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Témoignage quasi hagiographique sur Karajan

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Clym : Karajan Confidences. Bleu Nuit Editeur. 192 pages. 24€. N° ISBN : 2-913575-86-2. Dépôt légal : avril 2008

 

Ayant fréquenté régulièrement depuis leur première rencontre en 1968, Clym est sans doute un des plus proches chroniqueurs musicaux du chef autrichien, un des rares qui a sans doute pu approcher le Karajan intime, assister à quasiment tous ses spectacles lyriques, à beaucoup de ses concerts et même à certaines répétitions ou sessions d’enregistrements discographiques. Il nous livre dans ce relativement modeste volume (certes 192 pages, mais en bien gros caractères) son témoignage sur ces plus de trente années de fréquentation, sous la forme d’une série de notes courtes ou d’avis s’enchainant sans logique apparente, et de quelques textes plus consistants, en général repris d’articles déjà publiés dans de précédents ouvrages ou dans les journaux où Clym exerçait sa plume. Ce n’est donc pas une biographie à proprement parlé (seul deux pages en annexe synthétisent les grandes dates de la vie du chef), aucune chronologie ne guide les articles successifs, aucune exhaustivité n’est à attendre, seulement le regard admiratif d’un mélomane sur un musicien.

Sur le plan strictement informationnel, c’est le Karajan chef d’opéra et de metteur en scène, en particulier à Salzbourg, qui est le mieux servi (et qui occupe la très grande majorité de ce livre), On sait que Clym tient Karajan comme un des plus grands chefs wagnériens, mais on comprendra qu’il le considère aussi comme un grand metteur en scène, approche qu’il ne partageait pas avec tous ses confrères, souvent critiques sur les productions trop classiques et sans surprises du chef-metteur-en-scène, alors que bien mieux appréciés par les chanteurs qui ont pu travailler avec lui. Un des apports de ce livre est de bien comprendre la philosophie scénographique de Karajan, basée sur la recherche de l’unité du texte, de l’action et de musique (bien maltraitée par trop de productions modernes), et sur le meilleur confort offert au chanteurs pour qu’ils puissent donner le meilleur d’eux mêmes. Nous laissons bien entendu la responsabilité de ses jugements à l’auteur, ne connaissant nous-même certains de ces spectacles que par des photos, mais Clym n’hésite pas à en qualifier certains d’historiques. Les interviews ou reproductions de conversations avec le chef, partie la plus intéressante du livre, illustrent assez bien ce sujet, comme elle permettent de comprendre que Karajan, pourtant grand faiseur de disques, considérait l’enregistrement de l’opéra non comme une fin mais comme une étape d’un travail dont la finalité réelle était la représentation scénique, d’où également le choix de ses chanteurs.

Si le lecteur pourra être amusé ou agacé, selon l’humeur, par l’accumulation de dithyrambes admiratifs, et par la répétitions des mêmes sujets (combien de fois reviennent exactement les mêmes réflexions sur Parsifal, Les Maîtres Chanteurs ou le Ring), il sera sûrement frustré par la superficialité de certains articles dons nous prendrons deux exemples typiques. Le premier lorsque Clym annonce que Karajan admirait certains musiciens, citant Willy Boskovsky, on s’attend à avoir des détails sur cette admiration, et bien non, nous ne saurons rien d’autre de ce simple nom. Idem lorsque Clym parle à Karajan de compositeurs contemporains, citant alors Menotti, Messian, Koering, Dusapin, on s’attend à ce qu’il approfondisse ce sujet avec le chef, mais non, il enchaîne aussitôt avec «Quels sont vos projets de films, de vidéos?». Si ce n’est pas sauter du coq à l’âne …. Au passage, Clym commet une petite erreur discographique lorsqu’il dit que la Symphonie n°9 de Mahler du centième anniversaire du Philharmonique de Berlin (donc du 1er mai 82) a été publié par DGG alors que c’est le concert du 30 septembre 82 que DGG a édité.

Alors il y a deux façons de voir un tel livre: soit comme un sympathique témoignage, à la sincérité inattaquable, mais quasi hagiographique il faut bien le dire, sur le grand chef, soit comme un livre quelque peu frustrant, superficiel, dénué de la moindre analyse mais pas de répétitions. Il est tout cela à la fois, et on pourra regretter que Clym n’ait pas essayé, vu l’exceptionnelle connaissance qu’il avait de ce chef, de mieux construire et structurer son ouvrage, et peut-être de prendre un peu de recul, dix ans après la disparition du chef, plutôt que de simplement compiler une série de témoignage «à chaud» pris tout au long de ces années. Anecdote amusante pour un chef qu’on a souvent accusé de faire passer son nom avant celui des compositeurs, le disque offert avec ce livre, contenant la très recommandable Symphonie n°1 de Brahms par le Concertgebouw d’Amsterdam en septembre 1943, ne porte pas le nom du compositeur!

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Clym : Karajan Confidences. Bleu Nuit Editeur. 192 pages. 24€. N° ISBN : 2-913575-86-2. Dépôt légal : avril 2008

 
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