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Sigiswald Kuijken, infatigable trublion de génie !

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Saint-Guilhem-le-Désert. Eglise abbatiale. 25-VIII-2007. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Suites pour violoncelle seul n°4 en mi bémol majeur BWV 1010, n°5 en ut mineur BWV 1011, n°6 en ré majeur BWV 1012. Sigiswald Kuijken, viola da spalla à 4 et 5 cordes.

Rencontres Musicales de Saint-Guilhem

Quand d’autres grands noms du baroque s’endorment sur leurs lauriers, la conscience satisfaite du travail accompli dans leur jeunesse, continue infatigablement son travail de recherche. On ne le remerciera jamais assez pour son courage et son goût de l’aventure en forme d’éthique. La musique ancienne nécessite un perpétuel travail d’archéologue et des recherches. La vérité d’une interprétation ne dure jamais bien longtemps. Notre incorrigible diablotin s’est ici allié avec Dmitri Badiarov, luthier de génie, pour rechercher l’instrument pour lequel Bach a écrit ses suites pour violoncelle et lui redonner vie. Après des années de recherche et un patient travail incluant aussi la fabrication de cordes, l’instrument est né. et Dmitri Badiarov l’ont régulièrement utilisé depuis 2004. Instrument à 4 ou 5 cordes se posant librement sur l’épaule droite, plus grand qu’un alto mais avec le même accord, il sonne comme un violoncelle. Lors d’une brillante conférence, Sigiswald Kuijken et la charmante Annick Fiaschi-Dubois musicologue maître de conférence à l’Université de Nice ont, avec humour et érudition, démontré comment ce que Bach nommait violoncelle était très probablement une viola da spalla.

Le concert du soir était donc une révélation, comme une mise en application de cet énorme travail de recherche. Les trois dernières suites pour violoncelle de Bach sont les plus complexes et celles qui exigent le plus de virtuosité. La sixième demande des simplifications aux virtuoses les plus grands car il leur manque cette fameuse cinquième corde. C’est donc dans cette Suite n°6 que la démonstration est la plus éclatante. C’est simple, personne ne l’avait jamais entendue ainsi, quand tout paraît couler de source. Plus la virtuosité est importante plus tout semble facile à . Il a raison : la position debout, ouverte face au public, libère l’instrumentiste sinon enroulé autour de son violoncelle pour maîtriser des doigtés périlleux, d’ailleurs inventés bien après l’époque de Bach.

L’instrument à 5 cordes est celui que Kuijken utilise depuis trois ans. Il le connaît bien et trouve une palette de sonorités étonnante et tout à fait fascinante. Par contre celui qu’il utilise pour les Suites n°4 et 5 est à quatre cordes, et il n’en dispose que depuis trois mois. Ceci explique certaines attaques floues ou abruptes et une impression de moindre maîtrise par moments, qui donne une certaine fragilité à son jeu ce qui n’est pas sans charme. La sonorité de la viola da spalla se rapproche de celle de l’alto. Belle chaleur d’un son très « plein » mais sans brillant. La diffusion est parfaite comme irradiée en toutes directions. La corde grave sonne un peu rauque avec parfois comme un souffle, ce qui permet de très beaux effets. Les aigus sont plus purs et jamais agressifs ; ils sonnent libres et épanouis mais c’est le médium qui est le plus prenant, se rapprochant parfois de la voix humaine. Cette redécouverte de ces suites est un événement comparable à ce qui s’est passé à Londres en 1909 lorsque Pablo Casals les a ressuscitées.

À Saint-Guilhem-le-Désert, comprenant la chance qui lui était offerte, c’est un public attentif et conquis qui s’est pressé nombreux dans l’église abbatiale. En bis, la Sarabande de la Suite n°5 a permis de retrouver le premier instrument incontestablement plus « vert » que celui à cinq cordes. Sigiswald Kuijken prépare un enregistrement des suites de Bach pour violoncelle sur ces deux instruments. Nul doute qu’il va mûrir sa relation à l’instrument et nous proposera une version originale qui deviendra une référence… pour quelque temps ….

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Crédit photographique : Sigisvald Kuijken © Jean-Jacques Ader

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Saint-Guilhem-le-Désert. Eglise abbatiale. 25-VIII-2007. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Suites pour violoncelle seul n°4 en mi bémol majeur BWV 1010, n°5 en ut mineur BWV 1011, n°6 en ré majeur BWV 1012. Sigiswald Kuijken, viola da spalla à 4 et 5 cordes.

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