Beethoven & Chostakovitch par Valery Gergiev

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Luxembourg. Philharmonie. 16-IV-2009. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en si bémol majeur op. 19. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°11 en sol mineur op. 103. Alexei Volodin, piano. Orchestre Symphonique de Londres, direction : Valery Gergiev.

L’ouverture de la nouvelle saison musicale à la Philharmonie luxembourgeoise a été confiée à l’Orchestre Symphonique de Londres et son directeur musical , en tournée pour deux soirées dans l’écrin architecturé signé Christian de Portzamparc. En amuse-bouche, le Concerto pour piano n°2 de Beethoven nous permet de profiter d’un somptueux Steinway confié à Alexei Volodin. Lauréat du prestigieux Concours Geza Anda à Zurich en 2003, Volodin connaît bien la musique de Beethoven pour lui avoir consacré deux enregistrements de sonates. Ce soir, le Concerto n°2 – en réalité le premier – composé par Beethoven entre 1787 et 1801 démontre une nouvelle fois le talent de Volodin. L’interprète est incisif et audacieux, apte à magnifier la partition sans dénaturer le propos musical. Peut-être un peu trop rigide dans l’Allegro con brio, le pianiste s’abandonne totalement à travers un Adagio tout en subtilité et glisse ses notes sur le délicat accompagnement sculpté par la baguette de Gergiev. Le Rondo d’usage cède enfin la place à des épisodes de virtuosité aux nets parfums hongrois permettant à l’interprète d’illustrer la parfaite maîtrise technique de son jeu. Volodin chaleureusement applaudi au terme de sa prestation gratifiera le public d’un bis.

En deuxième partie de concert, l’orchestre symphonique de Londres entre en scène au grand complet pour la Symphonie n°11 de . Les symphonies de Chostakovitch portées au disque par Gergiev n’ayant que rarement marqué les esprits, nous étions curieux de juger de cette question lors d’une représentation de concert. Le résultat s’avère très honorable mais peut-être d’avantage du fait des musiciens de l’orchestre anglais. L’identité sonore de l’orchestre ne se fonde par sur les cordes qui manquent d’une certaine brillance importante pour matérialiser l’atmosphère glaciale de la Place du palais. La légendaire virtuosité des bois et les cuivres rutilants éclipsent néanmoins la précédente remarque. Le travail de Gergiev peut ici se résumer par sa sobriété et sa maîtrise non dénuée d’incarnation. Le décor de la Place du palais est parfaitement installé par les longues tenues de cordes ponctuées par les harpes, tandis que flûtes et trompettes scandent avec mélancolie leurs chants révolutionnaires. Dans le second mouvement, Gergiev opte pour un tempo précipité desservant la lisibilité de la partition. En maintenant néanmoins une extraordinaire tension avec l’appui d’un pupitre de violoncelle non dénué de mordant, on ne peut que regretter le brusque ralentissement du chef lorsque l’orchestre évoque la fusillade, laissant s’évanouir la violence évoquée jusque là. Le troisième mouvement apparaît comme le plus abouti, la phalange londonienne apportant un pathos et une densité bienvenue. Enfin, le choix de la vitesse sied d’avantage au mouvement final, emportant l’ensemble des musiciens dans un violent tourbillon sonore ne trouvant de conclusion qu’aux derniers appels du tocsin. Le public luxembourgeois a apprécié le travail de l’orchestre londonien à sa juste mesure en n’hésitant pas à se lever pour applaudir les acteurs de cette belle soirée.

Crédit photographique : © DR

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