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Bach en famille par Désiré et Hervé N’Kaoua

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Johann Sebastian Bach (1685-1740) : Concertos pour deux claviers en do mineur BWV 1062 ; en do majeur BWV 1061 ; en do mineur BWV 1060. Désiré et Hervé N’Kaoua, pianos. Quintette Monsolo : Samika Honda et Guillaume Molko, violons ; Sylvain Durantel, alto ; Nicolas Defranoux, violoncelle ; Rémy Yulzari, contrebasse. Eric Lacrouts, Anne-Lise Durantel, Christine Hamel et Mi-Sa Yang, violons ; Cédric Catrisse, alto ; Sébastien Renaud, violoncelle. 1 CD Polymnie POL 650 354. Code barre : 3576076503549. Enregistré le 25 janvier 2008 à l’École Normale de Musique de Paris, salle Cortot. Livret anglais et français ; Durée : 48’

 

Au nombre des œuvres concertantes de , il faut reconnaître que les concertos pour plusieurs claviers comptent parmi les moins enregistrés, sans doute du fait que la plupart d’entre eux sont des réécritures d’autres concertos de Bach ou de certains de ses contemporains, par ailleurs magistralement arrangés. Aussi saluons la parution du disque que les pianistes Désiré et consacrent aux Concertos pour deux claviers BWV 1060-1062.

Notons pour commencer l’indéniable intelligence du texte dont témoigne le jeu des deux solistes, qui restituent les textures polyphoniques avec beaucoup de clarté, en distinguant et en hiérarchisant avec subtilité les divers plans sonores. À maintes reprises, notamment au cours de l’Andante central du concerto BWV 1061, on se surprend à ne pouvoir dissocier les deux solistes, tant ils se fondent l’un dans l’autre, pour le plus grand profit du discours musical. L’expression générale est digne, retenue – sans doute un peu trop. Ainsi, il faut attendre l’Allegro final du concerto BWV 1060 pour que les deux interprètes insufflent une dose de vie supplémentaire et surtout de fantaisie à leur jeu, qui manquait dans les deux mouvements précédents.

Pour leur donner la réplique, Eric Lacrouts a réuni un ensemble à cordes, fondé sur le Quintette Monsolo, que viennent renforcer quelques solistes supplémentaires. Le tout ne dépasse pas la taille d’un effectif de chambre dans l’esprit du fameux Collegium musicum que Bach dirigeait en son temps à Leipzig. Cet ensemble pourtant formé d’instrumentistes talentueux ne parvient pas à un son homogène ni même à des attaques précises, ce qui est particulièrement frappant dans l’Adagio du concerto BWV 1060, où chaque note pizzicato donne lieu à une succession d’impacts, alors même que les deux solistes semblent animés d’un seul et même souffle. Il est vrai que la prise de son n’aide pas, en ce qu’elle favorise la clarté du jeu pianistique, capté de très près au contraire de l’ensemble, ce qui crée une impression d’éloignement spatial de ce dernier, par la réverbération et l’aspect feutré du son.

Du point de vue des intentions, on remarque l’attention portée aux tenues de cordes dans les deux mouvements médians des concertos BWV 1062 et 1060, qui créent une tension bienvenue dans le discours musical. Cependant, les interventions de l’ensemble dans la fugue finale du concerto BWV 1061 nuisent à l’effet voulu par le compositeur. La première partie de ce mouvement procède par entrée successive des voix sur le sujet principal et sa réponse. À chaque ajout d’une partie instrumentale correspond la montée en puissance quasi irrésistible du volume sonore comme de la tension du discours, par un subtil effet d’amplification. En entrant de manière poussive après une première exposition confiée aux seuls solistes l’ensemble rompt le charme de l’effet attendu. On ne peut que déplorer une telle initiative, sans doute motivée par le louable dessein de mettre en relief le sujet mélodique alors que le simple changement de timbre aurait suffi à capter l’attention.

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