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Le pouvoir obsessionnel des suites pour violoncelle de Bach

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : première version sans accompagnement : Suites pour violoncelle seul n° 1 en sol majeur BWV 1007, n° 3 en ut majeur BWV 1009, n° 5 en ut mineur BWV 1011, deuxième version des mêmes œuvres avec accompagnement de viole de gambe. François-Xavier Bigorgne, violoncelle, Edouard Delale, deuxième violoncelle (fugue de la suite n° 5), interprète non précisé pour la viole de gambe. 2 CDs Amacello A7923. Code barre 3760077080325. Date d’enregistrement non précisée, mais récente. Livret trilingue français/anglais/allemand. Durée totale 136 mn.

 

Décidément, les six suites pour violoncelle seul de Bach n’ont pas fini d’exciter l’imaginaire des musiciens, à commencer par Bach lui-même qui en dédia au luth une transcription en sol mineur de la cinquième. Au XIXe siècle, Schumann harmonisa la troisième à l’aide d’une partie de piano rajoutée, et au XXe siècle, c’est le violoncelliste Paul Bazelaire qui étendit cette idée à la totalité du cycle.

Plus près de nous, Gustav Leonardt avait proposé une approche originale en transcrivant ces œuvres pour le clavecin, à l’instar des partitas ou suites pour le clavier. D’autres pianistes aussi : Rachmaninov, Busoni et autres Godovsky avaient pas mal déliré avec ces textes sublimes. Même des flûtistes dont Franz Brüggen ont donné de leurs voix dans ce concert harmonieux, ainsi que des gambistes comme Paolo Pandolfo. Aujourd’hui, c’est le violoncelliste qui nous livre sur un premier disque sa version des suites impaires, parfois surnommées « masculines », en raison de leur carrure particulièrement solide. Il nous en propose une approche classique se situant bien dans la lignée de l’école française de violoncelle, écartant les tentations dites baroques dans son interprétation. Mais l’originalité de cette production se situe dans le deuxième disque, identique au premier, auquel il a été rajouté une deuxième voix en re-recording, intitulée « la voix de l’épouse », et jouée sur une viole de gambe. Mystère d’ailleurs sur cette voix de l’épouse : est-ce la viole de gambe, conjointe du violoncelle, dans ce dialogue des âmes, ou la propre épouse du violoncelliste, venant compléter la voix du soliste ? Bach avait déjà réuni harmonieusement la viole, instrument du passé, et le cello instrument de l’avenir, dans de nombreuses cantates, passions, et aussi dans ses concertos brandebourgeois. Aussi le mariage est ici heureux, même s’il est parfois houleux : une justesse parfois difficile à maîtriser, et des choix harmoniques de l’épouse ne suivant pas toujours les canons de l’harmonie énoncés par Bach. Mais l’approche est intéressante, et finit par nous faire découvrir quelques aspects cachés de ces suites, révélant ainsi concrètement la polyphonie suggérée par l’auteur.

Peut-être y a-t-il encore quelque chose à chercher dans ce continuo rajouté : la présence d’un clavecin, d’un théorbe, ou d’un orgue, afin d’en structurer d’avantage l’étoffe? Vraiment, il y a bien des choses à expérimenter encore avec ces œuvres de génie.

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : première version sans accompagnement : Suites pour violoncelle seul n° 1 en sol majeur BWV 1007, n° 3 en ut majeur BWV 1009, n° 5 en ut mineur BWV 1011, deuxième version des mêmes œuvres avec accompagnement de viole de gambe. François-Xavier Bigorgne, violoncelle, Edouard Delale, deuxième violoncelle (fugue de la suite n° 5), interprète non précisé pour la viole de gambe. 2 CDs Amacello A7923. Code barre 3760077080325. Date d’enregistrement non précisée, mais récente. Livret trilingue français/anglais/allemand. Durée totale 136 mn.

 
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