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David Christoffel (né en 1977) : Œcumétrucs, poèmes électroniques. 1 CD produit par Artalect et diffusé par ART & Lectures, 4 villa Garnier 75015 Paris. Enregistré en 2006 et 2007. Durée : 56’26 ».

 

Compositeur, poète, critique musical, est un amoureux de la langue française qui joue avec les mots et leur sens. Ses poèmes électroniques sont d’abord des textes où vous entendez des mots ou des situations bien connues, qui sont associés de manière étrange. Le flot de parole est continu, mais le sens est haché, discontinu. Vous écoutez un discours, des bouts de phrases qui ont un sens, mais ces bribes se mêlent et s’entrechoquent et voilà que tout se détraque. Le titre Œcumétrucs n’est d’aucune aide pour comprendre le contenu du disque, mais sa combinaison de deux mots savants et familiers reflète parfaitement la démarche de l’auteur.

Est-ce drôle, stimulant, dérangeant, exaspérant ? La réponse est éminemment subjective et dépendra de chacun d’entre nous, de notre goût à nous faire titiller dans nos habitudes mentales, à nous faire malmener dans notre usage de la langue. Maniant l’ambigüité avec dextérité, Christoffel met davantage dans ses poèmes qu’un simple jeu des sonorités, sans toutefois nous donner une clé de lecture. Ses poèmes jouent avec nos réflexes, ils visent à nous dérouter, et non à nous ouvrir une porte. Faute de savoir où le poète nous mène (lui-même dit ne pas en avoir idée), on redécouvre notre langue.

Prenons les plus électroniques de ces poèmes, ceux qui utilisent des voix recomposées par ordinateur : les quatre Discours de chiottes (pour synthèse vocale), diffusés dans les toilettes de la gare de Coustellet-Vaucluse pour l’édition 2005 du festival Gare aux Oreilles, et les Poèmes pour Simone Herault diffusés dans cette même gare pour l’édition 2006. Tous ceux qui ont pris le train connaissent Simone Herault, car elle est la voix de la SNCF. C’est elle qui avec sa prononciation claire, son timbre tellement plus avenant a remplacé les annonces rustaudes voire inintelligibles du chef de gare, mais contrairement à lui jamais elle ne vous souhaitera une bonne semaine pour vous encourager les dimanches soirs sinistres de novembre. Grâce à Christoffel, Simone s’émancipe de son carcan de termes définis. Elle nous parle de train, de gare, on reconnaît son répertoire ferroviaire, mais elle évoque la scarification, la «force centripète certaine», elle devient humaine et elliptique quand elle lance que «toute l’équipe [nous] invite / décemment / prendre la vie du bon côté» (sic). Une œuvre dont on espère sans trop y croire qu’elle sera conservée précieusement dans les archives de la SNCF. Plus potaches, les Discours de chiotte tournent sans fausse pudeur autour de ces lieux et de ce que l’on est venu y faire. Il n’est pas dit que la voix féminine au ton docte et encourageant soit parvenue à dénouer le sphincter des voyageurs venus dans les toilettes de Coustellet-Vaucluse à la seule recherche d’une commodité, mais elle a dû amuser les autres venus en esthète – ce que la pudeur réprouve en un tel endroit. Mais il est déjà temps de reprendre le train de la poésie, alors en voiture !

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David Christoffel (né en 1977) : Œcumétrucs, poèmes électroniques. 1 CD produit par Artalect et diffusé par ART & Lectures, 4 villa Garnier 75015 Paris. Enregistré en 2006 et 2007. Durée : 56’26 ».

 
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