À emporter, Essais et documents, Livre

Le Clavecin autrement, découverte et passion

Plus de détails

Le Clavecin autrement, découverte et passion. Élisabeth Chojnacka. Édition : Michel de Maule. Dépôt légal : mai 2008. 191 p. ISBN 978-2-87623-229-7. 20€.

 

mdm_clavecin-300x412Élisabeth Chojnacka, comme le rappelle fort à propos la quatrième de couverture, est « la plus grande interprète » du clavecin dit moderne, créé par Pleyel pour Wanda Landowska, et tombé rapidement en désuétude avec la facture historique et les copies d’instruments anciens. Son livre n’est donc pas dénué d’intérêt pour qui s’intéresse à l’histoire de l’instrument, ou aux marges de la création contemporaine.

L’aspect le plus important de cet ouvrage en partie polémique, c’est qu’Elisabeth Chojnacka retourne contre eux les arguments des « baroqueux » sur l’utilisation des instruments historiques. Puisqu’il faut, selon eux, adapter l’instrument au répertoire, il est aussi illégitime de jouer Ligeti ou Xenakis sur un clavecin ancien que de jouer Bach ou Rameau sur un clavecin moderne. Et l’on ne peut que lui donner raison quand elle invoque le rôle essentiel des possibilités expressives offertes par le jeu de 16 pieds (absent dans 99% des instruments des XVIIe et XVIIIe siècles, mais consubstantiel au clavecin moderne), par les pédales de changement de registres, etc., dans la composition des œuvres concernées. L’auteur ne se prive pas de quelques piques à l’encontre de « [s]es compositeurs » (p. 119, passim), qui ont parfois poussé la traîtrise à son encontre, elle qui a suscité et créé ces œuvres, jusqu’à autoriser après coup l’emploi des instruments de facture historique, dans le désir absurde de continuer à être joués par la nouvelle génération des clavecinistes.

L’autre aspect intéressant de ce livre, c’est justement tout ce qui y concerne les relations entre le compositeur et l’interprète, en l’occurrence la dédicataire des œuvres, dans la deuxième moitié du XXe siècle. Chojnacka passe en revue tous ceux qui ont eu l’obligeance de lui écrire une pièce au cours des quarante dernières années ; elle consacre à chacun un chapitre, outre une introduction, une conclusion et une postface. Cette galerie de portraits n’est pas exempte de verve et d’anecdotes mémorables – notre favorite demeurant celle où Ligeti interrompt une répétition du Continuum pour proposer à notre claveciniste moderne d’aller acheter ensemble le dernier disque des Beatles (p. 76).

On retiendra également deux autres points. Le premier est l’importance considérable accordée à l’enregistrement et à ses techniques, dans la vie musicale contemporaine, non seulement son exploitation dans la création (amusants récits, quoique déjà lus ailleurs, de premières catastrophiques où le magnétophone, les ampoules ou quelque autre accessoire électrique-cabalistique tombe en panne), mais surtout dans la diffusion de la musique : Chojnacka découvre et fait découvrir nombre d’œuvres non par l’intermédiaire de la partition, mais par celui du disque. Le second est la confrontation au jour le jour de l’interprète traditionnel avec les langages contemporains, qui l’obligent à une remise en question perpétuelle. C’est quand Chojnacka se souvient avec amusement de son désarroi face aux défis techniques et musicaux lancés par certaines pièces qu’elle est la plus sympathique au lecteur.

Mais hélas, si cet ouvrage a un intérêt, c’est malgré lui. Sur la forme, l’abondance des coquilles ne facilite pas la tâche du lecteur : qui connaît Pascal « Tascin » ou la « Bach-Geseltschaft » (p. 21), la « Hohschule » de Berlin (p. 24), « la nuance pieno » (p. 26), le « tempéré mésotonique » (p. 87), « Numquid ud unum » de Sinopoli (p. 123, le comble pour une œuvre créée par « la plus grande interprète »), « Messian » (p. 131, « Clérembault » (p. 153), etc. ? Sur le fond, surtout, par ses insinuations et par ses allusions non explicitées, Chojnacka se pose en victime d’un complot ourdi contre elle par les baroqueux et leurs clavecins copies d’anciens. Ce qui est bien le comble, car après tout, ces pièces ont été écrites « pour le clavecin (donc pour moi !) » (p. 60). Le lecteur sera avisé de ne pas prendre au mot cette prétendue identité entre Chojnacka et son instrument, et à ne pas jeter des pièces parfois admirables, défendues par beaucoup d’autres clavecinistes, avec la mégalomanie brouillonne de leur dédicataire.

(Visited 381 times, 1 visits today)

Plus de détails

Le Clavecin autrement, découverte et passion. Élisabeth Chojnacka. Édition : Michel de Maule. Dépôt légal : mai 2008. 191 p. ISBN 978-2-87623-229-7. 20€.

 
Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.