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Une Walkyrie limite iconoclaste pour curieux uniquement

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Richard Wagner (1813-1883) : Die Walküre. Mise en scène : Michael Schulz. Décors : Dirk Becker. Costumes : Renée Listerdal. Avec : Renatus Mészár, Wotan ; Erin Caves, Siegmund ; Hidekazu Tsumaya ; Hunding, Kirsten Blanck, Sieglinde ; Catherine Foster, Brünnhilde ; Christine Hansmann, Fricka ; Susan Günther-Dissmeler, Gerhilde ; Joana Caspar, Ortlinde ; Marie-Helen Joël, Waltraute ; Nadine Weissmann, Schwertleite ; Silona Michel, Helmwige ; Carola Guber, Siegrunde ; Kerstin Quandt, Grimgerde ; Christiane Bassek, Rossweisse. Staatskapelle Weimar, direction : Carl St Clair. Réalisation : Don Kent. 1 Blu-Ray Arthaus Musik 101 356, code barre 9 783941311343. Filmé au Deutsches Nationalthearer Weimar, en 2008. Sous-titrage en anglais, allemand, français, italien et espagnol. 16/9, son PCM Stéreo, DTS HD Master Audio 5. 1. Zone All. Notice trilingue (anglais, allemand, français). Durée : 237’

 

Cette Walkyrie est extraite d’un Ring complet monté en 2008 à Weimar, dont nous n’avons encore vu ni la suite ni son prologue Das Rheingold, mais dont la totalité est (ou sera sous peu) également disponible sur support Blu-Ray chez Arthaus Musik. L’opus qui nous occupe ici entre donc directement en concurrence sur support haute définition avec la récente publication chez BelAir de la version aixoise Berlin-Rattle-Braunschweig. Autant cette dernière restait assez sobre et presque «classique», autant la production de Weimar ose plus d’originalités, au risque, parfois franchi, de tomber dans l’iconoclaste voire le contresens.

La première originalité consiste à faire précéder chaque opéra d’un petit prologue où est racontée une partie de l’histoire. Ici cela se passe chez les dieux, lors d’une joyeuse soirée en famille, Wotan écoutant avec ravissement trois de ses Walkyries déclamer un extrait de leur propre mythologie à leurs sœurs et aux autres dieux. Jusqu’à l’arrivée de deux personnages qui nous paraissent être Alberich et Hagen enfants (oui nous sommes bien dans la Walkyrie !), dont le cri mettra fin à ce prologue et laissera place à l’orage, vrai prologue musical de l’Acte I. Ainsi dès le départ, une certaine ambigüité, non dénuée de redondance, est-elle insinuée dans l’esprit du spectateur, entre le sérieux du drame mythologique wagnérien et un côté histoire un peu légère pour veillée familiale. Ambigüité maintenue tout au long de l’ouvrage, aussi bien par la mise en scène que par la direction d’acteur, et surtout, gros point faible de cette version, par une cohérence pas toujours assurée entre texte, action scénique et expression musicale. Or c’est bien cette cohérence absolue qui doit être le graal de toute représentation d’opéra, et encore plus spécialement du Ring wagnérien.

Comme on l’a dit, cette dramaturgie due à Michael Schulz ne manque pas d’idées, mais la réussite est pour le moins variée. Coté convainquant, on classera l’intelligent passage de témoin entre les jumeaux enfants, abandonnés yeux bandés par Wotan, pendant l’orage introductif, et leurs doubles adultes (le bandeau passant de l’un à l’autre servira d’élément de reconnaissance lors de la retrouvaille des jumeaux). Du même niveau, le duo Fricka Wotan, ou la mort de Sigmund. A l’autre bout, côté ratage complet, La Chevauchée est l’exemple même où le texte prononcé a déjà peu de rapport avec l’action jouée, et où la musique raconte complètement autre chose, ce qu’on ne devrait jamais voir à l’opéra. Elle se déroule dans la chambrée des huit filles, montrées à leur réveil comme huit gamines s’amusant d’une bataille de polochons (et d’un cadavre ensanglanté qui a manifestement passé la nuit dans son sac à viande sur la couche d’une des walkyries, allez comprendre !), le fameux cri de guerre étant réduit à un simple «réveillez vous mes sœurs». La musique de Wagner n’a aucun rapport avec ce truc. Autre bizarrerie que probablement peu des spectateurs, en salle ou en vidéo, auront compris : pourquoi Brunehilde est constamment suivie par une femme aux cheveux gris, évidemment muette, mais qui participe à certaines actions (comme la dissection d’un cadavre par Wotan et sa fille aidés par ce personnage mystérieux) ? Est-ce sa nounou ? Sa servante ? On ne sait, jusqu’à ce que le générique nous apprenne que c’est en réalité Grane, son cheval (sic !). Bien obscur tout ça…

