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Les Quatuors de Brahms par les Emerson : joués et enregistrés à l’ancienne

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Johannes Brahms (1833-1897) : Les quatuors à cordes et quintette pour piano et cordes en fa mineur op. 34. Quatuor Emerson (Eugene Drucker et Philip Serzer, violon, Lawrence Dutton, alto et David Finckel, violoncelle) avec Leon Fleisher, piano. 2 CDs Deutsche Grammophon CDS 477 6458, code barre : 028947764588. Enregistré à l’American Academy of Arts and Letters à New York entre décembre 2005 et janvier 2007.

 

Au sein de la production de musique de chambre de , les trois quatuors à cordes et le quintette avec piano occupent une place singulière. Tout d’abord par leur relative rareté, Brahms n’ayant publié son premier quatuor (sur un total de trois !) qu’à l’âge de quarante ans. Quant à son unique quintette avec piano, il s’agit en fait d’un arrangement réalisé en 1865 d’un précédent Quintette avec deux violoncelles composé en 1862. D’évidence, il semble avoir été très profondément marqué, impressionné voire intimidé par les œuvres de Schubert, comme le Quintette en ut majeur avec deux violoncelles. C’est très frappant et fascinant car techniquement, on peut trouver beaucoup de ressemblance dans la manière de traiter la thématique et le parcours tonal entre ces deux musiciens, qui ne sont finalement distants que d’une seule génération. Voilà pour la filiation.

L’idée de regrouper les quatuors à cordes et le Quintette avec piano dans un coffret de deux CDs était bonne au départ mais, et c’est dommage, à l’arrivée l’entreprise laisse un peu l’auditeur sur sa faim, en dépit des indications dithyrambiques prometteuses figurant sur la pochette.

Tout d’abord, l’interprétation de ces œuvres par le pourtant renommé quatuor américain Emerson, augmenté du pianiste , n’est rien moins qu’un peu vieillotte. Par leur façon de jouer, on se croirait revenu au beau milieu des années soixante. Même si l’on admet que cela fait maintenant trente ans qu’ils jouent ensemble, on pouvait légitimement s’attendre à une relecture plus moderne.

Ensuite, si la prise de son des quatuors est acceptable, sans plus, celle du Quintette est là aussi franchement datée. En effet, de nos jours, on se doit désormais de retrouver sur un CD de musique de chambre un certain équilibre entre les instruments, reflétant leur partenariat, leur complémentarité. Ici, rien de tel et c’est bien fâcheux : on n’entend que le piano et les quatre instrumentistes à cordes sont tout bonnement relégués au rang de simple accompagnateurs, il faut sans cesse tendre l’oreille pour tenter de les entendre et de percevoir la polyphonie dont ils représentent une très grande part. Sans rire, chez DG, on peut se demander s’ils n’ont pas qu’un seul micro (qu’ils placent dans le piano) !

Entreprise décevante : on doit pouvoir faire beaucoup mieux avec ce répertoire exigeant mais passionnant. « Aimez-vous Brahms ? » demandait le cinéaste Anatole Litvak en 1961 ; « oui, mais pas avec cet enregistrement », pourrions-nous répondre.

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Johannes Brahms (1833-1897) : Les quatuors à cordes et quintette pour piano et cordes en fa mineur op. 34. Quatuor Emerson (Eugene Drucker et Philip Serzer, violon, Lawrence Dutton, alto et David Finckel, violoncelle) avec Leon Fleisher, piano. 2 CDs Deutsche Grammophon CDS 477 6458, code barre : 028947764588. Enregistré à l’American Academy of Arts and Letters à New York entre décembre 2005 et janvier 2007.

 
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