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Thomas Newman à la baguette d’un film utile et visionnaire

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Thomas Newman : Wall•E. 1 CD Walt Disney Records réf. D000174302. Code barre : 0-5008-71195-0-8. Durée : 61’50’’

 

Il y aura toujours des bonnes raisons de ne pas aller au cinéma cet été… mais il n’y en aura aucune pour ne pas aller voir Wall•E, l’un des films d’animation les plus intelligents que l’empire Disney (heureux acquéreur de Pixar) nous ait offert depuis sa création. Le public et la critique professionnelle sont pour une fois unanimes (seul Télérama a décidé de mener la fronde), et l’on se réjouit déjà du fait que le message du film puisse faire mouche auprès de nos chers petits.

Nous sommes en 2815. La Terre est devenue un gigantesque dépotoir, abandonné par l’humanité depuis 700 ans. WallE (Waste Allocation Load Lifter Earth-Class), un petit robot mignon tout plein, mais aussi très sale a pour mission de compacter les déchets sur la terre afin de la rendre plus propre. Sa vie réglée comme du papier à musique est bouleversée par l’arrivée d’Eve (Extra-terrestrial Vegetation Evaluator), une «robote» dernier cri aux formes éblouissantes. WallE tombe immédiatement sous le charme de cette visiteuse venue du ciel et s’évertue maladroitement à la séduire. Il n’hésitera pas aller au fin fond de l’univers et à braver les dangers pour la conquérir…

Les qualités du dernier Pixar sont innombrables : une réalisation superbe (comme d’habitude), une première partie hilarante, une émotion à fleur de peau (ce qui est prodigieux compte-tenu du peu d’expressions faciales dont disposaient les animateurs pour les deux protagonistes du film), des voix déjà cultes (réalisées par Ben Burtt, sound-designer de Star Wars), des références criantes à 2001 : l’odyssée de l’espace pour contenter les cinéphiles, and last but not least un propos visionnaire et politique (message écologique, critique de la surconsommation et de l’assistanat technologique) qui ferait presque passer Wall•E pour un film subversif.

Le réalisateur Andrew Stanton (1001 Pattes) avait déjà travaillé avec sur le Monde de Nemo. Cette collaboration étonnante n’avait pas convaincu tous les mélomanes ; elle a dû visiblement satisfaire la production puisque le compositeur d’Americain Beauty s’est retrouvé à la baguette de Wall•E. Inutile de dissimuler à quel point le «groupie» que nous sommes attendait le dernier opus de .

Le constat est sans appel : ce n’est assurément pas le meilleur crû du compositeur américain même si cela reste évidemment bien au-dessus de ce qui s’écrit d’habitude aux Etats-Unis. Thomas Newman n’innove aucunement par rapport à ce qu’il a pu composer auparavant et tombe parfois dans le travers de la musique fonctionnelle. Il tente ainsi à plusieurs reprises de se rapprocher d’un style plus «classique» ; chose inimaginable, ce n’est pas toujours très réussi : on éprouve la nette sensation qu’il hésite entre une écriture épique hollywoodienne caractéristique du genre, et sa personnalité musicale, plus intimiste et subtile. Dans The Axiom, le thème, magnifique, est ainsi interrompu par des modulations aussi brutales qu’étranges…

Fort heureusement, au fil des écoutes, ce qui apparaît au premier abord comme des bizarreries d’écriture finit par se laisse apprivoiser. La partition de Thomas Newman n’est certes pas toujours à la hauteur de ce qu’un tel film peut offrir, mais garde d’indéniables qualités, à la mesure du talent de son auteur… Elle s’accorde ainsi très bien avec les musiques préexistantes du film : une célèbre chanson romantique chantée par Louis Armstrong (La Vie en Rose), des extraits de la comédie musicale Hello Dolly (un leitmotiv musical qui accompagne la solitude de Wall•E), une petite rareté co-écrite par le compositeur et Peter Gabriel (Down To Earth), et les appels cuivrés d’Ainsi Parla Zarathoustra de Richard Strauss, précédemment utilisés par Kubrick dans 2001 (dans le film d’Andrew Stanton, cette œuvre majestueuse illustre également une étape dans l’histoire de l’humanité). La plupart de ces morceaux sont sur le disque et forment avec la partition de Thomas Newman un ensemble cohérent et appréciable… Mais le mieux est sans aucun doute de l’entendre in situ avec les images magnifiques qu’elle accompagne…

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Thomas Newman : Wall•E. 1 CD Walt Disney Records réf. D000174302. Code barre : 0-5008-71195-0-8. Durée : 61’50’’

 
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