Artistes, Entretiens

Sébastien Schuller, une évocation du crépuscule

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Avec un premier opus Happiness qui avait fait l’unanimité en 2005, Sébastien Schuller revient, après avoir capté l’attention du septième Art, avec une seconde réalisation Evenfall (Lire notre chronique) haute en couleur et en élégance. ResMusica l’a rencontré à Paris, non loin de chez lui, pour évoquer les circonstances de cette création «crépusculaire» qui paraîtra le 25 mai prochain.

 

Jazz Pop Rock

RM : Tu as passé plusieurs années à composer pour le cinéma et tu as notamment écrit la BO du film de Franck Guérin Un jour d’été, comment s’est faite la rencontre avec le réalisateur ?
Sébastien Schuller : Il m’a contacté via Internet, il avait entendu Happiness et m’a parlé de son intérêt pour ma musique. Il m’a proposé de travailler avec lui et de m’inviter sur le tournage. J’ai trouvé la démarche très intéressante, avoir l’opportunité d’écrire sur un script. Cela avait tendance à me perdre quand même car il est difficile de trouver l’inspiration dans la multitude des scripts d’un film. La passion, les références cinématographiques et culturelles m’ont poussées à tenter le projet. Franck Guérin entendait dans ma musique une certaine capacité à développer des thèmes, il m’a donc confié la composition d’un real score en collaboration avec lui et son monteur. On s’est parfois réuni dans mon appartement à enregistrer des démos en direct. Le réalisateur ne cherchait pas à retrouver l’ambiance d’Happiness, il cherchait plus à me rencontrer et à créer ensemble avec des exigences liées à la dramaturgie du film. Le deuxième intérêt résidait dans la participation au tournage, j’ai pu partir avec toute l’équipe deux ou trois jours en Vendée, j’en garde un excellent souvenir.

RM : Pourquoi avoir choisi d’intituler ce nouvel album Evenfall ?
SS : Comme pour Happiness, le titre m’est venu après avoir fini l’album. Je me suis rendu compte pendant toute l’étape de création que j’avais toujours fait des recherches liées aux jeux de lumière avec les différents moments de la journées, que ce soit le matin, le soir ou la nuit. Evenfall, ou crépuscule en français, est aussi mon moment préféré de la journée, où on peut faire des interviews (rire), le stress du quotidien tombe un peu.

RM : Quand on écoute Morning Mist, Midnight ou High Green Grass, toutes composées au piano on imagine que tu as une formation de pianiste classique…
SS : Non pas du tout (rire), j’ai appris le piano en autodidacte. J’ai bien une formation classique, mais de percussionniste, vibraphone, xylophone, donc une première approche des claviers. Il y avait un piano dans notre salle des percussions, j’ai alors appris cet instrument en parallèle. Je réalise la majorité de mes compositions avec, c’est mon instrument de prédilection. Il te permet d’arranger, de jouer les trompettes par exemple pour effectuer tous les arrangements de toi-même.

RM : L’introduction de nouveaux instruments hautbois, clarinette, flûte etc. dans ta musique est-elle le reflet d’une plus grande maturité dans l’écriture ?
SS : Plusieurs facteurs ont pu y participer. Déjà le fait que j’ai écouté beaucoup de musiques plus orchestrées au travers de différents projets. Parallèlement à cela je me suis aussi acheté un logiciel qui permet de mélanger et simuler plusieurs instruments, aussi bien des cuivres que des vents ou des cordes. En création, j’ai toujours besoin d’avoir de nouvelles sonorités, de nouvelles couleurs pour m’inspirer. J’ai cette volonté sans fin de toujours trouver de nouvelles textures. Je n’avais pas jusque-là de beaux sons de cuivres ou de vents, ce logiciel m’a enfin permis d’arranger des musiques avec des hautbois et des flûtes par exemple.

RM : Tu composes toujours sans musiciens ?
SS : Oui, tout est composé sans musiciens au départ. Les parties sont ensuite reprises dans les sessions en studio par de vrais musiciens. Mais ça ne fonctionne pas toujours car parfois on est plus créatif avec le son numérique. Ce n’est pas toujours facile non plus de reprendre une partie créée sur ordinateur. On fait donc un mixe des deux en gardant le côté organique de ce que peuvent apporter de vrais cuivres et les effets qui sont intéressants dans les cuivres pré enregistrés.

RM : Ta musique semble avoir deux facettes, celle de la Pop de Roy Orbison et de l’autre côté, celle de la Pop anglaise dans le style de Morrissey…
SS : Je ne connais pas tout de Roy Orbison, le peu que je connaisse est fantastique, il faudrait que je creuse plus. Pour le côté Pop anglaise j’ai aussi adoré les Smith. Je pense de même avoir été influencé par beaucoup de groupes d’origine anglaise qui eux-mêmes ont très certainement été inspirés par d’autres.