Les personnages pâtissent plus ou moins d’une direction d’acteur qui hésite constamment entre le côté humain, voire puéril et le côté divin, passant sans nuance d’un extrême à l’autre (pas seulement les walkyries, car Wotan est présenté plus d’une fois comme un grand enfant jouant avec les personnages qu’il a créés, plus tard Brunehilde réagira de la même façon), A ce jeu, les jumeaux ( et ) s’en sortent plutôt mieux que les autres, étant presque les seuls, avec Fricka (encore que ses béliers …), à échapper aux effets comiques. Catherine Foster doit composer une Brunehilde plus gamine que son robuste physique ne le laisse supposer et que de coutume. Vocalement la troupe réunie ici est honorable sans plus, aucun ne bénéficiant d’un timbre spécialement séduisant ni d’une personnalité vocale très affirmée. Certains sont même ici où là en délicatesse comme Renatus Mészár dans un Wotan néanmoins bon acteur, ou Hidekazu Tsumaya, Hunding à la prononciation parfois paresseuse. Enfin le chef américain Carl St. Clair, littéralement aux abonnés absent pendant le premier acte, se réveille, pour les deux suivants, plus intéressant faute d’être réellement captivant. Son orchestre fait ce qu’il peut mais ne peut rivaliser avec les Berliner Philharmoniker de l’édition aixoise, dans une œuvre où être simplement correct n’est pas suffisant.

Au final cette édition ne manifeste pas de gros points forts, sinon quelques idées originales de mise en scène, qui parfois se retournent contre elle car elle ne réussit pas à maintenir la cohérence texte, action, musique, fondement de l’art opératique, et ne bénéficie pas d’une direction d’orchestre de premier ordre. Elle sera donc réservée aux curieux, qui trouveront grain à moudre, les autres se rabattront, pour les éditions Blu-Ray (d’ailleurs moins chères en échoppe que leurs équivalents en double DVD), sur la version aixoise chez BelAir, supérieure dans tous les compartiments du jeu, même si elle-même perfectible.

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Richard Wagner (1813-1883) : Die Walküre. Mise en scène : Michael Schulz. Décors : Dirk Becker. Costumes : Renée Listerdal. Avec : Renatus Mészár, Wotan ; Erin Caves, Siegmund ; Hidekazu Tsumaya ; Hunding, Kirsten Blanck, Sieglinde ; Catherine Foster, Brünnhilde ; Christine Hansmann, Fricka ; Susan Günther-Dissmeler, Gerhilde ; Joana Caspar, Ortlinde ; Marie-Helen Joël, Waltraute ; Nadine Weissmann, Schwertleite ; Silona Michel, Helmwige ; Carola Guber, Siegrunde ; Kerstin Quandt, Grimgerde ; Christiane Bassek, Rossweisse. Staatskapelle Weimar, direction : Carl St Clair. Réalisation : Don Kent. 1 Blu-Ray Arthaus Musik 101 356, code barre 9 783941311343. Filmé au Deutsches Nationalthearer Weimar, en 2008. Sous-titrage en anglais, allemand, français, italien et espagnol. 16/9, son PCM Stéreo, DTS HD Master Audio 5. 1. Zone All. Notice trilingue (anglais, allemand, français). Durée : 237’

 
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