troisième, en fa mineur, témoigne d’une émancipation désormais totale à l’endroit de ses prestigieux modèles. Quant au quatrième, également connu sous le nom de Dumky (par référence au chant slave éponyme dont use le compositeur), il explore avec une audace sans égale pour l’époque un schéma formel aussi inédit qu’efficient, fondé sur une répartition des séquences musicales en six mouvements sollicitant autant de tonalités différentes : mi mineur, ut dièse mineur, la majeur, ré mineur, mi bémol majeur, ut mineur. Nombreux sont les commentateurs qui ont relevé le caractère rhapsodique de ce trio et les analystes qui ont buté sur la difficulté de mettre à jour le lien organique par quoi cette œuvre surprenante tend constamment à l’unité.

L’interprétation du Trio Smetana ne présente aucune faille formelle ou syntaxique. Tous les éléments sont traités avec un équilibre souverain et une louable discrétion. Écoutez ainsi avec quel équilibre sont répartis les fragments mélodiques segmentés de l’introduction ou au nom de quel parti pris de légèreté sont éparpillés les motifs instables du Scherzo. De cette harmonieuse répartition des données sonores construisant le tissu musical, on trouve par ailleurs une autre démonstration contrastée au sein du mouvement lent, moment précaire de paix fragile, comme dans le déchaînement mesuré du finale, épilogue théâtral d’une fresque aussi variée dans ses couleurs qu’habilement construite.

Sur le même disque, le célèbre trio Dumky est nettement moins convaincant, moins cohérent aussi, dans ses choix interprétatifs. Certes, il se présente comme une mosaïque de six volets autonomes, mais son climat général devrait rester, entre deux joyeux élans de sonneries saltatoires, celui d’un paisible enjouement, d’une mélancolie pastorale chantant le discret bonheur d’être triste. Or ici, l’esprit est plutôt à la restitution impeccable de toutes les notes (« ils n’en ont pas manqué une » aurait probablement soupiré Debussy !), démonstration qui emportera l’adhésion des techniciens, mais ne laissera au mélomane qu’un inexprimable sentiment d’insatisfaction. Ce vague à l’âme si particulier qui signale souvent l’irruption brutale du réel au seuil d’un songe que l’on pressentait merveilleux.

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