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Osvaldo Golijov goûte à l’intemporalité : attention chef-d’œuvre !

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Osvaldo Golijov : L’Homme sans Âge (Youth Without Youth). Nello Manzatti, Jon Vasilescu, chant ; Kalman Balogh, cymbalum ; Kayhan Kalhor, kamancheh ; Michael Ward-Bergeman, accordéon. Bucharest Metropolitan Orchestra, direction : Radu Popa. 1 CD Deutsche Grammophon. réf. 477 6603. Enregistré en novembre et décembre 2006 à Bucarest (Roumanie). Durée : 60’35’’

 

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Dix ans. C’est le temps qu’il aura fallu au réalisateur d’Apocalypse Now, devenu producteur, pour revenir derrière la caméra, laissant sa fille Sofia occuper le devant de la scène. Une décennie sépare donc l’Idéaliste de son dernier film, L’Homme sans Âge (Youth Without Youth), adapté d’une nouvelle de Mircea Eliade. Une éternité ! Autant dire que ce film était très attendu. Pour Francis Ford Coppola, frustré par le manque d’inspiration et l’inachèvement persistant de son projet Megalopolis, L’Homme sans Âge est à la fois une libération et une métaphore de sa propre condition d’homme vieillissant.

L’action se passe en Roumanie un dimanche de Pâques 1938. Un septuagénaire professeur en linguistique, Dominic Matei, rajeunit mystérieusement après avoir été frappé par la foudre. Il profite de ce sursis pour prolonger ses recherches sur l’origine du langage. Mais ses nouvelles facultés mentales font des envieux : il n’a d’autre choix que de fuir… de fuir à la fois les agents de la CIA et les nazis qui convoitent ses pouvoirs…

Francis Ford Coppola a contribué à faire évoluer la musique de film en choisissant notamment son père Carmine pour la musique hallucinée et audacieuse d’Apocalypse Now, le compositeur polonais Wojciech Kilar pour la musique glaciale et sombre de Bram’s Stoker Dracula et le légendaire compositeur italien Nino Rota pour la trilogie grandiose du Parrain.

La bande originale de l‘Homme sans Âge ne fait pas exception. La musique qu’a composé pour ce film a de quoi marquer les esprits, tant on y ressent les qualités d’un art vrai, sincère, original et exigeant. Né en Argentine en 1960, le compositeur a étudié avec Gerardo Gandini, Mark Kopytman, George Crumb et Oliver Knussen. Il n’est pas compositeur de film à l’origine : il a composé essentiellement pour le concert, des œuvres comme La Pasión según San Marcos (St. Mark Passion), l’opéra Ainadamar ou Ayre pour la chanteuse Dawn Upshaw et The Andalucian Dogs.

La musique de l’Homme sans Âge est à classer d’emblée dans les grandes « musiques de film ». Extrêmement bien écrite, elle fait penser aux compositeurs du Golden Age, à Herrmann, aux post-romantiques, à Dutilleux : fait preuve d’une maîtrise d’écriture, d’une sensibilité et d’une inventivité à toute épreuve. Des instruments orientaux (cymbalum, kamancheh et accordéon) évoquent l’Europe de l’Est, des pays inconnus traversés par le héros de l’histoire, mais sont utilisés de façon plus créative qu’à l’accoutumée : parfois traités, interprétés d’une manière singulière, bien loin des clichés propres à l’instrument. Ces sonorités envoûtantes sont associées à une musique orchestrale subtilement ouvragée et magnifiquement interprétée, et à des sons concrets, parmi lesquels un tic tac d’horloge qui évoque bien entendu les failles dans l’écoulement du temps. Le son est riche, clair et dynamique, et des effets au mixage semblent presque spatialiser chaque plan sonore …

On pense parfois à Goldenthal lors de l’écoute du disque : même inventivité, même lyrisme, même implication… Tout semble à la fois spontané et très travaillé. Chaque morceau est une expérience sonore : ce disque est sans doute la plus grande surprise de cette fin d’année. Reste à voir le résultat dans le film…

« There are two sides of Osvaldo Golijov that attracted me : consummate musicianship and classical training, and as well a sense of modern life, clashing cultures and the integration of past and present into a generous musical canvas. As it turned out there was a third side – a kind and interesting human being and a wonderful friend. » Francis Ford Coppola

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Osvaldo Golijov : L’Homme sans Âge (Youth Without Youth). Nello Manzatti, Jon Vasilescu, chant ; Kalman Balogh, cymbalum ; Kayhan Kalhor, kamancheh ; Michael Ward-Bergeman, accordéon. Bucharest Metropolitan Orchestra, direction : Radu Popa. 1 CD Deutsche Grammophon. réf. 477 6603. Enregistré en novembre et décembre 2006 à Bucarest (Roumanie). Durée : 60’35’’

 
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