Trente ans !

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Nanterre, Maison de la Musique. 12-01-2007. Jean-Luc Hervé (né en 1960) : Flux, projet pour ensemble de 17 musiciens (création mondiale) ; Philippe Leroux (né en 1959) : (d’)Aller, pour violon et 16 instruments ; Pierre Boulez (né en 1925) : Dérives II pour 11 instruments. Jeanne-Marie Conquer, violon ; Ensemble InterContemporain, direction : Jean Deroyer.

L’InterContemporain à la Maison de la Musique de Nanterre

Fondé en 1976 par , l’ a choisi de fêter ses trente ans au mois de mars et avril de cette saison 2006-2007 lors d’un mini festival en trois concerts, et si certains musiciens tels que – merveilleux violoncelliste – , ou encore ont aujourd’hui trente années de carrière dans cet ensemble prestigieux, on découvrait ce soir, à la droite de assurant la direction du concert, le tout jeune violoniste – à peine vingt cinq ans – récemment admis au sein de cette phalange de solistes pour défendre avec une ardeur égale les compositeurs et la musique d’aujourd’hui.

De façon un peu inhabituelle, le concert débutait à l’insu du public par une rumeur grandissante comme venue de l’extérieur et focalisant peu à peu l’écoute, tandis que s’installaient sur scène les musiciens. C’est ce « flux » de bruit blanc qui va donner l’énergie première au geste instrumental, la pièce de initiant ainsi un long processus au cours duquel l’objet sonore pris comme modèle évolue vers une matière de plus en plus colorée, de plus en plus ductile qui « phagocyte » l’enveloppe préalable pour fonctionner en pleine autonomie et instaurer une cohésion instrumentale d’où émerge la polyphonie : une trajectoire risquée – surtout lorsqu’il s’agit d’une première mondiale – où , sur les principes de la musique spectrale et avec les seules ressources instrumentales, nous fait saisir à l’écoute cette « transmutation » du bruit extérieur à la musique « intérieure », exigeant du chef et de ses interprètes un engagement et une maîtrise des moyens totalement assumés.

Comme dont il est le collègue, l’ami et l’égal « découvreur » d’univers sonores, enseigne l’électroacoustique et la composition instrumentale au Conservatoire de Nanterre. (d’)Aller, l’œuvre pour violon solo et 16 instruments qui était donnée ce soir se situe au centre d’un triptyque – allant du quintette à l’orchestre : Continuo(ns), (d’)Aller, Plus loin, dont le titre très élaboré résume assez bien la démarche prospective et l’avancée incessante de ce fascinant musicien forgeant son outil de composition à la dimension de son imaginaire sonore.

A l’origine de l’œuvre, comme pour Flux de Jean-Luc Hervé, un modèle, sorte « d’archétype mélodique » donné par l’onde sinusoïdale imprimant dans l’espace son énergie et sa trajectoire. C’est le violon solo – excellente – qui amorce cette expédition sonore, « meneur de jeu et catalyseur », nous dit le compositeur, « à la manière d’un rayon de soleil qui fait resplendir un vitrail ». C’est à cette fantasmagorie rythmique et colorée mue par des phénomènes d’accélérations et décélérations continuels dans un jeu d’instrumentation toujours différencié qu’est convié l’auditeur emporté malgré lui dans ce « grand huit » acoustique et cette ivresse du mouvement.

Il y a deux mois à peine, l’ donnait à la Cité de la Musique et sous la direction de son maître d’œuvre, Dérive 2 pour onze instruments de (voir notre chronique), dernière étape d’un work-in-progress (1988-2005) fixant désormais la durée de l’œuvre à 45 minutes et invitant à une expérience d’écoute fabuleuse dont on ressort nourri et exalté par les « dérives » de ce labyrinthe sonore. Il semblait étonnamment familier aux musiciens de l’Intercontemporain que conduit avec la précision et la rigueur exigée par une telle écriture sans se départir d’une certaine sérénité qui servit d’autant mieux le confort et le plaisir de l’écoute.

Crédit photographique : © Raphaël Pierre

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