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Un lyrisme étonnant : les chants du trouvère au service de l’amour courtois

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Adam de la Halle (ca. 1245-ca. 1288) : 17 chansons et rondeaux réunis sous le titre : D’amoureus cuer vœl chanter. Les Jardins de Courtoisie : Anne Delafosse-Quentin, voix ; Marc Bellity, Luth et cistre ; Patrick Bernatene, Percussions ; Gwénaël Bihan, Flûtes. 1 CD Zig-Zag territoires ZZT070401. Enregistré du 20 au 24 mars 2006 à l’église de Pranles. Notice bilingue très soignée (français, anglais). Durée : 73’19’’.

 

– autrement dit Adam d’Arras parce qu’issu de la ville d’Arras –, eut vite fait d’être considéré comme un trouvère important qui su mettre en scène les personnages de la bourgeoisie locale de l’époque. Et l’on trouve ici toute la panoplie de la théâtralité de l’art profane du parler et du chanter des trouvères du XIIe siècle. Ce théâtre, superbe poésie lyrique médiévale, pourra étonner à plus d’un titre. Au carrefour de l’» urbain » (cet art se voulant la répétition de ce qui se donne à la cour), du « clérical » et du « courtois », les œuvres monodiques présentement reproduites invitent ici parfois au recueillement de parlers plaintifs, donnent tantôt à savourer la joie communicative et dansante d’un air bien servi par le rythme de l’accompagnement musical, font partager enfin une certaine forme de l’idéal courtois médiéval : la poésie courtoise comme expression de la « douce douleur » (chanson XII), faisant écho au « mal joli » (chanson XXVI), du fait que la dame reste inaccessible de par l’adversité des rivaux. « Plus je souffre, plus il me plaît d’être gai et de chanter », confirme la chanson XIV. Les chansons célèbrent le « fin’amor » par lequel le chevalier, gagné et élevé par l’amour, se rend digne d’une dame en adoptant un code moral emprunt de mesure et de générosité.

L’ensemble proposé est agréablement étonnant : lyrique de par la voix enchanteresse, mais aussi varié et riche de rythmes différents, l’accompagnement assez minimaliste du début menant parfois au dépouillement (chant « a capella ») évoluant, aux environs du milieu de l’album, pour aboutir en certains moments à des cadences folles.

Une belle réalisation qui rend intime et vivante l’œuvre d’un auteur qui nous est lointain. La notice sonne juste qui conclue : « En privilégiant l’interaction entre les interprètes nous cherchons à lui donner une réalité dans le présent et à rendre l’auditeur complice de la spontanéité qui peut en surgir, car nous sommes convaincus que l’émotion que recèle ces mélodies et cette poésie peut toucher, au-delà du temps, le public d’aujourd’hui ».

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