Gergiev met (encore) le feu !

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Madrid. Auditorio Nacional de Musica. 11 et 12-III-2008. Igor Stravinsky (1882-1971) : Petrouchka (version de 1911) ; Piotr Tchaïkovski (1840-1893) : Roméo et Juliette, ouverture fantaisie, symphonie n°6 en si mineur « Pathétique », Op. 74 ; Claude Debussy (1862-1918) : La Mer ; Nicolaï Rimskikorsakov (1844-1908) : Schéhérazade, suite symphonique Op. 35. London Symphony Orchestra, direction : Valery Gergiev

Après Dijon et Paris avec Mahler, le LSO et mettaient le cap sur l’Espagne avec deux concerts à Madrid pour deux concerts à l’Auditorium National de Musique. Inaugurée en 1988, cette vaste salle créée par José Maria García de Paredes fut édifiée dans le cadre du plan national de construction d’auditoriums destiné à donner à l’Espagne des capacités musicales digne de son rang. Assez massive et quelconque d’extérieur et pompeuse de l’intérieur cette vaste salle possède une acoustique de haut niveau avec une présence, une restitution des timbres et des couleurs ainsi qu’un vécu sonore digne des plus grandes salles du monde. On est assez loin ici de l’esthétique sonore froide et impersonnelle de nombre de salles contemporaines piteusement travaillées par le cabinet Artec !

Aidé par un Orchestre Symphonique de Londres en forme olympique, Gergiev se lance dans une lecture très premier degré de Petrouchka. L’oreille est ici sur une place avec une véritable fête foraine animée par des acteurs et des passants pittoresques et bourrus. C’est évidement très efficace d’autant plus qu’orchestralement, on ne sait pas ce qu’il faut admirer dans la perfection technique chirurgicale des londoniens et la richesse de leurs sonorités. Le chef russe, est certainement, le plus grand interprète actuel de la symphonie « Pathétique ». Dès les premières notes, il imprime une imposante tension et une grande noirceur des climats. Sous sa battue, cette pièce râlante et abandonnée ouvre des gouffres fantomatiques. Les mouvements centraux, véritablement déchaînés, ne peuvent empêcher le public d’applaudir. Mais c’est le long Adagio-lamentoso-Andante final qui cloue le spectateur à son fauteuil. Dans un tempo assez allant, le chef ose les prises de risques les plus insensées, lacérant la toile orchestrale de violentes ruptures et de silences dramatiquement saisissant. Abasourdi, le public, met quelques temps à reprendre ses esprits avant d’acclamer le chef et ses valeureux musiciens.

Après le choc de cette Pathétique, il était évidement difficile d’attendre encore plus de ce nouveau concert. L’ouverture fantaisie Roméo et Juliette du même Tchaïkovski est menée avec droiture, dramatisme et efficacité mais, servie en entrée de concert, elle n’a pas l’effet du dessert de la veille. C’est excellent techniquement et musicalement, mais il manque le sidérant vécu humain de la « Pathétique ». La Mer de Debussy peine un peu à se chauffer mais une dès les premières notes de « Jeux de Vagues », Gergiev a trouvé les clefs de cette musique qu’il travaille avec sensualité et passion. Dès lors, « Dialogue du vent et de la mer » est confondant de naturel. Après la pause, la suite Shéhérazade de Rimski-Korsakov fait rutiler son orchestre. La perfection des musiciens permet au chef de faire ressortir les moindres détails et moindres nuances du discours avec en prime un solo de violon magique d’Anton Barakhovsky, le soliste « invité » de l’orchestre. Hyper sensuelle et dirigée avec une grande hauteur de vue, cette interprétation culmine dans un dernier mouvement assez emporté, même si Gergiev s’est un peu calmé depuis un concert démentiel avec le philharmonique de Vienne (Salzbourg 2005).

En deux concerts, l’hyper actif Gergiev a encore montré son charisme et son talent de dompteur d’orchestre à la tête d’une phalange de haut vol.

Crédit photographique : © Marco Borggreve

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.