Tatjana Vassilieva irradie Pleyel

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 15-XI-2006. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violoncelle et orchestre n°1 en mi bémol majeur op. 107 ; Symphonie n°8 en ut mineur op. 65. Tatjana Vassilieva, violoncelle. Orchestre de Paris, direction : Mstislav Rostropovitch.

Hommage à Chostakovitch, façon Rostropovitch

Attendu comme un moment fort des hommages organisés dans le cadre du centenaire de la naissance de , l’ accueillait, à sa direction, et, en soliste, la violoncelliste . Passée l’émotion d’entendre le Concerto pour violoncelle n°1 sous la direction de son dédicataire, le public se laisse prendre par l’élégance de la lauréate 2001 du Concours Rostropovitch. Soutenu par un orchestre aux couleurs franches et agréables, le phrasé du violoncelle était aussi droit et rugueux qu’il le faut dans cette œuvre. Son lamento avait ce quelque chose d’» explosé », en rupture curieusement délicate et tendue avec les voluptés timbriques efficaces et presque ludiques des vents (les bois surtout, le cor un peu moins nettement). Si bien que le dialogue de la soliste et de l’orchestre, incessamment rafraîchi par une lisibilité sans ombre, pouvait navrer par son presque esthétisme, gageait tellement d’une brillance de la partition. Le parti pris du beau timbre, d’autant plus plastique, ressortait spécialement dans le deuxième mouvement : la couleur presque serrée du violoncelle trouvait ainsi de nouvelles dimensions à chaque nuance, procédant par ondoiements peut-être éperdus, mais qui sait. La cadence bénéficiait d’une attention au timbre qui, par moment, pouvait tourner à l’exercice de maîtrise, à la fois incroyablement efficace et miroitant une émotion hagarde comme il est à peine souhaitable quand c’est à la dégustation des couleurs que l’on a été invité. Au retour de l’orchestre, la jubilation rythmique redoublée de sa force de régénération, se fait si bien sentir, c’est toujours comme ça dans les concertos, c’est quand on voit très bien ce qu’ils veulent nous faire entendre qu’on est tenté de perdre le fil…

Le programme, rédigé par Marcel Marnat, nous expliquait tellement (stigmatisait ?) le fait que la Symphonie n°8 doit sa différence stylistique la plus notable au fait qu’elle est antérieure à la mort de Staline, l’auditeur était amené à chercher quelque analogie politique dans cette lutte des masses sonores, que Rostropovitch s’évertuait à mettre en évidence, tout sur le compte de leurs élégances respectives, certes. Dès le début, le ton était donné : même si une armée de dix contrebasses ne peut ménager l’épaisseur de ses phrases, celle-ci faisait éclater, en négatif, la douceur angoissée des violons. Sinon que l’éloquence des timbrages servait l’enchevêtrement des couleurs harmoniques d’une cohésion délicieuse et abondante. Mais justement parce qu’elle n’est pas souvent intuitive, il ne faut pas se laisser impressionner par une cohésion aussi copieuse, comme par les liaisons historiques entre musique écrite sous Staline et les contractions déconstructivistes. Cela dit, à force d’être respectueuse de la partition, la baguette de Rostropovitch se faisait presque distanciée et analytique, même s’il ne ratait jamais une occasion pour encourager chaque pupitre à racer les lignes mélodiques, à toujours assouplir les articulations jusqu’au recueillement. L’extraordinaire liberté paradoxale de polyrythmies organiquement anarchistes, reversée en soli de bois pétillants, la Toccata tout à la tension, le presque conflit, entre ferveur et détermination.

Crédit photographie : © DR

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