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Sherzi musicali jazzy par l’Arpeggiata

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Teatro d’Amor. Claudio Monteverdi (1567-1743) : airs, duos, madrigaux, scherzi musicali. Avec : Nuria Rial, Michaela Riener, Lauren Arminshaw, Zsuzsanna Toth, sopranos ; Philippe Jaroussky, contre-ténor ; Cyril Auvity, Jan van Elsacker, ténors ; Nicolas Achten, baryton ; Joao Fernandes, basse. L’Arpeggiata. Direction, théorbe et harpe baroque : Christina Pluhar. 1 CD Virgin Classics 5099923614024. Code barre : 5 099923 614024. Enregistré en août 2007 au Vredenburg d’Utrecht puis en janvier, novembre 2007 et en janvier 2008 à la Chapelle Notre-Dame de Bon-Secours de Paris ; Texte de présentation en anglais, français, allemand. Traduction des airs en anglais, français, allemand. Durée : 59’46’’.

 

Christina Pluhar qui a créé nous régale depuis des années de nombreux enregistrements tous réussis. Elle alterne des recherches musicologiques pointues dans des interprétations rigoureuses comme dans Rappresentatione di Anima et di Corpo, Tarentella, tandis que sa soif de rencontre la pousse hors des sentiers battus vers des réalisations inclassables comme all Improvviso. Dans les deux cas l’association d’une fine musicalité à une inventivité débridée ne permettent pas d’autre choix que de s’abandonner au plaisir d’une écoute toujours heureuse. Le plaisir de l’originalité des sonorités, des textes et des associations artistiques est à chaque fois réuni à la rigueur de l’interprétation. Ce CD intitulé Monteverdi Teatro d’Amore appartient au deuxième groupe des inclassables. Notre plaisir doit donc, pour être complet, renoncer à retrouver le Monteverdi complexe, parfois tourmenté que nous aimons. Ici tout est fête, amabilité, délicatesse, charme lisse. La basse continue est comme toujours magique en cette fermeté amicale mais inébranlable, signe distinctif de l’art de . Le choix des airs est basé sur son goût exquis et il comporte ce qu’il y a de plus beau dans l’immense corpus du grand Monteverdi, homme de théâtre jusque dans sa musique religieuse. Mais justement, l’ambiguïté du théâtre est absente dans ce CD issu du programme de concerts où cette théâtralité devait être d’avantage présente. Les extraits sont tous traités de la même manière, que ce soit le duo final du Couronnement de Poppée, l’air d’Arnalta, la toccata d’Orfeo qui viennent de l’opéra, les extraits de madrigaux ou les Scherzi Musicali. Couper le début du Lamento della Ninfa, ne chanter que la première partie de Hor che’l ciel e la terra est douloureux pour l’amoureux de ces pages magiques…

En revanche, l’audace de mettre en valeur la basse continue systématiquement et de façon variée est un pur bonheur. Le style délicatement Jazzy de Ohime ch’io cado et Chiome d’oro tient de la recréation inspirée et confine au génie. Les musiciens sont tous engagés, comme galvanisés. Pourquoi les chanteurs restent si distants, si «chanteurs-enfants». Aucune sensualité adulte ne semble intéresser ou . Ce refus d’engagement vocal est étrange. Il en résulte que le duo d’amour final du couronnement de Poppée devient une simple berceuse, la Ninfa se promène tranquillement et Con che soavita est sec. Voilà un Monteverdi certes irrésistible quant à la modernité du rythme mais manquant singulièrement de chair et d’âme. Heureusement, Interrote speranze, grâce à et nous rappelle ce que chanter peut être en jouant sur les couleurs et les nuances de voix parfaitement assorties nous livrant une version de référence. Hor che’l ciel e la terra retrouve un vrai engagement vocal et des couleurs variées grâce à une écoute attentive et un échange avec les instrumentistes, la chaleur des voix de et Joao Fernadez apportant une belle stabilité. Mais quel regret de ne pas avoir la seconde partie du madrigal quand enfin tout Monteverdi est là !

À condition de savoir revenir aux versions originales des madrigaux et surtout des extraits d’opéra et d’avoir ce CD pour le seul plaisir d’un concert original, nul ne peut renoncer à découvrir ces réinterprétations dans le style Scherzi musicali parfois jazzy. Celui qui ne connaît pas Monteverdi cédera au charme de ces interprétations faciles mais aura grand intérêt à approfondir son écoute pour découvrir la dimension théâtrale si originale que ses compositions recèlent.

Une belle prise de son unifie les deux lieux d’enregistrement permettant de déguster toute la richesse des colorations instrumentales, mais se révèle sans pitié pour le manque d’imagination vocale de certains chanteurs.

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