« Des merveilles pour les yeux et les oreilles »

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

La Chabotterie. 12-VIII-2008. Le Ballet des Arts. Jean-Basptiste Lully (1632- 1687). Anouschka Lara, soprano. Mélodie Ruvio, Mezzo. Romain Champion, haute-contre. Arnaud Richard, Basse. Danseurs(ses) de La Compagnie de l’Evantail. Conception et mise en scène : Vincent Tavernier. Chorégraphie : Marie – Geneviève Massé. Ornements  : Claire Niquet et Olivier Bériot. Lumières : Carlos Perez. La Simphonie du Marais. Direction : Hugo Reyne.

Festival de la Chabotterie 2008

Lorsque fut représenté pour la première fois en janvier 1663, le Ballet des Arts, un critique du nom de Loret écrivit de ce spectacle qu’il était « remply de merveilles pour les yeux et les oreilles ». Hugo Reyne dont on connaît l’attachement pour l’œuvre de Lully, a donc décidé de persévérer pour notre plus grand bonheur, en collaboration avec Marie – Geneviève Massé, en redonnant souffle et mouvements à cette œuvre qui n’avait plus été rejouée depuis sa création.

La première des représentations nous a été offerte pour la clôture du Festival de la Chabotterie. Ce n’est malheureusement pas dans la cour d’honneur du Logis en raison du risque d’intempéries, mais dans la salle de spectacle d’un village voisin que fut donnée cette représentation.

Musicalement le style de Lully y prend forme. Cette œuvre charnière est une mise en gloire d’une grande noblesse d’un jeune roi dont Lully se fait le chantre. Si elle conserve des passages non dénués d’humour, on perçoit cette nécessité de participer à la naissance politique de l’image d’un roi devenant solaire. , nous a donné une interprétation brillante, colorée et dynamique. Rien n’y manquait et surtout pas la sensibilité enflammée d’.

Côté voix, les quatre interprètes ont su nous faire percevoir, cette tendre jeunesse de la pastorale et cette joie du « bouffon » qui caractérisent le livret de Benserade, tout en nuances et subtilités.

L’Orfèvrerie de est séductrice et moqueuse à souhait tout autant d’ailleurs que la Sirène « cruelle » d’Anouschka Lara dont le timbre clair semble rayon de Lune dans l’air de la Chasse. Chez les hommes, Romain Champion donne à l’air de la Chirurgie une couleur quasi satanique que bien des Faust lui envierait, formant avec , dans l’air de la Peinture un duo cocasse.

La mise en scène revivifiante de se permet un regard moderne sur une œuvre qui n’est pas seulement panégyrique d’un monde disparu. Le livret qu’il a rédigé à cette occasion est un petit bijou.

La chorégraphie de Marie–Geneviève Massé est quant à elle une superbe surprise. Il ne s’agit en aucun cas d’une reconstitution, inenvisageable financièrement (n’oublions pas entre autre que les costumes de Henri Gissey à l’époque furent portés par le roi et sa famille). Mais une grande délicatesse et un humour aiguisés donnent aux différentes entrées (l’Agriculture, la Navigation, l’Orfèvrerie, la Peinture, la Chasse, la Chirurgie et la Guerre – les Arts en question du ballet), une réelle noblesse et un sens du merveilleux étrange et fascinant.

Des costumes aériens, qui reprennent d’ailleurs dans la Navigation une idée superbement réalisée de Gissey pour la coiffure, des acrobaties venant rythmer les moments « burlesques » avec talent … Nous ne vous révèlerons pas toutes les surprises, citons seulement encore l’onirisme de la mort du cerf, les couleurs virevoltantes de l’Orfèvrerie … Une seule toute petite réserve le prologue qui demande à être légèrement plus évocateur, montrant d’ailleurs la difficulté d’adapter des œuvres baroques sans risque d’en perdre par instants le sens. Car ce prologue à la gloire du roi se devait initialement d’être interprété par ce dernier, Madame, celle qui allait devenir Mme de Montespan et par la fille de Mme de Sévigné (celle à qui sa mère allait bientôt envoyer les fameuses lettres), attirant à eux tous les regards éblouis des courtisans ?

Mais reconnaissons que le Ballet des Arts qui nous été offert par et la Compagnie de l’Evantail, fut « remply ce soir de merveilles » et que rien de fâcheux n’y permet d’y bouder son plaisir car c’est une très belle réussite.

Le ciel se montrant clément, la soirée se termina dans les jardins de la Chabotterie où des artificiers de talents mirent le feu à la forêt ! Un feu d’artifice de toute beauté, digne du Roi Soleil et de son musicien.

Crédit photographique : photos © Accent Tonique

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