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Il Balletto Romantico, les trésors du ballet romantique

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Il Balletto Romantico, Tesori della collezione Sowell. Madison U. Sowell, Debra H. Sowell, Francesca Falcone, Patrizia Veroli. Présentaion de José Sasportes. Éditions L’Epos, Palerme. 241 pages. 58 euros. N° ISBN : 978-88-8302-301-9. Dépôt légal : 2007.

 

Une fois n’est pas coutume, la section danse de ResMusica regarde chez ses voisins européens pour constater les jolies surprises qu’ils nous offrent : et parfois, on se doit de signaler un véritable bijou. Certes, c’est en italien ; certes, c’est cher ; mais ce bijou est en réalité un livre de toute beauté que tout balletomane un tant soit peu intéressé par la période romantique (et dont on sait que les reliquats que l’on a aujourd’hui sont bien maigres) se doit d’avoir dans sa bibliothèque pour y revenir souvent. Nous venons d’énoncer les deux défauts (tout du moins pour un non italophone), expliquons désormais notre enthousiasme.

Un riche collectionneur a décidé de regrouper dans cet ouvrage nombre de ses possessions concernant l’attrait qu’il a pour cette période florissante de la vie de la danse, notamment en France. On retrouve donc dans une excellente qualité de reproduction des gravures des danseuses principales, telles que Fanny Elssler, Marie Taglioni, Fanny Cerrito, ou bien encore Carlotta Grisi. Il peut observer sous divers angles des photographies de biscuits, d’éventails à l’effigie de telle idole, chacune des danseuses successives de l’Opéra ayant connu gloire et remplacement par une nouvelle Étoile (bien que le mot ne devait pas alors exister, le titre était bien présent !) plus douée ou plus jeune. On se rend compte alors de la diversité extrême et de la créativité foisonnante de la production théâtrale de la période préromantique et romantique (délimitée ainsi par les auteurs entre 1789 et 1870). Il y a alors une liste assez impressionnante de ballets (qui théoriquement fait toujours partie du répertoire, qui n’y peut mais), souvent créés pour la circonstance, pour telle danseuse.

Les lieux de l’action sont variés et (forcément !) exotiques, avec moult déesses, ondines et autres êtres féeriques. Le corps de ballet est représenté dans des figures recherchées, contrastant avec la perversion visuelle, dont Petipa, malgré lui, est désormais le meilleur représentant : en perdant son répertoire, l’Opéra de Paris a du chercher ailleurs des ballets ravissant le public, induisant une surreprésentation des ballets créés à Saint-Pétersbourg (bien des années après que ceux-ci furent montés dans leur ville d’origine, par ailleurs…), et par conséquent un appauvrissement du vocabulaire qui devint stéréotypé. Les gravures que l’on voit alors nous rassure sur la richesse chorégraphique, l’inventivité des synopsis (bien que parfois mièvres pour notre époque, l’historien saura y puiser là le parfum du temps plus que nulle part ailleurs), l’attachement aux danses de caractères (et il n’y a pas que la Cachucha de Mlle Elssler !), l’habitude de l’élaboration des actes blancs, l’attention aux divers corps de métier présents sur scène (on sait bien qu’un théâtre lyrique n’est pratiquement jamais sorti enrichi de la représentation de ses pièces), l’élaboration des nouveaux costumes.

L’ère romantique est aussi une période d’innovation technique, où de nouveaux pas sont codifiés, dont on retrouve ici ou là, non sans quelque émotion, les prémices, sauts spectaculaires, portés stratosphériques. On est saisi par, toutes proportions gardées, la relative pérennité de ce que l’on voit entre ces gravures vieilles de deux siècles et des photographies contemporaines. Même dans l’idéalisation du modèle, l’image du danseur, de la danseuse recherche la Beauté et l’Harmonie. L’image du corps change, libérée des costumes empesés, chargée des éléments naturels, fleurs dans les cheveux, ou motifs végétaux ornant les jupes. La femme acquiert une nouvelle image, prenant place sur les premiers rangs de la scène, devenant maîtresse d’un nouveau genre qui se construit, mais entraînant par là même sa décadence quelques décennies plus tard.

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Il Balletto Romantico, Tesori della collezione Sowell. Madison U. Sowell, Debra H. Sowell, Francesca Falcone, Patrizia Veroli. Présentaion de José Sasportes. Éditions L’Epos, Palerme. 241 pages. 58 euros. N° ISBN : 978-88-8302-301-9. Dépôt légal : 2007.

 
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