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Pascal Lengagne, parodie de Bollywood

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Pascal Lengagne_photo_morlier-074-750-9999Le label Le Maquis vient d’éditer en DVD une comédie déjantée d’une demi heure, réalisée par J. G. Biggs, Bollywoogie. Fait rare, ce coffret au packaging original, contient également la musique qu’a signé pour ce film un compositeur confirmé et talentueux mais hélas encore trop méconnu, , déjà auteur de musiques pour le Show du Millenium à la tour Eiffel, pour le Futuroscope de Poitiers, pour les ouvertures des jeux paralympiques d’Athènes ou de la Coupe du Monde 1998.

« Mon travail consiste d’abord à servir le projet et non à profiter de l’occasion pour développer des choses personnelles. »

ResMusica : Curieusement, c’est un morceau de musique qui est à l’origine du projet Bollywoogie. Comment s’est déroulée la rencontre avec le producteur Laurent Tolleron ?

 : C’est un ami, on s’est connu à l’école. Un jour il est venu dîner à la maison et me demande ce que j’ai fait récemment, je lui fais donc écouter le morceau Bollywoogie que j’avais bricolé sur mon ordinateur pour m’amuser. Il a beaucoup aimé et m’a tout de suite dit qu’il fallait mettre des images dessus. Au départ il pensait à un clip, mais sans disque derrière, le clip avait peu de chances d’être vu. D’apéritif en verre de vin et de verre de vin en digestif, l’idée du court-métrage a germé, et il se tourne alors vers ma femme Jo pour lui demander d’écrire une histoire qui serait dans l’esprit de la musique. C’est ce qu’elle a fait brillamment, avec le postulat de départ que nous sommes des occidentaux qui tentons de nous approprier une culture à laquelle nous n’avons finalement rien compris. Le film joue bien avec cette double lecture en amenant à la fois les couleurs, la gaieté et une certaine naïveté du cinéma indien, et le point de vue décalé des touristes que nous sommes, en parlant une sorte de charabia en faux hindi sous-titré. Le réalisateur J. G. Biggs et les comédiens (Jeff Esperansa, Leeroy et Stomy Bugsy) sont également partis à 100% dans ce délire en amenant plein choses très drôles.

RM : Est-ce plus facile de travailler sur un film lorsque sa propre femme est scénariste ?

PL : Pour respecter quand même les codes du cinéma Bollywood, il fallait bien entendu qu’il y ait plusieurs scènes musicales dans le film. Donc effectivement l’un rebondissait sur les idées de l’autre. Ça a été une partie de ping-pong créative et enrichissante, et le fait qu’on vive sous le même toit nous a fait gagner tu temps. La scène des « hommes-singes » a été inspirée par une photo trouvée dans un livre sur l’Inde, et quand Jo a commencé à l’écrire, j’ai tout de suite su ce que j’allais faire comme musique dessus. Après bien entendu, il faut revoir certaines idées à la baisse car même si Laurent Tolleron a porté le film le plus loin possible, il n’avait pas non plus le budget de Star Wars. Dans une des premières versions du scénario il y avait des éléphants par exemple !

RM : La musique du film a-t-elle été composée avant ou après le tournage ?

PL : Pratiquement tous les morceaux ont été créés avant le tournage. Pour certains c’était indispensable car il fallait mettre en place les chorégraphies et les playbacks. Et même dans les scènes non musicales, Biggs souhaitait avoir la musique pour poser l’ambiance et la faire écouter aux comédiens. Il réalise beaucoup de clips, donc tourner en musique est quelque chose d’habituel pour lui. Ensuite les morceaux ont été retravaillés en fonction du montage.

RM : Cette musique a été entièrement produite en home-studio : pouvez-vous nous en dire plus ? Comme aboutit-on à un tel degré de réalisme ?

PL : A vrai dire je n’ai pas vraiment cherché à faire réaliste, je ne voulais pas faire de la musique indienne traditionnelle ce dont j’aurais été incapable. Comme l’idée du film était de se faire télescoper des cultures différentes en jouant avec l’incompréhension que cela peut générer, j’ai utilisé des sonorités indiennes pour les intégrer à des choses plus occidentales. J’ai aussi cherché à avoir une couleur des années 60 et un côté » western spaghetti ». J’ai acheté pas mal de petits instruments indiens : percus, guimbarde, flûte, grelots pour les chevilles… Mais c’est surtout en investissant dans des banques de sons dédiées à la musique indienne que j’ai pu jouer ces sonorités sur mon clavier et les programmer sur ordinateur. J’ai utilisé quelques voix samplées, et je chante sur certains morceaux. Il y a beaucoup de bricolages, ainsi pour les hommes-singes, j’ai tapé sur des branches dans mon jardin, je me donne des claques sur le ventre, sur les joues, je fais le singe, et on entend aussi la voix du producteur Laurent Tolleron que j’ai mis devant le micro.

RM : Comment passe-t-on de l’événementiel au film? Le passage de l’un à l’autre est-il difficile ?

PL  :Pour la première question, il faut demander à la vie pour savoir comment elle gère et organise les rencontres. J’ai eu la chance un jour de croiser Yves Pépin sur un projet dans lequel nous intervenions tous les deux. A la tête de la société ECA2, il conçoit produit et met en scène de grands événements dans le monde entier. C’est donc grâce à la confiance qu’il m’accorde que j’ai pu composer pour de très grands spectacles, comme celui de la tour Eiffel ou les Jeux Paralympiques d’Athènes par exemple. En revanche, j’ai pu constater que ces références ne suffisent pas à ouvrir les portes du cinéma (même si j’ai quelques courts-métrages à mon actif), sans doute parce que la diffusion en extérieur sur des effets visuels de grande ampleur oblige à forcer le trait. L’image que donne mon travail s’en trouve un peu faussée, alors que j’adore la musique intimiste et minimaliste. Aussi il faudrait qu’on me donne plus souvent l’occasion de travailler avec de vrais instruments ou orchestres. Même si je pense maîtriser assez bien les nouveaux outils et la programmation, j’aimerais pouvoir en sortir un peu plus souvent.

RM : Vous avez expérimenté deux types d’écriture fonctionnelle : une écriture pour le cinéma, une écriture pour le spectacle. Laquelle vous apporte le plus d’épanouissement ?

PL : Ce qui me fait le plus plaisir, c’est de trouver un thème qui me plait vraiment et qui répond à la demande, peu importe la finalité. J’essaie de ne pas perdre de vue que lorsque je réponds à une commande, mon travail consiste d’abord à servir le projet et non à profiter de l’occasion pour développer des choses personnelles. Parfois les deux peuvent se rejoindre.

RM : Des projets ?

PL : Il y a une œuvre qui ne me quitte pas et dont j’ai posé les bases il y a pas mal de temps que j’aimerais enfin reprendre et enregistrer avec un petit orchestre. J’espère pouvoir faire ce travail lors d’une résidence en 2008. Sinon j’ai un autre centre d’intérêt : l’hypnose ! Je vais composer des musiques pour Olivier Lockert qui seront destinées à accompagner son travail sur CD.

Crédits photographiques : © Morlier

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