Plus de détails

Diverses compositions pour Paranoid Park. Œuvres de Nino Rota, Elliott Smith, Billy Swan, Henry Davies, Cast King, Menomena, Cool Nutz, The Revolts, Beethoven, Ethan Rose, Robert Normandeau, Frances White. 1 CD Uncivilized World Uwe 237. Code barre : 700426 903141. DDD. Durée : 51’13’’

 

Uncivilized World

Après un accueil mitigé à Cannes, Paranoid Park, le dernier film du réalisateur Gus Van Sant récompensé par le prix du soixantième anniversaire, sort enfin sur les écrans français. Il y reprend son thème de prédilection, celui de l’adolescence blessée, à l’instar du sublime Elephant, un film éthéré sur la tragédie de Colombine qui avait remporté la Palme d’or en 2003.

Un soir, Alex, un adolescent de Portland qui préfère glisser sur le Paranoid Park, une piste de skate fréquentée par des marginaux plutôt que de concrétiser sa relation avec sa petite amie Jennifer, provoque accidentellement la mort d’un agent de sécurité. Au lieu d’avouer son crime, l’adolescent se mure dans la solitude.

Presque aussi ennuyeux qu’Inland Empire, Paranoid Park, qui s’avère moins intéressant que le manifeste artistique d’Elephant, est avant tout une œuvre d’art que certains préféreront sans doute qualifier, à tort, d’imposture intellectuelle. Trip mental hallucinatoire, le film de Gus Van Sant a recours à des ralentis pour s’attarder sur la psychologie des protagonistes. C’est à ce moment là qu’intervient très souvent la musique afin de caractériser l’état d’esprit des personnages présentés à l’écran. Le climax intervient lors de la scène de la douche, clin d’œil évident mais détourné de la célèbre scène de la douche de Psycho, le film d’Alfred Hitchcock dont Gus Van Sant avait tourné une reproduction à l’identique et en couleur en 1999. Alors que la lumière s’assombrit, une musique concrète apparaît jusqu’à devenir assourdissante, procurant au spectateur un malaise à la fois mental et physique.

La musique de Paranoid Park démontre de la part de Gus Van Sant un vrai sens de la dramaturgie sonore. La bande son de ses films est en effet méticuleusement pensée, comme chez Stanley Kubrick, passé maître en la matière depuis 2001 A Space Odyssey. Plus qu’une simple compilation de musiques préexistantes, le disque édité par Uncivilized World est une œuvre totale, une plongée fascinante dans la tête d’un adolescent pas comme les autres. Évocations de l’adolescence, période sombre et rebelle, un titre punk et trash d’un groupe prédestiné à être une incarnation de cet esprit frondeur, The Revolts, un rap électro et mélancolique de Cool Nutz, un twist romantique et envoûtant de Billy Swann, la pop de Menomena, la country de Cast King, et bien entendu deux ballades de l’auteur compositeur folk Elliot Smith, que Gus Van Sant apprécie tout particulièrement. Plus surprenant, des titres légers du jazzman Henry Davies… et du célèbre compositeur de musique de film italien (extraits d’Amarcord et de Juliette des Esprits). Belle mise en abyme ensuite avec un passage contemplatif et choral de la Symphonie N°9 de (compositeur déjà largement utilisé dans Elephant). Et pour finir, trois musiques plus expérimentales : l’electronica contemplative d’Ethan Rose, et de sublimes paysages sonores des compositeurs de musique concrète Robert Normandeau et Frances White.

L’ensemble est étrangement très cohérent alors que les morceaux choisis par le réalisateur (et composés par des artistes majoritairement natifs de Portland, ville originaire du cinéaste) sont de styles radicalement différents. Si la musique transcende le film, l’illumine ou l’assombrit selon les cas avec intelligence et subtilité, l’écoute isolée renforce les sentiments qui nous ont envahi pendant la projection. L’exercice est réussi, ce voyage sonore dans les pensées troublées d’Alex est rare et fascinant.

Plus de détails

Diverses compositions pour Paranoid Park. Œuvres de Nino Rota, Elliott Smith, Billy Swan, Henry Davies, Cast King, Menomena, Cool Nutz, The Revolts, Beethoven, Ethan Rose, Robert Normandeau, Frances White. 1 CD Uncivilized World Uwe 237. Code barre : 700426 903141. DDD. Durée : 51’13’’

 
Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.