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L’intrigue est dans le geste

La Scène, Spectacles divers

Massy. Opéra. 30-IX-2006. Théâtre National de Thaïlande : Teeradach Klinchan, Rama, le roi ; Maneerat Boonchoo, Sita, la reine ; Wacharawan Tanaput, Thotsakan, le démon ; Sauwaruck Yamakupt, Benyakai, nièce du démon ; Songpol Tadngœn, récitant ; Somchai Tubporn, Nisa Thanomroop, chant. Phaitoon Chaycharœn, direction.

La Légende de Rama

Le Festival d’Ile de France a profité du Festival Culturel Thaïlandais « Tout à fait thaï 2006 » pour accueillir le Théâtre National de Thaïlande dont le spectacle La Légende de Rama était, pour la plus grande partie du public de l’Opéra de Massy, un premier contact avec le théâtre thaï, dont le dispositif opératique change beaucoup des scènes occidentales. En effet, les musiciens ne sont pas enfouis dans la fosse, occupant discrètement quelques mètres carrés du plateau, côté jardin. Surtout, les chanteurs sont avec les musiciens, ils ne sont pas costumés et ne participent pas à l’action scénique. Si bien que les comédiens n’ont jamais un rôle que visuel, même si la performance artistique est plus que notable : masqués, les comédiens-danseurs suivent une partition gestuelle d’une précision confondante pour qui ne connaît pas la codification de chaque posture des mains.

Aussi, s’il fallait rapprocher le théâtre thaï des pratiques occidentales, nous pourrions penser au ballet plus qu’à l’opéra. Mais ce serait oublier la place réellement décisive de la trame narrative pour accéder à l’intensité des gestuelles. Pour autant que les interventions verbales du narrateur et des deux chanteurs (un homme et une femme) soient relativement sporadiques, même si la musique reste le plus souvent instrumentale, les différents tableaux chorégraphiques développent les situations successives distribuées par l’intrigue, peut-être plus que ne le pourraient des dialogues bavards ou, qui plus est, des soliloques mélodiquement chiadés. Schématiquement, le théâtre thaï est exactement l’inverse d’un opéra haendelien. Si, dans un Alcina, les aria sont comme des stases qui extraient l’émotion de l’intrigue pour prendre le temps de la présenter sous toutes ses coutures (cf. Jacqueline Waeber, éd. Van Dieren 2006), dans La Légende de Rama, la progression dramatique est relativement expéditive pour que les gestes puissent disposer d’une puissance expressive maximale.

En revanche, il était comme impossible, à l’Opéra de Massy, de cerner plus précisément le statut de la partie instrumentale par rapport à la narration. Des sur-titrages par trop didactiques donnaient au public quelques indices sur les instruments utilisés, sur le Ramayana et, pendant le reste du spectacle, sur la situation dramatique du moment. Mais comme ces indications n’étaient pas synchrones avec les interventions du narrateur et des chanteurs, le public ne pouvait s’attarder sur la musique assez continûment. Les deux xylophones, en charge de la partie mélodique, avec le hautbois, curieusement, semblaient retrouver un rôle d’accompagnement, quand c’étaient les tambours, gongs et cymbalettes qui assumaient la cadence de l’ensemble.

Crédit photographique : © Tout à fait thaï, 2006

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