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Il était une fois Alan Menken, compositeur pour Disney

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Au cours de sa carrière exemplaire, aura reçu pas moins de huit oscars. Rencontre exceptionnelle en octobre 2007 avec cet homme à part dans le monde la musique de film pour ResMusica. Le 28 novembre 2007 sort le prochain film de Disney, Il était une fois. Télescopage habile entre le dessin animé, l’infographie, le cinéma réel et la comédie musicale, Il était une fois dynamite complètement les codes du genre et parodie de manière surprenante le modèle Disney, tout en multipliant les clins d’œils aux mythes qui ont fait la réputation de l’entreprise.

« Ce n’est pas une critique de l’univers Disney, c’est un pastiche. »

ResMusica : Comment avez-vous abordé ce dessin animé, beaucoup plus autocritique que les autres ?

 : Ce n’est pas une critique de l’univers Disney, c’est un pastiche. On part de l’univers habituel de Disney, avec les standards de Blanche Neige, de la Belle au Bois Dormant, on l’exagère, de telle sorte que le public puisse reconnaître en Gisèle les premiers personnages de Disney, une héroïne, très innocente, très édulcorée, qui se retrouve dans les temps modernes. L’important est de faire passer exactement les mêmes émotions que dans un Disney classique. Même dans la Belle et la Bête et la Petite Sirène, il y a beaucoup d’éléments – attitudes, chansons, du dialogue – qui relèvent du pastiche.

RM : Si je comprends bien, vous avez écrit pour ce dessin animé exactement comme si vous écriviez pour un Disney traditionnel ?

AM : La musique du début du film est très traditionnelle. La musique progresse en même temps que les personnages. Quand Gisèle arrive en plein Times Square, la musique devient plus moderne.

RM : Qu’en est-il du mickey-mousing typique des premiers Disney que vous semblez exagérer ? Est-ce voulu ? [Le mickey mousing est une technique de composition par laquelle le compositeur de film souligne très précisément chaque action du film : le moindre évènement à l’image est illustré musicalement]

AM : C’est tout à fait le genre de choses que j’aurais faite pour ces films. Mais je n’ai pas exagéré cette technique : j’en ai repris tous les clichés. C’est plus un hommage. J’ai repris les codes que les gens ont assimilé intellectuellement… et que les gens recherchent lorsqu’ils voient un dessin animé Disney.

RM : Etait-ce une vision très personnelle ou avez-vous été influencé par la production ?

AM : Je n’ai pas été influencé. J’ai voulu d’abord créer une musique accessible et compréhensible qui permet aux gens de savoir immédiatement dans quel univers ils sont. Dans les chansons, et particulièrement les trois premières, nous jouons sur la même idée. Avec la chanson True Love’s Kiss, nous illustrons l’innocence un peu excessive de Gisèle, sur la chanson Happy Working Song nous jouons sur les contrastes entre les cris des animaux qui font le ménage dans le dessin animé et ceux des animaux qui le font à New York, mais la troisième That’s How You Know [une chanson qui rappelle les comédies musicales de Broadway, NDLR] décrit davantage une situation émotionnelle. Dans la quatrième chanson, So Close, elle est une vraie femme, elle est réellement amoureuse. Nous sommes avec elle, nous sommes touchés qu’elle soit allée aussi loin…

RM : La musique illustrant la première partie en dessin animé n’est pas la même que celle qui accompagne la seconde partie en prise de vue réelle. Dans quel ordre avez vous composé ?

AM : Chronologiquement.

RM : Avez vous commencé à composer avant que le film soit réalisé ou après ?

AM : D’abord j’ai commencé à lire le script, à lire l’histoire et à dire : là il faut une chanson ici, là il faut une chanson là. Mais Kevin avait une idée claire de ce qu’il voulait. Il savait par exemple qu’il voulait la chanson True Love’s Kiss. Sur Happy Working Song, c’était une collaboration, j’ai donné quelques unes de mes idées. Sur la partie New York, sur That’s How You Know, c’était une nouvelle vision, avec un nouveau vocabulaire (il chante le thème), inspiré des rythmes des Caraïbes. En ce qui concerne la musique du film proprement dite, c’était un équilibre entre le monde du dessin animé et le monde réel.

RM : Durant ce processus comment travaillez vous avec Stephen Schwartz ?

AM : Nous parlons ensemble : où se trouve la chanson, par qui elle est chantée, le point a, le point b, le vocabulaire, la forme de la chanson. Une fois que j’ai tous ces éléments, je commence à jouer… et lui réagit. C’est un échange.

RM : Vous êtes l’artisan du renouveau de la musique dans le dessin animé Disney. Comment le vivez-vous ? Etes-vous fier d’être un compositeur Disney ?

AM : J’aime ce que je fais pour le théâtre, j’aime mes chansons, mes musiques de film. L’expression la plus complète de ce que je fais, c’est lorsque je compose pour des dessins animés : chansons et score. C’est la composition la plus riche que je puisse faire, c’est l’expérience la plus riche que je peux avoir. Je me sens très proche des valeurs véhiculées par les films Disney. Avoir son nom associé à Disney, c’est une grande opportunité pour un compositeur. C’est très important pour moi que ce film marche. Je suis très heureux et très fier d’avoir été impliqué dans ce projet. En tant que compositeur, c’est ce qui compte le plus pour moi aujourd’hui.

Crédits photographiques : © Kevin Lima

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