À emporter, Audio, Musique de chambre et récital

Schubert en poète éternel grâce aux Voce

Plus de détails

Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor à cordes n°8 D. 112 opus posthumes168 ; Quartettsatz D. 703 ; Quatuor à cordes n°14 « La jeune fille et la mort » D. 810. Quatuor Voce : Sarah Dayan, premier violon ; Cécile Roubin, second violon ; Guillaume Becker, alto ; Julien Decoin, violoncelle. 1 CD Nascor NS04. Code barre : 3 760142 231041. Enregistré en octobre 2008 au Prieuré de Vivoin (Sarthe). Texte de présentation en français, anglais et allemand. Durée 45’37’’

 

La générosité est à l’origine de ce CD et tout le justifie. Le quatuor Ysaÿe très engagé dans l’enseignement et l’aide à apporter aux jeunes a permis cet enregistrement en fédérant les énergies. En écoutant le résultat on admire la sûreté de leur choix. Les jeunes musiciens du sont hors du commun. S’attaquer à Schubert et à son Quatuor la jeune fille et la mort est sinon une gageure, du moins très audacieux pour un premier enregistrement. Ils font mieux que relever un défi : ils arrivent à convaincre l’auditeur qu’ils apportent quelque chose dans une discographie pourtant pléthorique.

La construction de ce programme entièrement dédié à Schubert est limpide en sa progression. Le choix d’un quatuor de jeunesse est une belle introduction au compositeur comme aux qualités des musiciens. Les violons dominent encore dans une œuvre qui ne cherche pas l’originalité mais laisse deviner bien des directions de la maturité. Et ce très estival Quatuor n°8 mérite d’être connu surtout avec des interprètes si engagés et élégants. Les sonorités sont harmonieuses et la joie de vivre qui diffuse partout est particulièrement bien rendue par cette interprétation rigoureuse avec un choix de sonorités claires. Le phrasé est toujours distingué jusque dans le menuet aux accents champêtres. La lumière est continûment heureuse aussi les nuances conduites avec aménité évitent tout drame superflu et l’humour est parfois présent.

Le Quartettsatz est comme un concentré de l’art du quatuor de Schubert en sa maturité. Comme si l’urgence d’une mort bien trop prompte à l’embrasser lui avait fait mettre en ces quelques pages tout ce qui lui importe. Dès l’introduction orageuse, la sonorité du se fait plus ample, le phrasé s’élargit, les nuances sont plus profondément creusées et le drame est convoqué. Tous les instrumentistes s’engagent avec une belle générosité dans cette pièce fulgurante.

Dans le Quatuor La jeune fille et la mort c’est la dimension du théâtre qui s’ouvre, comme si la largeur et la profondeur dilataient l’espace. Les sonorités fauves du violoncelle et troublantes de l’alto enrichissent la pureté des violons dès les premiers accords. La délicatesse et la fragilité de l’âme en lutte avec la mort est ainsi matérialisée et tout devient limpide. Cette mise en scène est troublante car sans pathos elle est comme assumée en une étrange maturité chez des jeunes gens. Le tempo vif crée une urgence terrifiante, l’engagement du violoncelle de Julien Decoin est implacable tandis que le premier violon de Sarah Dayan use de tous les charmes de sa sonorité pure et aérienne. Les moindres détails sont mis en lumières, (contre-chants de l’alto de Guillaume Becker, duo violon-violoncelle, chant troublant de Cécile Roubinau au second violon… ) toujours au service d’une rigueur de construction impressionnante. La compréhension de la double vision de Schubert est complète : la mort est à la fois épouvantable et amicale, sans qu’une représentation ne prédomine. Un moment clef montre combien la poésie complexe schubertienne est familière à ces jeunes musiciens : à la fin du premier mouvement d’un dramatisme terrifiant avec une force indomptable, un tempo très serré semble vouloir imposer une fin conforme aux terribles premières mesures du quatuor, mais avec une délicatesse de nuances devenant infimes et un petit cédé les Voce laissent s’éteindre le son et le doute s’installe. Cet instant magique permet de donner encore plus de tragique à l’andante qui varie à l’infinie le thème de la jeune fille et la mort qui ici nous mène au bord des larmes tant toutes les subtilités de la partition sont délicatement réalisées avec des dynamiques incroyablement larges. L’émotion qui au concert est très vive diffuse aussi dans cet enregistrement, tant l’engagement est allié à une rigueur magnifique. La complicité des instrumentistes et leur écoute fait de l’andante con moto, un sommet de musicalité et de poésie. Le Scherzo très contrasté et le final véloce confirment les qualités des Voce qui construisent une interprétation remarquable jusque dans les moindres détails.

Ce CD par le Quatuor Voce est une extraordinaire réussite et va bouleverser les auditeurs.

(Visited 364 times, 1 visits today)

Plus de détails

Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor à cordes n°8 D. 112 opus posthumes168 ; Quartettsatz D. 703 ; Quatuor à cordes n°14 « La jeune fille et la mort » D. 810. Quatuor Voce : Sarah Dayan, premier violon ; Cécile Roubin, second violon ; Guillaume Becker, alto ; Julien Decoin, violoncelle. 1 CD Nascor NS04. Code barre : 3 760142 231041. Enregistré en octobre 2008 au Prieuré de Vivoin (Sarthe). Texte de présentation en français, anglais et allemand. Durée 45’37’’

 
Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.