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André Gertler, ami, disciple et collaborateur de Béla Bartók

À emporter, CD, Musique symphonique

Béla Bartók (1881-1945) : Concertos pour violon et orchestre n°1 et n°2 ; Rhapsodies pour violon et orchestre n°1 et n°2 ; Sonates pour violon et piano n°1 et n°2 ; Sonate pour violon et piano en mi mineur op. posth. ; Sonate pour violon seul ; Sonatine pour violon et piano sur des thèmes populaires de Transylvanie ; Chants populaires hongrois pour violon et piano ; Contrastes pour violon, clarinette et piano ; 44 Duos pour deux violons. André Gertler, violon ; Josef Suk, violon (Duos) ; Milan Etlík, clarinette ; Diane Andersen, piano. Orchestre Philharmonique de Brno, direction : János Ferencsik. Philharmonie Tchèque, direction : Karel Ančerl. 4 CD Supraphon SU3924-2. Code barre : 099925392420. Enregistré à Brno en février et juillet 1962, et à Prague entre décembre 1963 et décembre 1965. ADD. Notices quadrilingues (anglais, allemand, français, tchèque) excellentes. Durée : 58’16, 71’42, 71’11, 62’16

 

Les Clefs ResMusica

Quelle entreprise audacieuse et hasardeuse au début des années 60 que de graver l’œuvre intégral pour violon de , et cela indépendamment des contingences commerciales ! Il faut bien admettre que cette réalisation exceptionnelle de Supraphon n’a, de nos jours encore, aucun équivalent dans ce répertoire, et si le prestigieux label tchèque a versé ces enregistrements dans sa série historique « Archiv », force est de reconnaître qu’ils restent toujours absolument actuels, voire intemporels.

Avoir choisi le violoniste belge d’origine hongroise (1907-1998) fut un coup de génie, lui pour qui l’univers sonore de son ami Bartók était l’élément naturel, et qui fut le premier à graver – chez Columbia, avec le Concerto pour violon d’Alban Berg – la Sonate pour violon seul (avant Menuhin, son dédicataire), puis chez Supraphon le Concerto et la Sonate pour violon de jeunesse que la famille de Bartók lui avait confiés pour l’enregistrement.

Le remarquable violoniste a débuté son intégrale en 1962 avec les deux Rhapsodies (1928) et le Concerto n°1 (1907-08) longtemps oublié mais retrouvé et créé en mai 1958, seuls enregistrements où il sera accompagné par un autre musicien hongrois, le grand chef d’orchestre  : dès l’abord, Gertler fit montre d’une pureté de jeu toute frémissante et constamment juste d’intonation. Il poursuivit en 1963 et 1964 par ce redoutable chef d’œuvre qu’est la Sonate pour violon seul (1944), ensuite les Sonates n°1 et n°2 (1921-22) ainsi que la Sonatine (1925) et les Chants populaires hongrois (1908-09) pour violon et piano, avec son admirable partenaire au piano. Puis en avril 1965 ce fut la célèbre gravure du « grand » Concerto n°2 (1937-38) qui est peut-être l’apogée de son intégrale et la référence pour cette œuvre, d’autant qu’il bénéficie du soutien de et de sa somptueuse Philharmonie Tchèque dont on se rend compte qu’elle était à ce moment un des tout meilleurs orchestres d’Europe. Cette intégrale s’acheva en 1965 par la Sonate op. posth. pour violon et piano (1903) déjà citée, les Contrastes pour violon, clarinette et piano (1938), et enfin les 44 Duos (1931) où se vit rejoindre par deux magnifiques musiciens tchèques, respectivement le clarinettiste Milan Etlík et le violoniste .

Si les œuvres concertantes avec orchestre du maître hongrois sont relativement bien connues, surtout son Concerto pour violon n°2, l’un des purs chefs-d’œuvre du XXe siècle, il ne va pas de même pour sa musique de chambre avec violon. La raison en est peut-être qu’elle est souvent âpre et même d’un ascétisme austère, témoins la Sonate pour violon seul influencée par Bach, et surtout les deux Sonates pour violon et piano de maturité qui ne sont guère marquées par le folklore, et où le dialogue traditionnel fait place à une extrême liberté d’allure rhapsodique allant jusqu’à la polytonalité et l’indépendance totale des deux instruments.

Nous sommes évidemment loin du langage néo-romantique bien plus accessible de la Sonate pour violon et piano op. posth. qui est la première œuvre pour violon écrite par un jeune musicien de 22 ans sous l’influence de Liszt et Richard Strauss, et dont la famille Bartók permit la résurrection grâce à André Gertler et . Quant aux autres œuvres avec violon où l’influence du folklore (imaginaire ou non) est indéniable, elles témoignent de la maîtrise du compositeur à le décanter pour en exprimer la quintessence en de petites merveilles de coloris, d’esprit, de fantaisie, de pittoresque, de poésie et de tendresse.

Un Grand Prix du Disque de l’Académie Charles Cros 1967 a récompensé cet ensemble de six microsillons à l’origine, et ce n’est que justice non seulement vis-à-vis d’une réalisation qui, faut-il le répéter, n’a guère d’équivalent actuel, mais surtout envers les artistes incomparables qui en ont permis l’accomplissement : les deux grands chefs et , mais aussi les admirables chambristes André Gertler, , Milan Etlík et Diane Andersen à qui nous devons tant de découvertes, notamment de l’œuvre de Joseph Jongen.

Si cet album met tout naturellement André Gertler à l’honneur, il est curieusement le seul à avoir bénéficié d’une notice biographique dans la plaquette jointe aux disques, ce qui est absolument injuste envers ses tout aussi prestigieux partenaires sans lesquels il n’aurait jamais pu mener à bien cette merveilleuse intégrale Bartók.

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