La Belle au bois dormant, la féérie orchestrale de Charles Silver
De La Belle au bois dormant de Charles Silver, nous ne connaissions en disque que l'air d'Aurore « Quelle force inconnue en ce jardin m'amène » grâce à notre fée éternelle Jodie Devos. Avant-goût merveilleux d'un enregistrement en première mondiale qui l'est tout autant.
Le conte de Charles Perrault fait partie de l'imaginaire de tous. Autant fédérateur que magique, quoi de mieux pour que l'opéra émerveille petits et grands. Au début du XXe siècle, Charles Silver s'y attèle sur la scène marseillaise après les succès chorégraphiques de Tchaïkovski et Hérold, alors que Charles Lecoq présentait un an avant son adaptation de ce célèbre conte sur la scène du Théâtre des Bouffes-Parisiens.
Désormais en disque et sur scène, dans une nouvelle coproduction avec le Palazzetto Bru Zane, présentée en avril dernier à l'Opéra de Saint-Étienne, cette « féerie lyrique », qui porte bien son nom, répond à toutes les attentes de cet imaginaire collectif, par une construction dramaturgique en neuf tableaux, classique du genre, où de nombreux interludes symphoniques, particulièrement soignés par l'Hungarian National Philharmonic Orchestra, sont les piliers de ce merveilleux enchantement (hypnotique sommeil d'Aurore), complétés par des mélodrames poétiques et d'amusantes danses ponctuant l'intrigue. Des fées, des gnomes et des lutins s'y croisent, les esprits du mal dans La Grotte d'azur reculant sous la lumière du Printemps et de son défilé de fleurs : Pas du tournesol et de la rose, Danse des fleurs, Fleur de grenade, Papillons, Tournesol sauvage, Le Lotus bleu et la fleur de thé… Toutes ont l'occasion de danser !
La baguette de György Vashegyi sait déployer le raffinement et l'élégance de cette partition, tout autant que ses nombreuses couleurs orchestrales qui ravivent l'écoute continuellement, autant, par exemple, dans le fantastique de La Caverne d'Urgèle que dans la chevauchée de La Chasse.
Les protagonistes vocaux et leurs états d'âme, sont, quant à eux, caractérisés par des leitmotivs propres de l'écriture musicale de l'époque (Wagner n'est pas loin !). La distribution, majoritairement française, fait la part belle à la diction et à la prosodie de notre langue, des attraits si importants dans ce genre lyrique, alors que le Chœur national hongrois présente quelques marges de progression dans la langue de Molière malgré ses qualités musicales sans pareille (sublime voix du Vent des soprano). Sous les traits du double rôle d'Aurore et de La Reine, la soprano Guylaine Girard bénéficie d'airs séduisants où la finesse est le maître-mot jusqu'au réveil éclatant de l'hymne Reverdissez, forêts ! La délicate fraîcheur de l'interprète est parfaitement en osmose avec le ton de ces deux personnages.
Julien Dran détient, lui aussi, un double rôle, celui du Prince et du Chevalier errant. Voix séductrice à souhait, la vaillance et l'interprétation empreintes de tempérament du chanteur séduisent. Le chant de Kate Aldrich (La féé Urgèle / Dame Gudule) est intense, déployant une tessiture vocale particulièrement dramatique. L'autorité de Thomas Dolié (Le Roi) se pare de la noblesse nécessaire alors que Matthieu Lécroart (Barnabé) et Clémence Tilquin (Jacotte : Le Page / La Fée Primevère) incarnent avec malice et sans caricature de mauvais goût les deux personnages comiques inédits de ce conte, les librettistes Michel Carré et Paul Collin faisant le choix d'intégrer une histoire secondaire avec des personnages comiques propres à la tradition de l'opéra-comique en France. Adrien Fournaison (Eloi / Le Grand Sénéchal) défend ses deux petits rôles avec beaucoup de solidité. Pour finir, incarnée par une comédienne, les interventions de la fée Primevère sont pleines de convictions et de verve.














