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Sarah Chang, les Quatre Saisons et une époque

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Antonio Vivaldi (1678-1741) : Les Quatre Saisons ; Concerto en sol mineur op. 12 n°1 RV317. Sarah Chang, violon ; Orpheus Chamber Orchestra. 1 CD EMI 0946 3 94431 2 3. Code barre : 0 94639 44312 3. Enregistré en mai 2007 à New York. Sonnets en italien, traduits en français, anglais, allemand. Durée : 54’04’’

 

le reconnaissait elle-même dans l’entretien accordé à ResMusica. com lors de sa tournée en France en octobre 2007, Les Quatre Saisons ont été bien trop enregistrées. Dès lors, au-delà du plaisir d’ajouter une œuvre ultra-populaire à son répertoire, il est surtout intéressant de savoir quel rôle ce disque peut jouer dans une discographie pléthorique.

Enregistrer cette œuvre peut avoir plusieurs buts. Sans nécessairement prétendre au succès phénoménal obtenu par Nigel Kennedy qui vendit plus de 2 millions d’exemplaires de son disque des Quatre Saisons chez EMI (un triomphe qui, toutefois, ne s’étendit guère apparemment au-delà des pays anglo-saxons), on peut légitimement espérer en écouler quelques dizaines de milliers d’exemplaires. Un autre but peut être d’établir un jalon interprétatif, comme le firent les musiciens d’Il Giardino Armonico en 1994 (Teldec). Ils restent aujourd’hui la référence par leur modernité – obtenue à partir de moyens instrumentaux hérités du baroque, par leur engagement, leur dynamisme, et comme l’avaient fait auparavant dans un style plus mesuré mais très poétique Fabio Biondi et l’Europa Galante (Opus 111). Si l’on ne peut encore rien dire du premier objectif, l’interprétation de et de l’ensemble Orpheus pourra, sinon viser à devenir une référence interprétative.

Les qualités relevées lors du concert donné à Paris par Sarah Chang avec l’English Chamber Orchestra se retrouvent dans ce disque : la mise en place instrumentale est impeccable, le style d’interprétation est traditionnel mais intègre l’héritage des baroqueux afin de donner le mordant nécessaire. Toute la place est donnée à la soliste pour qu’elle puisse briller, c’est-à-dire peut-être trop de place, aussi bien musicalement, car le respect de l’ensemble Orpheus pour Sarah Chang frise l’obséquiosité, que dans l’objet discographique : le livret se limite aux sonnets attribués à Vivaldi, un commentaire de Sarah Chang affirmant son respect du programme défini par les sonnets (on n’en attendait pas moins) et à neuf photos pleines pages de la soliste, contre aucune pour les Orpheus. Comme pour le disque d’Hélène Grimaud dans le Concerto n°5 « l’Empereur » chez DG, la mise en valeur de la plastique séduisante de l’artiste dérive vers une exploitation marketing qui détourne du sujet principal, à savoir la musique et l’artiste elle-même.

Par son professionnalisme millimétré qui se fait au détriment de la spontanéité, par son attachement conservateur à une grande tradition pimentée juste ce qu’il faut de modernité (celle-ci étant ici incarnée, ô ironie, par l’interprétation baroqueuse), Les Quatre Saisons par Sarah Chang constituent assurément un témoin représentatif de notre époque.

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Antonio Vivaldi (1678-1741) : Les Quatre Saisons ; Concerto en sol mineur op. 12 n°1 RV317. Sarah Chang, violon ; Orpheus Chamber Orchestra. 1 CD EMI 0946 3 94431 2 3. Code barre : 0 94639 44312 3. Enregistré en mai 2007 à New York. Sonnets en italien, traduits en français, anglais, allemand. Durée : 54’04’’

 
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