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Hilarité générale aux noces de Figaro et Susanna

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Seattle, McCaw Hall. 10-V-2009. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Le nozze di Figaro, opéra en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène : Peter Kazaras ; costumes : Deborah Trout ; décors : Susan Benson ; lumières : Connie Yun ; chorégraphie : Wade Madsen ; surtitres : Jonathan Dean. Avec : Nicolas Cavallier, Figaro ; Elizabeth Caballero, Susanna ; Johannes Mannov, il Conte Almaviva ; Jessica Jones, la Contessa Almaviva ; Sarah Castle, Cherubino ; Arthur Woodley, Bartolo ; Joyce Castle, Marcellina ; Ted Schmitz, Don Basilio / Don Curzio ; Leena Chopra, Barbarina ; Barry Johnson, Antonio ; Chœur et Orchestre de l’Opéra de Seattle, direction : Dean Williamson

Le nozze di Figaro

Sous l’influence de son Directeur Speight Jenkins depuis 25 ans, l’Opéra de Seattle est francophile et la production des Nozze di Figaro l’atteste. Après l’avoir entendu interpréter Philippe II d’Espagne à Strasbourg dans Don Carlos de Verdi, a proposé à de chanter Figaro à Seattle. Une proposition idéale pour le baryton français, grand habitué de ce rôle qu’il a interprété un peu partout en France dont Nancy et Toulouse. Autre démonstration de l’intérêt porté à la France, le programme s’intéresse plus à Beaumarchais qu’à Mozart, consacrant pas moins de cinq pages à l’écrivain, évoquant Versailles plus que Vienne, et on y voit même une photo de Fabrice Luchini extraite du film Beaumarchais l’insolent!

Sur scène, le fond pré-révolutionnaire de la pièce de Beaumarchais est éludé au profit des jeux d’intrigue et des ressorts comiques du livret de Da Ponte. Par le truchement d’un contraste soigneusement entretenu entre des costumes (toujours soignés à Seattle) et des décors XVIIIe siècle d’une part, et des surtitres autant qu’une gestuelle riches en clins d’œil contemporains d’autre part, Le Nozze deviennent essentiellement un brillant théâtre de boulevard, avec ses situations typiques et apparemment intemporelles, amant (ou présumé tel) dans le placard de la chambre de la femme, mari trompeur et jaloux, et tutti quanti. L’auteur de l’adaptation du texte en anglais, Jonathan Dean, rencontré après la représentation, nie avoir fait œuvre créatrice. Si l’emploi d’un ton familier avec des expressions telles que «you’re a dummy !», «what’s this mess ?» et autres «keep ‘em coming» ne relèvent effectivement pas de Shakespeare, elles révèlent néanmoins une connaissance intime du goût de son public, et créent une réelle complicité avec lui. Le contraste entre le classicisme bon teint de la musique mozartienne et la drôlerie des situations crée l’hilarité générale.

Cette efficacité et cette fraîcheur, alpha et omega de l’opera buffa, ont été obtenus sans recourir aux moyens sophistiqués de l’Europe, qui introduit le théâtre et les rires sur scène (dans la célèbre production de Jean-Louis Martinoty), voire remplace radicalement les récitatifs par un «récitativiste» (à Salzbourg et à Paris) ou par les dialogues parlés de Beaumarchais (à Dijon).

La distribution est portée par le Figaro charismatique de (superbe jusque dans sa véhémente aria finale) et la Susanna pétulante d’Elizabeth Caballero. Les autres personnages sont épatants de drôlerie, avec une mention particulière pour Joyce Castle (Marcellina) et Arthur Woodley (Bartolo). Seule la Comtesse est en retrait, ses airs sublimes et nostalgiques étant mal mis en valeur par une émission dure et un orchestre manquant de magie. On comprend sans peine que le Comte lui préfère Susanna. C’est problématique pour la sérénité de la vie conjugale du jeune couple, mais on ne doute pas que Susanna et Figaro sauront se défendre. Seattle réussit de la manière la plus ingénue cette étincelante farce !

Crédit photographique : Nicolas Cavallier (Figaro) et Elizabeth Caballero (Susanna) ; Ted Schmitz (Don Basilio, à gauche), Johannes Mannov (le Comte, au centre) © Rozarii Lynch, Opéra de Seattle

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Seattle, McCaw Hall. 10-V-2009. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Le nozze di Figaro, opéra en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène : Peter Kazaras ; costumes : Deborah Trout ; décors : Susan Benson ; lumières : Connie Yun ; chorégraphie : Wade Madsen ; surtitres : Jonathan Dean. Avec : Nicolas Cavallier, Figaro ; Elizabeth Caballero, Susanna ; Johannes Mannov, il Conte Almaviva ; Jessica Jones, la Contessa Almaviva ; Sarah Castle, Cherubino ; Arthur Woodley, Bartolo ; Joyce Castle, Marcellina ; Ted Schmitz, Don Basilio / Don Curzio ; Leena Chopra, Barbarina ; Barry Johnson, Antonio ; Chœur et Orchestre de l’Opéra de Seattle, direction : Dean Williamson

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