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Anatole Fistoulari, né chef d’orchestre de ballet

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Piotr Ilitch Tchaïkovsky (1840-1893) : Le Lac des cygnes, ballet op. 20. Alfredo Campoli, violon ; Willem de Mont, violoncelle. London Symphony Orchestra, direction : Anatole Fistoulari. 2 CD Opus Kura OPK-7024/5. Enregistré au Kingsway Hall de Londres en janvier et mars 1952. Notices bilingues (japonais-anglais) bonnes. Durée : 47’41’’- 42’56’’.

 

4582158687242Le label japonais Opus Kura réédite opportunément une version légendaire du Lac des cygnes de Tchaïkovski, celle d’ à la tête de l’Orchestre Symphonique de Londres, captée en 1952 pour Decca par Kenneth Wilkinson, l’ingénieur même qui a définitivement scellé la réputation du label anglais pour l’excellence de ses prises de son.

Le chef d’orchestre (1907-1995), un des nombreux époux d’Anna Mahler, est bien trop peu connu de nos jours, et si son nom se retrouve de temps à autre sur certains CDs, c’est en tant que remarquable chef des plus grands solistes : Vladimir Ashkenazy, Felicja Blumental, Shura Cherkassky, Clifford Curzon, Eileen Joyce, Julius Katchen, Wilhelm Kempff, Moura Lympany, Earl Wild, , Yehudi Menuhin, Nathan Milstein, Ruggiero Ricci, Victoria de los Ángeles, Irma Kolassi, Mado Robin ont eu le privilège d’enregistrer sous sa direction toujours précise, chaleureuse et inspirée. Toutefois il ne faut pas perdre de vue qu’il fit autorité aussi – et surtout – dans le ballet : Léonide Massine l’engagea en 1937 pour les Ballets Russes de Monte-Carlo avec lesquels il fit une tournée aux États-Unis ; et qui dit ballet dit forcément Tchaïkovsky, compositeur bien familier à Fistoulari, puisque cet enfant prodige est réputé avoir dirigé la Symphonie Pathétique de mémoire à l’Opéra de Kiev dès l’âge de sept ans !

À l’aube du microsillon, Anatole Fistoulari fut le premier à graver une quasi-intégrale de La Belle au bois dormant et du Lac des cygnes, à une époque où l’on ne disposait que de la brève suite d’orchestre traditionnelle de chacun de ces ballets ; ce n’est que plus tard qu’Antal Doráti réalisa les premières véritables intégrales des trois ballets chez Mercury. Car il faut bien avouer que la version Fistoulari du Lac des cygnes est loin d’être complète, puisque près de 60 minutes de musique sont omises, même s’il s’agit apparemment de la fidèle représentation sonore intégrale de la production donnée à Covent Garden en 1952 : la plupart des reprises sont escamotées ; certains numéros, dont la célèbre Valse au début de l’Acte I, sont déplacés d’un acte à un autre ; d’autres, comme le n°22 (Danse napolitaine/vénitienne) avec son célèbre solo de piston, sont simplement supprimés, alors que curieusement trois Interpolations de Riccardo Drigo, ajoutées pour la production Petipa/Ivanov/Drigo de 1895 à Saint-Pétersbourg, y sont incluses, rendant cet enregistrement absolument particulier et unique en son genre. Et pour la petite histoire, Decca n’étant pas satisfait de la prestation du concertmeister George Stratton dans les pages pour violon solo, fit appel à son soliste confirmé, , pour les réenregistrer, ce qui amena la démission de Stratton de l’Orchestre Symphonique de Londres quelques mois plus tard. Par après, d’autres enregistrements adoptèrent d’emblée cette pratique d’inclure un soliste réputé, notamment les gravures d’Efrem Kurtz avec Yehudi Menuhin, considérant finalement ces parties de violon solo comme de mini concertos : historiquement, cela peut se justifier puisque Tchaïkovsky avait rédigé ces solos – ainsi d’ailleurs que son Concerto en ré – à l’intention du virtuose légendaire Leopold Auer.

Tout ceci étant précisé, l’exécution de Fistoulari est l’une des plus accomplies dont on puisse rêver : l’absence des redites allège le discours musical tout en donnant plus d’impact aux développements des thèmes principaux et à leurs réapparitions en tant que leitmotive. L’interprétation est toute de précision, de naturel, de chaleur, d’élégance, de finesse et de fraîcheur, et le maître coloriste qu’est Anatole Fistoulari exalte l’aspect féerique et magique d’une partition qui a toujours été considérée, avec raison, comme un modèle du genre. Pour les mélomanes ne désirant qu’une seule version, celle-ci est parfaitement recommandable ; les passionnés acquerront en plus une version vraiment intégrale avec laquelle les comparaisons promettront d’être édifiantes.

Espérons qu’Opus Kura réédite bientôt le ballet « complet » La Belle au bois dormant ainsi que les deux suites d’orchestre de Casse-noisette enregistrés à la même époque par Anatole Fistoulari, toujours pour Decca, mais cette fois à la direction de l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire.

Distribution du label Opus Kura : DistrArt Musique – Clic Musique ! ®

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Piotr Ilitch Tchaïkovsky (1840-1893) : Le Lac des cygnes, ballet op. 20. Alfredo Campoli, violon ; Willem de Mont, violoncelle. London Symphony Orchestra, direction : Anatole Fistoulari. 2 CD Opus Kura OPK-7024/5. Enregistré au Kingsway Hall de Londres en janvier et mars 1952. Notices bilingues (japonais-anglais) bonnes. Durée : 47’41’’- 42’56’’.

 
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