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Intégrale des symphonies de Chostakovitch par Oleg Caetani : Viva!

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Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Intégrale des Symphonies. Pavel Kudinov, basse ; Marina Poplavskaïa, soprano ; Mikhaïl Davidov, baryton. Chœur et Orchestre Symphonique Giuseppe-Verdi de Milan. Chefs de chœurs : Erina Gambarini, Ruben Jais ; direction : Oleg Caetani. 10 SACD hybrides Arts 47850-8. Enregistré entre 2001 et 2006. Notices en français, allemand, anglais, italien. Durée : 11h17’32.

 

Si l’œuvre de était une maison, les 15 Symphonies en seraient la façade et les 15 Quatuors l’habitation réservée aux intimes. Le chef italien , parvenu au terme d’une intégrale inattendue et qui s’inscrit parmi les meilleures avec l’, nous amène à revoir cette représentation schématique. Qu’un orchestre italien se distingue au plan international dans une intégrale symphonique a de quoi surprendre, mais la surprise n’est pas totale. a toujours impressionné la rédaction de ResMusica par sa probité et sa technique aussi bien à Strasbourg, Toulouse ou San Francisco, et surtout à Paris lorsqu’un soir de mars 2004 où, remplaçant Bernard Haitink à la tête du National il fut longuement ovationné (lire notre chronique).

Le cycle symphonique de Chostakovitch est hétérogène. Contrairement à celui des quatuors, il est largement tributaire des circonstances historiques, que ce soit en se fondant sur elles ou en s’opposant à elles. Indépendamment de leur valeur musicale, les Symphonies n°2, 3, 7, 11 étaient un chant aux valeurs soviétiques, la n°5 permit à Chostakovitch de sauver sa vie et la n°12 l’aida à préserver les apparences de son obédience au pouvoir. Et cela alterne, ainsi les Symphonies n°6, 8, 10, 14 étaient de véritables provocations par leur noirceur cinglante, la n°9 fut un pied de nez d’une audace sans nom à Staline et la n°13 une dénonciation de l’antisémitisme d’Etat à lui valoir le prix Nobel de la paix. La Symphonie n°15, énigmatique, est une affaire intime, où peut-être pour la première fois Chostakovitch écrit une symphonie pour lui-même. Restituer toute la richesse d’un tel monument est une gageure, un défi contraire au principe même d’une intégrale discographique par laquelle le chef et son orchestre se doivent de proposer une interprétation, au sens fort du terme. Il ne s’agit pas de faire un sort à chaque symphonie, mais donner une unité à l’ensemble.

L’option d’Oleg Caetani est à cet égard remarquablement claire. Elle se caractérise par un traitement symphonique des œuvres tout au long du cycle. Cela paraît une évidence, et pourtant ça ne l’est pas, car nombre de symphonies ont un caractère descriptif et il est plus facile de les couler dans le plomb façon Ouverture 1812 de Tchaïkovski que d’en faire ressortir les réelles beautés. Les Symphonies n°6, 7, 9, 11 et 12 bénéficient pleinement de cette approche. Elles constituent autant de temps forts de cette intégrale, et se situent dans les sommets de la discographie avec rien moins que Mravinski, Kondrachine ou Ancerl. A l’instar d’un Sanderling, ce n’est pas tant la matière qui fascine, car l’orchestre n’a pas la rudesse granitique des formations russes, que l’esprit, le souffle, la narration. La plupart des symphonies commencent de manière assez anodine, le temps que l’orchestre se mette en place, que le chef imprime son mouvement, sa tension. Hormis les Symphonies n°5 et 10 qui ne sont guère marquantes, les Symphonies n°1, 4, 8, 13, 14 et 15 sont confrontées à une concurrence discographique extrêmement sérieuse à laquelle elles résistent fièrement, grâce notamment à un refus d’alanguissement ou de surdose émotionnelle. Ainsi la Symphonie n°1 brille comme une œuvre de jeunesse du compositeur surdoué qui va droit au but, les n°8 et n°13 ont la tension et toute l’ambiguïté requise entre ironie et angoisse. Quant à la Symphonie n°15 en dépit de ses nombreux emprunts à Rossini et Wagner, elle est aussi russe que ses aînées.

A ceux qui reprochaient à Chostakovitch certaines symphonies mineures, celui-ci répondait : « Si mes œuvres ne m’avaient pas plu, je ne les aurais pas écrites, de toute manière, les parents considéreront toujours leur enfant comme le plus merveilleux du monde » (lire l’entretien d’Irina Chostakovitch). En redonnant aux symphonies mal-aimées la grandeur symphonique (précisément) qu’elles avaient en elles, en leur préservant leur puissance expressive, Oleg Caetani fait mieux qu’une réhabilitation, il nous fait prendre conscience que le compositeur était sincère : il aimait toutes ses symphonies comme ses enfants.

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Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Intégrale des Symphonies. Pavel Kudinov, basse ; Marina Poplavskaïa, soprano ; Mikhaïl Davidov, baryton. Chœur et Orchestre Symphonique Giuseppe-Verdi de Milan. Chefs de chœurs : Erina Gambarini, Ruben Jais ; direction : Oleg Caetani. 10 SACD hybrides Arts 47850-8. Enregistré entre 2001 et 2006. Notices en français, allemand, anglais, italien. Durée : 11h17’32.

 
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