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Vigoureuse et tragique Quatrième de Mahler par Jonathan Nott

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Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°4 en sol majeur. Mojca Erdmann, soprano. Bamberger Symphoniker, direction : Jonathan Nott. 1 SACD hybride Tudor 7151. Code barre : 7619911071516. Enregistré du 18 au 22 décembre 2006, Joseph-Keilberth-Saal, Bamberg. Notice trilingue (allemand, anglais, français). Durée : 55’29’’

 

Après les Symphonies n°1 et 5 déjà publiées par le label Tudor, et son Bamberger Symphoniker poursuivent aujourd’hui leur parcours avec la Symphonie n°4, une des deux plus courtes, mais aussi une des plus réussies, équilibrées et poétiques de l’ensemble du cycle. Ce chef-d’œuvre a d’ailleurs inspiré la plupart des grands chefs, des plus anciens, Mengelberg ou Walter, en passant par les stars de leur époque, les Bernstein, Haitink, Karajan, Solti, et leurs successeurs, jusqu’à la jeune génération, incarnée aujourd’hui par . Et si on compare la présente interprétation à ces versions historiques, on se rendra compte que la façon de jouer cette musique a évolué, au profit, peut-être, d’une plus grande rigueur de mise en place et au détriment d’une certaine imagination interprétative. La version de Nott en est un assez bel exemple.

A l’évidence le chef a fait un choix expressif déterminé et s’y est tenu jusqu’à la fin, en donnant une couleur très dramatique à l’ensemble de l’œuvre. Le tempo assez soutenu, comme les phrasés plutôt tranchés adoptés ici, accentuent assez naturellement les passages sombres et tragiques de cette pièce en même temps qu’ils réduisent les contrastes avec les moments plus détendus, leur faisant perdre au passage tout aspect poétique. On remarque également que le chef simplifie le discours sur trois aspects précis de la partition. D’abord il amenuise autant que possible touts les effets de portamento qui foisonnent dans ce texte, comme s’il voulait nier leur existence. Ensuite il réduit au minimum, voire parfois même efface, les changements de tempo ou d’atmosphère dûment indiqués par Mahler, rendant les transitions plus abruptes que souples et naturelles. Enfin, si la dynamique globale est fort bien restituée, les nombreuses nuances intermédiaires explicitement indiquées sont loin d’être toutes respectées. On a parfois bien du mal à distinguer un pp du pppp qui le suit immédiatement ou à comprendre pourquoi tel passage marqué simplement forte sonne fortissimo, ce qui ne le distinguera plus du vrai fortissimo qui suit. Ainsi jouée, cette œuvre devient plus univoque qu’à l’habitude, et avouons-le, quelque peu appauvrie par son uniformité, avec un ton général plus proche de la Symphonie n°6 que d’une classique n°4. Bien sûr, tout comme une horloge arrêtée donne l’heure parfaitement exacte deux fois par jour, la vision pointue et sélective du chef fonctionne tout aussi parfaitement sur plusieurs passages de cette œuvre. Mais un peu moins bien ailleurs où plus de souplesse et d’adaptation au texte serait le bienvenu. Comme par exemple dans le lied final qui n’apporte pas vraiment la touche de douceur entendue ailleurs, malgré la belle voix de , parfaitement adéquate et à l’impeccable diction.

Néanmoins reconnaissons que, si cette vision vigoureuse mais simplificatrice ne nous enthousiasme pas complètement, Jonathan Nott et son excellent orchestre de Bamberg la défendent plutôt bien, avec une précision d’ensemble assez remarquable, de belles sonorités des bois et cuivres, des cordes homogènes, le tout servi par une prise de son très vivante, magnifiée par la couche SACD (stéréo et multi-canal) qui pulvérise gentiment la traditionnelle couche CD. Toutefois, on pourra regretter le positionnement un peu trop rapproché des micros par rapport aux instruments, occasionnant deux légers défauts : la présence de bruits mécaniques des instruments et de bruits respiratoires des musiciens, et un effet de loupe un peu artificiel et arbitraire mettant trop en évidence tel instrument, comme cet arpège de harpe marqué piano qu’on entend comme si on était assis à côté, qui disparaît complètement quand il revient quelques secondes plus tard, alors qu’il est marqué forte. Pas très logique tout ça, mais heureusement cela reste du niveau du détail.

Au final, cette version droite et directe dans une optique fondamentalement et unitairement tragique, un peu simplificatrice quand même, mérite d’être connue (surtout en SACD), même si elle ne peut prétendre à servir de référence, tous les chefs cités plus haut, mais pas seulement eux, ayant donné des visions, parfois tout aussi personnelles et engagées, mais expressivement plus pleines et subtiles.

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Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°4 en sol majeur. Mojca Erdmann, soprano. Bamberger Symphoniker, direction : Jonathan Nott. 1 SACD hybride Tudor 7151. Code barre : 7619911071516. Enregistré du 18 au 22 décembre 2006, Joseph-Keilberth-Saal, Bamberg. Notice trilingue (allemand, anglais, français). Durée : 55’29’’

 
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