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Musicatreize et les oreilles en nénuphar

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Conte nomade, conte de Judit Góczán (née en 1974), sur une musique de László Sáry (né en 1940) et des illustrations de József Szurcsik (né en 1959). Ensemble Musicatreize, direction : Roland Hayrabédian. 1 livre-disque Actes Sud/Musicatreize. 56 pages. ISBN : 978-2-7427-6896-7. Enregistré en 2007. Conte et textes de présentation bilingues (français, hongrois). Durée : 20’03’’.

 

Troisième des Sept Contes de , le Conte nomade nous plonge dans l’univers des rituels chamaniques de la Sibérie. Ici, point d’histoire d’amour comme dans L’Arbalète magique du compositeur vietnamien Tôn-Thât Thiêt. On retrouve des préoccupations métaphysiques qui étaient présentes dans Les Sorcières du compositeur portugais de Chagas Rosa, mais en creux. Alors que celles-ci se rebellaient contre l’ordre religieux, ici le peuple lutte au contraire pour faire venir le règne de son Sauveur. Compositeur, illustrateur, auteur, toute l’équipe artistique est hongroise et non russe car la Hongrie partage avec les peuples ouralo-altaïques une langue d’origine commune ainsi que certaines coutumes ancestrales dont s’inspire cet ouvrage.

Le Conte nomade, imaginé par Judit Góczán, est le récit d’une longue nuit au terme de laquelle la fille du Soleil doit donner naissance à Boto Bumal, le héros qui sauvera la Terre du malheur. La Mort, pour empêcher cet accomplissement, s’empare des rêves de la jeune femme pour l’emporter avec elle. Afin de la séduire, la Mort prend tour à tour la forme d’un aigle souverain, d’un taureau furieux, enfin d’un vieillard plein de sérénité. Le petit groupe d’hommes et de femmes chargé de veiller sur la fille du Soleil assiste d’abord impuissant à l’emprise de la Mort, avant d’engager lui-même le combat contre ses trois incarnations.

Musique, texte, illustrations, chaque élément est soigneusement élaboré, leur combinaison s’avérant plus délicate. D’une part, il y a l’histoire : l’arrivée du sauveur de l’humanité est un thème familier. Le conte se lit bien, les illustrations faites principalement de visages vus de profil et incrustés dans des formes minérales, accompagnent poétiquement le propos. D’autre part, il y a la musique : se base non sur le conte mais sur un beau poème elliptique du grand poète hongrois Sándor Weöres (1913-1989), qui a la magie des textes qui savent suggérer tout en gardant leur part de mystère. Le compositeur, inscrit dans l’école de Boulez et de Stockhausen, a le mérite d’être concis et sa musique est impeccablement interprétée par l’ensemble . La difficulté qu’ont les différents éléments à se combiner se révèle, par exemple, dans le langage musical utilisé, celui du théâtre musical du dernier quart du XXe siècle, qui ne suggère guère les combats métaphysiques et le sentiment religieux archaïque qu’évoque le conte. Autre exemple, quand les femmes s’adressent à la Mort déguisée en vieillard en lui lançant « Homme aux oreilles en nénuphar des lacs !», la logique du conte voudrait que ce soit une invective de colère, dans cette langue fleurie que le Capitaine Haddock n’aurait pas reniée. Pour le poème et la musique, il s’agit en fait d’une adresse pleine de compassion à l’égard du soi-disant vénérable ancêtre, que les hommes mettent à mort. Sachant que les Contes de sont des œuvres destinées à la scène, la mise en scène sera déterminante pour donner au Conte nomade une cohérence qui dans le livre-disque n’est pas immédiate.

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Conte nomade, conte de Judit Góczán (née en 1974), sur une musique de László Sáry (né en 1940) et des illustrations de József Szurcsik (né en 1959). Ensemble Musicatreize, direction : Roland Hayrabédian. 1 livre-disque Actes Sud/Musicatreize. 56 pages. ISBN : 978-2-7427-6896-7. Enregistré en 2007. Conte et textes de présentation bilingues (français, hongrois). Durée : 20’03’’.

 
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