RM : Tu as partagé ta vie entre Paris et Philadelphie pour la création de cet album, pour quelle raison ?
SS : Ma femme est américaine, pour l’instant on a choisi de vivre là-bas. Vivre aux Etats-Unis est aussi important pour agrandir sa culture et son expérience d’artiste sans que ce soit ou devienne un passage obligé. Pour la création c’est évidemment un plus car cela ouvre sur d’autres façons d’aborder la musique. La manière de composer est aussi influencée par cette manne de groupes New-Yorkais ultra créatifs.

RM : Tu as composé plus aux Etats-Unis qu’en France ?
SS : Un peu des deux en fait. Un peu dans les transports aussi. Dans l’album il y a des batteries et des voix américaines, d’autres choses qui ont été enregistrées à Paris dans mon appartement. Les vraies sessions se sont passées en France avec des musiciens français, le groupe avec lequel je tourne depuis le début. De même avec Yann Arnaud qui s’est occupé d’enregistrer les sessions en studio. Le travail de composition au quotidien a, quant à lui, été fait entre les deux pays.

RM : A propos de New York, ta mélodie semble inspirée de la musique traditionnelle irlandaise associée à une touche de musique d’extrême orient…
SS : Il n’y a pas forcément de raison ou de choses pré établies, beaucoup de morceaux sont faits de manière instinctive. Dans le titre New York, le côté Irlandais peut en effet se retrouver. Habitant aux Etats-Unis et me retrouvant comme un immigrant, j’ai eu cette vision des premiers embarqués arrivant sur New York et découvrant la ville. Ce n’est pas sans raccord avec le côté asiatique. Même si au départ les choses sont faites de manière un peu innocente, on peut effectivement interpréter ce morceau à sa façon comme un tableau qui se dévoile avec différentes significations suivant la personne qui l’observe, avec sa vision et son histoire personnelle.

RM : Peux-tu nous donner la signification de la phrase que l’on lit dans ta présentation presse «Cette nouvelle Internationale de l’art libre qui pratique sans a priori les mélanges et réhabilite une démarche créative émancipée des dogmes» ?
SS : Je ne l’ai pas dictée (rire). J’ai l’impression que l’idée est peut-être de pointer un peu du doigt la nouvelle tranche d’artistes qui n’a pas peur de bousculer, d’une certaine manière, un versant de l’histoire de la Pop. Du coup, ils peuvent s’en servir comme base pour repartir ailleurs et s’amuser avec sans tenir compte des frontières.

Concerts 2009 :

18 avr. Festival faveurs de printemps, Hyères
9 mai Rock et Amour en Wallonie, L’escalier, Liège
16 mai La Passerelle, Saint-Brieuc
20 mai Les Trinitaires, Metz
21 mai Cabaret Electrique, Le Havre
29 mai C’est dans la Vallée, Sainte marie aux mines
30 mai Ninkasi, Lyon
12 juin Festival Skabazac, Aveyron
13 juin Festival Skabazac, Aveyron
18 juin la Cigale, Paris
19 juin La Poudrière, Belfort
3 juil. World wide festival, Sète
5 juil. EHZ Festival, Bayonne
8 juil. Montreux Jazz Festival (+ Bloc Party, We Have Band), Montreux
9 juil. Les Ardentes, Belgique
10 juil. Cognac Festival (+ Charlie Winston), Cognac
11 juil. Tombées de la nuit, Rennes
24 juil. Festival les 3 elephants, Laval
25 juil. Le Grand Souk, Ribeirac
7 août Solo Piano @ nuits secrètes festival, Aulnoye Aimeries
8 août Solo Piano @ nuits secrètes festival, Aulnoye Aimeries
9 août Solo Piano @ nuits secrètes festival, Aulnoye Aimeries
21 août Théâtre de Namur, Namur
18 sept. Scopitone Festival, Nantes
25 sept. Ososphere Festival, Strasbourg
26 sept. Marsatac Festival, Marseille
3 oct. Radar Festival, Tourcoing
4 oct. Radar Festival, Tourcoing
17 oct. Festival de Marne, Ivry sur Seine
29 oct. Festival Rockomotive, Vendome

Propos recueillis le 14 avril 2009

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Avec un premier opus Happiness qui avait fait l’unanimité en 2005, Sébastien Schuller revient, après avoir capté l’attention du septième Art, avec une seconde réalisation Evenfall (Lire notre chronique) haute en couleur et en élégance. ResMusica l’a rencontré à Paris, non loin de chez lui, pour évoquer les circonstances de cette création «crépusculaire» qui paraîtra le 25 mai prochain.

 
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