Subventions des Opéras d’Avignon, Metz et Tours : débats à l’Assemblée nationale

Aller + loin, Orchestres, salles et festivals

Notre dossier : L’opéra en France

 

Prémices

Il n’y a pas de fumée sans feux, la lecture des rapports des députés Marie-Hélène des Esgaulx (UMP, Gironde) et Patrick Bloche (PS, Paris) devant les commissions des finances, de l’économie générale et du Plan et des affaires culturelles, familiales et sociales, fait à l’Assemblée nationale le 30 octobre dernier, est édifiant. Nous vous en livrons quelques extraits.

« Les arbitrages budgétaires pour 2008 font peser de lourdes inquiétudes sur le spectacle vivant, notamment pour les grands opérateurs nationaux. La rigueur budgétaire touche durement l’Opéra de Paris et la Comédie française alors que ces établissements sont des fers de lance de la culture française et qu’ils ont besoin de visibilité et de soutien. Un gel des crédits à hauteur de 6% est en outre annoncé. […]. La meilleure manière d’en finir ne serait-elle pas de négocier un contrat d’objectifs et de moyens avec les gros opérateurs culturels nationaux ou, au minimum, un contrat de performance ? » (MH des Esgaulx)

« Dans la logique de la LOLF, la mesure de la performance du spectacle vivant subventionné par l’État est un chantier prioritaire. Or, elle est loin d’être optimale. » (MH des Esgaulx)

« On observe par ailleurs une diminution historique – de près de 18 % – des crédits de paiement de l’action en faveur de l’accès à la culture. Sont ainsi touchés les crédits destinés à rééquilibrer l’action du ministère en faveur des territoires culturellement moins favorisés, mais aussi les actions en faveur des associations d’éducation populaire et de lutte contre l’exclusion. Comment justifiez-vous cette baisse inquiétante et en totale contradiction avec l’objectif de démocratisation culturelle affiché par le gouvernement ? » (P Bloche)

On comprend aisément dans la conjoncture actuelle que les crédits à la culture soient à strictement serrés, comme le constate dans cette commission, le député Michel Françaix (PS, Oise) :

« Les plus beaux discours sur la culture ne suffiront jamais sans un soutien effectif de toute la nation. J’espère que, l’an prochain, le budget de la culture ne sera pas réduit à un « kit de survie ».  »

Mais la Ministre de la Culture a de quoi répondre :

« Je ne saurais bien évidemment souscrire à l’idée d’un épuisement de la politique culturelle de l’État énoncée par M. Françaix. Le ministère français de la culture est admiré à juste titre dans les autres pays d’Europe, où il n’a pas d’équivalent. Cette exception française, qui remonte à François 1er, n’est pas prête de s’éteindre et nous pouvons être fiers de ce ministère.

Si l’augmentation de ce budget n’est pas considérable on peut néanmoins parler d’un véritable engagement de l’État alors que nous sommes dans une phase de réflexion sur l’optimisation des dépenses, de la gestion et des interventions. »

La question de Laurent Hénart (UMP, Meurthe & Moselle, et aussi Président de la Réunion des Opéras de France) est très intéressante sur le sujet à venir :

« […]Parmi les organismes labellisés de spectacles vivants, certains bénéficient d’un conventionnement avec l’État sur plusieurs années, justifié par le fait qu’ils enchaînent plusieurs saisons. Pour les collectivités locales qui financent aux deux tiers l’effort culturel dans ce domaine, il est important que l’État tienne ses engagements. Pouvez-vous nous le confirmer ? »

Réponse de la Ministre :

« M. Hénart a aussi insisté sur la nécessité pour l’État de respecter sa parole en cas de conventionnement. Il a parfaitement raison ; le problème tient à ce que des gels ont eu lieu l’an dernier et que nous devons à présent réinvestir dans les secteurs concernés.  »

Et en guise de conclusion, toujours de la part de Mme Albanel :

« Toutefois, si un nouvel état d’esprit doit prévaloir, il est vrai, aussi, que les crédits d’État ont, je l’ai dit, un puissant effet de levier. Enfin, le débat sur la répartition de ce qui relève de l’État et de ce qui ressort aux collectivités locales est, par essence, politique. »

Marie-Christine Chesnais © Assemblée nationale

Nos remarques

Passons sur l’augmentation réelle ou supposée du budget alloué à la culture. Certains députés (de gauche) évoquent une gonflette artificielle par le transfert de certaines responsabilités d’un ministère à l’autre.

La réponse à l’intéressante question de Laurent Hénart n’en est finalement pas une. Quels sont les secteurs concernés ?

Oui les crédits de l’Etat ont un puissant effet de levier, et ce dans tous les domaines, et dans les deux sens, surtout dans un état centralisé comme la France !

Enfin est avouée la dimension politique du débat, et surtout du souci qui allait naître 10 jours plus tard. Le désengagement de l’Etat auprès des théâtres lyriques de trois villes est un signe politique fort, à cinq mois des municipales.

Lire l’intégralité du compte-rendu analytique officiel sur la séance consacrée à la culture du projet de loi de finances pour 2008 sur le site Internet de l’Assemblée nationale

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