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Une invitation à considérer l’œuvre sous un certain éclairage

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André Tubeuf : Beethoven. Actes Sud / Classica. 218 pages. ISBN : 978-2-7427-8090-7. Dépôt légal : novembre 2007. 18€

 

nous offre ici un ouvrage de haute volée, grave et dense, qui suit de peu l’admirable Quatorzième valse parue dans la même collection, en hommage à Dinu Lipatti.

On y retrouve la même attention au mouvement créateur, au travail de l’artiste et au message qu’il veut délivrer. Chez Beethoven, « le sérieux moral de sa musique » nous exhorte à l’altruisme. Une « pédagogie » de l’altruisme, tel est le projet de cet « énorme » égocentrique, dans lequelle il met toute son énergie. Pour ce faire, le compositeur agit dans l’urgence : il saisit l’auditeur comme une proie, le presse, l’empêche de se libérer, le bouscule, « l’engueule » pour l’élever à l’universel, l’arracher à sa faible nature, plus terrible en cela que l’ange des Elégies à Duino de Rilke, et dans une tension sans répit.

L’ouvrage commence par Fidelio, avec des pages d’une profondeur inégalée sur l’espérance du héros mais où sont mises en évidence essentiellement, les aspérités de l’écriture auxquelles sont confrontées les voix et sans rien sur les chœurs. C’est que la musique de Beethoven « n’est pas venue apporter la paix mais la guerre », sous- entendu : comme les paroles du Christ. Elle est force, puissance, elle se charge de l’agôn nietzschéen jusque dans « le refus que ça chante ». C’est vrai, et y pense-t-on toujours ? Le pianiste Leif Ove Andsnes, auquel il est rendu hommage, sûrement. Le violon et le piano, dans les sonates, partent à l’assaut l’un de l’autre, s’agressent d’autant que leurs sonorités sont dissemblables ; dans les quatuors, surtout dans les derniers, le combat est sans merci ; dans les concertos aussi, même si l’orchestre sait se faire conciliateur. Un Beethoven anguleux, souffrant dans l’effort, qu’on dirait vu par Giacommetti, dont, au reste, l’auteur pense qu’il aurait su « attraper » plus qu’un autre, en la sculptant, cette figure hors du commun. La fraternité, la bonté, l’amour de l’humanité tout entière qui parcourt l’œuvre, ne sont qu’aperçues et en biais. Pourquoi pas, après tout, puisque tout le monde en parle et l’entend. Cet aspect essentiel est occulté même dans les quelques lignes auxquelles a droit seulement ce monument qu’est la Missa solemnis et surtout dans les pages concernant la Symphonie n°9, composée, comme chacun sait pour appeler l’Europe à l’union et à la fraternité. Or, c’est précisément, à propos de cette symphonie, de son finale, que l’on trouve soudain, un dérapage étonnant : l’auteur y perçoit le bruit de souliers à clous et : « un ton harangueur », qui serait celui d’un Führer, avec cette voix du Helden baryton, « qui est déjà du Wagner ». Et du nazisme ? Anticiper de la sorte, nous semble-t-il, est hors de propos.

Souvent elliptique, ce livre n’en est pas moins d’une richesse telle dans les analyses qu’il exige lectures et relectures et incite à reprendre disques et partitions. Fruit d’une pensée dense et personnelle, nourri d’une vaste culture, loin des modes, de surcroît, il séduit.

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André Tubeuf : Beethoven. Actes Sud / Classica. 218 pages. ISBN : 978-2-7427-8090-7. Dépôt légal : novembre 2007. 18€

 
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